Palestiniens .
Les luttes d’influence pour maîtriser ce secteur sont l’une
des causes principales des affrontements interpalestiniens.
Le casse-tête de la sécurité à Gaza
Gaza, de notre correspondant —
Les
combats entre le Fatah et le Hamas, s’ils ont choqué les
observateurs en dehors des territoires palestiniens,
semblaient évidents pour ceux qui, sur le terrain, suivaient
le déroulement des choses. Les raisons de cette explosion
étaient bien là depuis un bon moment, mais personne n’osait
en parler. Il faut creuser un peu plus pour savoir que le
Fatah, qui pendant 42 ans incarnait le symbole de la lutte
palestinienne, est presque absent du terrain. Le mouvement
est en effet dominé par une branche qui ne reflète en rien
ses principes et son histoire, omettant qu’il est encore un
mouvement de résistance dans un pays toujours occupé.
Celle-ci se comporte pourtant comme si elle faisait partie
d’un Etat bien établi déclarant ainsi la guerre à tous ceux
qui oseraient partager le pouvoir avec elle. Les anciens
dirigeants et figures emblématiques du Fatah sentent que le
tapis est en train de se retirer en faveur d’intérêts
personnels. De quoi pousser des dirigeants du mouvement,
comme Ahmad Nasr, de recourir à la justice pour persuader
Abou-Mazen, le président affaibli, de revenir sur ses
décisions en faveur d’une force exécutive au sein du Fatah.
Ahmad Heles, dit Abou-Maher, a, lui, tenu une conférence de
presse en présence de milliers de partisans du mouvement à
Gaza, appelant Abou-Mazen à se dissocier des porteurs
d’armes qui veulent vaincre le Hamas militairement. En
effet, de plus en plus de leaders du mouvement de Arafat ont
commencé à rompre le silence qu’ils s’étaient imposés depuis
la mort d’Abou-Ammar. Les différends au sein du Fatah ne
sont plus secrets, et sur le terrain l’on ne cesse de
rappeler que cette crise sécuritaire est loin d’être le seul
résultat de l’arrivée du Hamas au pouvoir. Il faudrait
remonter à 2004, lorsque Arafat s’est trouvé l’objet d’une
manifestation orchestrée, a-t-on dit à l’époque, par Mohamad
Dahlane, lui-même chargé de la sécurité préventive.
Si le premier gouvernement du Hamas s’est écroulé en raison
du blocus économique et de l’insécurité, ceci n’est pour
autant pas nouveau. En juin 2005, le Fatahiste Ahmad Qorei,
premier ministre alors, avait menacé de « suspendre les
activités de son cabinet, si les forces de sécurité ne
respectaient pas l’ordre ».
Le contrôle de forces de sécurité, aussi nombreuses, était
la mission difficile des gouvernements palestiniens
successifs. L’Autorité palestinienne, elle-même née dans la
foulée d’Oslo, était surtout basée sur les institutions de
sécurité. L’appartenance au Fatah est ainsi devenue la porte
ouverte pour toute nomination au sein de ces services, qui
se sont trop gonflés aux dépens de leur efficacité et
discipline. Un groupe de jeunes chômeurs armés peuvent tout
d’un coup s’auto-proclamer le maître d’une rue ou d’un camp
pour obliger l’Autorité à les affilier au service de
sécurité, surtout la police. L’importance de ces
institutions s’est concrétisée lorsqu’Abou-Mazen a adopté
des décrets lui permettant de mettre la main sur la majorité
des services de sécurité à la place du gouvernement, comme
l’exige l’article 70 de la loi fondamentale. L’accord de La
Mecque a prévu de nommer un ministre de l’Intérieur
indépendant pour résoudre la crise. Hani Al-Qawasmeh, le
désigné, a établi un plan de sécurité à appliquer en cent
jours. Mais une fois ce programme approuvé, il s’est plaint
à Omar Soliman, chef du service des renseignements égyptien
et l’un des principaux médiateurs pour les affaires
interpalestiniennes, que des « forces de l’ombre » entravent
son travail. Il s’agirait notamment du directeur de la
Sûreté générale, Rachid Abou-Chebak. Ce dernier, plus tard,
soutenu par Dahlane, conseiller de la sécurité nationale, a
déployé ses troupes dans les rues pour appliquer un plan de
sécurité spécial. Elles se sont heurtées aux éléments de la
résistance installés sur les frontières. Le ministre de
l’Intérieur, incapable comme ses prédécesseurs à mener sa
tâche à bien, a fini par démissionner .
Achraf Aboul-Hol