Al-Ahram Hebdo,Invité | Borhan Hammad
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 23 au 29 mai 2007, numéro 663

 

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Borhan Hammad, chef de la délégation sécuritaire égyptienne à Gaza et vice-président du service de renseignements égyptien, explique que son équipe va exercer une sorte d’arbitrage entre les factions palestiniennes.

« Une des questions en suspens est la force exécutive créée par le gouvernement »

Al-Ahram Hebdo : Qu’est-ce qui vous pousse à croire que la 4e trêve conclue entre le Fatah et le Hamas ne sera pas également violée comme ses précédentes ?

Borhan Hammad : Il n’y a aucune garantie au sens classique du terme que cette trêve va tenir. L’expérience récente qu’ont vécue les Palestiniens, les pertes qu’ils ont enregistrées et les morts qui sont tombés dans ces affrontements restent la seule garantie. Je crois qu’ils ont appris que cette méthode n’est pas forcément la meilleure pour dialoguer, que les fusils et les balles ne contribueront en rien à trancher leurs différends et qu’il leur faudrait enfin se retrouver autour de la table de négociations.

— Lorsque les deux factions s’étaient accordées sur les précédents cessez-le-feu, elles avaient affiché ces mêmes intentions, mais leurs militants se sont de nouveau affrontés dans la rue ...

— Les Palestiniens connaissent pour la première fois cette notion de gouvernement d’union nationale, avec deux partis concurrents et très puissants. La situation sur le terrain et leur problème avec Israël les ont toujours poussés à recourir aux moyens militaires pour résoudre leurs différends. En concluant la dernière trêve, je pense que le Fatah et le Hamas étaient conscients que s’ils ont des différends politiques, il ne faut pas chercher à les résoudre par les armes. Leur expérience, au moins, l’a prouvé.

— La délégation égyptienne entend-elle jouer un rôle pour faire durer cette trêve ?

— On a réussi à convaincre le Fatah et le Hamas de signer un document interdisant à chaque mouvement de recourir à la force face à l’autre. Ils se sont aussi également accordés qu’en cas de différend ou d’événements dans un endroit particulier, ces incidents ne s’élargissent pas à l’ensemble des territoires. Un incident se déclenche à Khan Younès, par exemple, doit rester limité à cette ville et ne pas s’étendre pour se transformer en bataille partout dans le pays. Un autre point essentiel a été admis par cet accord. Il consiste à établir une sorte de mécanisme pour éviter que des incidents ne rebondissent. Le président Mahmoud Abbass a ainsi accordé à la délégation égyptienne la prérogative d’agir en tant qu’observateurs entre les deux factions, une sorte d’arbitrage, c’est-à-dire nous allons désormais suivre de près les événements, tout en étant en mesure de désigner qui éventuellement dans l’avenir violerait cette trêve.

— Quel est exactement le rôle de la délégation égyptienne présente à Gaza ?

— Notre mission, basée sur notre expérience en matière de sécurité, consiste surtout à aider nos frères palestiniens à mettre de l’ordre dans leur maison et à bien gérer chaque pouce de territoire libéré. C’est essentiellement une tâche visant à donner des conseils. Nous jouons aussi un rôle en matière d’échange de prisonniers entre les Palestiniens et les Israéliens.

— Comment entendez-vous mener à bien cette tâche si une voiture de la délégation égyptienne a été la cible de tirs de balles des factions palestiniennes ?

— Aucune balle n’a été tirée en direction de la délégation égyptienne. Et même lorsqu’il arrive qu’on se trouve dans un endroit où il y a des incidents, nous sommes certains que les Egyptiens ne sont jamais une cible. Les Palestiniens, je parle aussi du peuple et non seulement des dirigeants, respectent beaucoup notre rôle à Gaza. De toute façon, les risques ne nous empêchent pas de travailler, cela fait d’ailleurs partie de notre tâche nationale d’aider les Palestiniens.

— Mais les questions en suspens sont toujours présentes entre les deux factions, de quoi pousser à croire un retour imminent à la case départ ...

— En tant que délégation de sécurité, nous avons mis la main sur les principaux problèmes à la base de ces affrontements. Mais nous attendons de rencontrer le président palestinien, qui, lui, pourrait prendre les mesures nécessaires pour éradiquer les raisons de ces problèmes.

— De quels problèmes parlez-vous ?

— Je crois qu’il y a des personnalités dans les deux camps qui avaient tenté d’attiser le conflit de façon très exagérée. De véritables problèmes existent et il faudrait en extirper la racine. Nous avons effectivement des observations et remarques, mais que je préfère d’abord transmettre à Abou-Mazen et non pas les étaler dans les médias.

— Beaucoup chez le Fatah ou le Hamas avancent des noms comme Mohamad Dahlane, conseiller de la sécurité nationale, et Rachid Abou-Chebak, directeur de la sûreté générale, comme étant à l’origine de la crise, seriez-vous en mesure de confirmer cette idée ?

— Ce sont vraiment des questions inter-palestiniennes et nous, en tant que délégation égyptienne, nous sommes neutres par obligation et nous ne voulons pas être une partie des problèmes. Nous allons exposer au président Abbass toutes les informations dont nous disposons, et c’est à lui qu’il incombe de prendre la décision adéquate.

— Pourquoi, d’après vous, les Palestiniens ont-ils été toujours incapables de résoudre l’ultime question du contrôle des services de sécurité ?

— Car de manière générale, il est extrêmement difficile de faire secouer les sphères d’influence. Ce n’est en aucun cas facile à faire.

— Est-ce que vous avez soulevé avec les deux parties la question du ministre de l’Intérieur pour remplacer Qawasmeh, le démissionnaire ?

— C’est un sujet qu’Abou-Mazen doit trancher. Le poste du ministre de l’Intérieur doit faire l’objet d’une entente au sein du gouvernement entre le Fatah et le Hamas. Je crois que le président palestinien tentera de trouver un moyen pour coordonner entre les différentes institutions de sécurité. La question sera certainement soulevée avec le premier ministre, Ismaïl Haniyeh, car l’une des questions en suspens est la force exécutive créée par le gouvernement, sous l’ex-ministre de l’Intérieur, Saïd Seyam. Cette force est toujours rejetée par le président Abbass et constitue donc un véritable point de discorde entre les deux mouvements.

 

Propos recueillis par
Samar Al-Gamal

 




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