Borhan Hammad,
chef de la délégation sécuritaire égyptienne à Gaza et
vice-président du service de renseignements égyptien,
explique que son équipe va exercer une sorte d’arbitrage
entre les factions palestiniennes.
« Une des questions en suspens est la force exécutive créée
par le gouvernement »
Al-Ahram Hebdo : Qu’est-ce qui vous pousse à croire que la
4e trêve conclue entre le Fatah et le Hamas ne sera pas
également violée comme ses précédentes ?
Borhan Hammad :
Il n’y a aucune garantie au sens classique du terme que
cette trêve va tenir. L’expérience récente qu’ont vécue les
Palestiniens, les pertes qu’ils ont enregistrées et les
morts qui sont tombés dans ces affrontements restent la
seule garantie. Je crois qu’ils ont appris que cette méthode
n’est pas forcément la meilleure pour dialoguer, que les
fusils et les balles ne contribueront en rien à trancher
leurs différends et qu’il leur faudrait enfin se retrouver
autour de la table de négociations.
— Lorsque les deux factions s’étaient accordées sur les
précédents cessez-le-feu, elles avaient affiché ces mêmes
intentions, mais leurs militants se sont de nouveau
affrontés dans la rue ...
— Les Palestiniens connaissent pour la première fois cette
notion de gouvernement d’union nationale, avec deux partis
concurrents et très puissants. La situation sur le terrain
et leur problème avec Israël les ont toujours poussés à
recourir aux moyens militaires pour résoudre leurs
différends. En concluant la dernière trêve, je pense que le
Fatah et le Hamas étaient conscients que s’ils ont des
différends politiques, il ne faut pas chercher à les
résoudre par les armes. Leur expérience, au moins, l’a
prouvé.
— La délégation égyptienne entend-elle jouer un rôle pour
faire durer cette trêve ?
— On a réussi à convaincre le Fatah et le Hamas de signer un
document interdisant à chaque mouvement de recourir à la
force face à l’autre. Ils se sont aussi également accordés
qu’en cas de différend ou d’événements dans un endroit
particulier, ces incidents ne s’élargissent pas à l’ensemble
des territoires. Un incident se déclenche à Khan Younès, par
exemple, doit rester limité à cette ville et ne pas
s’étendre pour se transformer en bataille partout dans le
pays. Un autre point essentiel a été admis par cet accord.
Il consiste à établir une sorte de mécanisme pour éviter que
des incidents ne rebondissent. Le président Mahmoud Abbass a
ainsi accordé à la délégation égyptienne la prérogative
d’agir en tant qu’observateurs entre les deux factions, une
sorte d’arbitrage, c’est-à-dire nous allons désormais suivre
de près les événements, tout en étant en mesure de désigner
qui éventuellement dans l’avenir violerait cette trêve.
— Quel est exactement le rôle de la délégation égyptienne
présente à Gaza ?
— Notre mission, basée sur notre expérience en matière de
sécurité, consiste surtout à aider nos frères palestiniens à
mettre de l’ordre dans leur maison et à bien gérer chaque
pouce de territoire libéré. C’est essentiellement une tâche
visant à donner des conseils. Nous jouons aussi un rôle en
matière d’échange de prisonniers entre les Palestiniens et
les Israéliens.
— Comment entendez-vous mener à bien cette tâche si une
voiture de la délégation égyptienne a été la cible de tirs
de balles des factions palestiniennes ?
— Aucune balle n’a été tirée en direction de la délégation
égyptienne. Et même lorsqu’il arrive qu’on se trouve dans un
endroit où il y a des incidents, nous sommes certains que
les Egyptiens ne sont jamais une cible. Les Palestiniens, je
parle aussi du peuple et non seulement des dirigeants,
respectent beaucoup notre rôle à Gaza. De toute façon, les
risques ne nous empêchent pas de travailler, cela fait
d’ailleurs partie de notre tâche nationale d’aider les
Palestiniens.
— Mais les questions en suspens sont toujours présentes
entre les deux factions, de quoi pousser à croire un retour
imminent à la case départ ...
— En tant que délégation de sécurité, nous avons mis la main
sur les principaux problèmes à la base de ces affrontements.
Mais nous attendons de rencontrer le président palestinien,
qui, lui, pourrait prendre les mesures nécessaires pour
éradiquer les raisons de ces problèmes.
— De quels problèmes parlez-vous ?
— Je crois qu’il y a des personnalités dans les deux camps
qui avaient tenté d’attiser le conflit de façon très
exagérée. De véritables problèmes existent et il faudrait en
extirper la racine. Nous avons effectivement des
observations et remarques, mais que je préfère d’abord
transmettre à Abou-Mazen et non pas les étaler dans les
médias.
— Beaucoup chez le Fatah ou le Hamas avancent des noms comme
Mohamad Dahlane, conseiller de la sécurité nationale, et
Rachid Abou-Chebak, directeur de la sûreté générale, comme
étant à l’origine de la crise, seriez-vous en mesure de
confirmer cette idée ?
— Ce sont vraiment des questions inter-palestiniennes et
nous, en tant que délégation égyptienne, nous sommes neutres
par obligation et nous ne voulons pas être une partie des
problèmes. Nous allons exposer au président Abbass toutes
les informations dont nous disposons, et c’est à lui qu’il
incombe de prendre la décision adéquate.
— Pourquoi, d’après vous, les Palestiniens ont-ils été
toujours incapables de résoudre l’ultime question du
contrôle des services de sécurité ?
— Car de manière générale, il est extrêmement difficile de
faire secouer les sphères d’influence. Ce n’est en aucun cas
facile à faire.
— Est-ce que vous avez soulevé avec les deux parties la
question du ministre de l’Intérieur pour remplacer Qawasmeh,
le démissionnaire ?
— C’est un sujet qu’Abou-Mazen doit trancher. Le poste du
ministre de l’Intérieur doit faire l’objet d’une entente au
sein du gouvernement entre le Fatah et le Hamas. Je crois
que le président palestinien tentera de trouver un moyen
pour coordonner entre les différentes institutions de
sécurité. La question sera certainement soulevée avec le
premier ministre, Ismaïl Haniyeh, car l’une des questions en
suspens est la force exécutive créée par le gouvernement,
sous l’ex-ministre de l’Intérieur, Saïd Seyam. Cette force
est toujours rejetée par le président Abbass et constitue
donc un véritable point de discorde entre les deux
mouvements.
Propos recueillis par
Samar Al-Gamal