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Logement .
La politique du ministère de l’Habitat de vendre aux
enchères des terrains dans les villes nouvelles a entraîné
une flambée des prix des appartements.
Une politique à double tranchant
Faudra-t-il
bientôt être millionnaire pour pouvoir acheter un logement ?
Depuis quelques mois, les prix des appartements et des
terrains, surtout dans les villes nouvelles, ne cessent de
grimper. Au Nouveau Caire, le prix du mètre carré est passé
en l’espace de six mois de 1 200 à 2 000 L.E. Même chose à
la Cité du 6 Octobre où le prix du mètre est passé de 1 000
à 2 500 L.E. et à Cheikh Zayed où il est passé de 800 à 2
700 L.E. Ces hausses démesurées ont créé un état
d’instabilité sur le marché de l’immobilier.
Quelles sont les raisons de cette hausse ? « La politique de
libéralisation à outrance suivie par le ministère de
l’Habitat et l’instabilité du marché due à l’augmentation
des prix des matériaux de construction sont derrière cette
hausse », répond Abou-Zeid Ragueh, ancien président du
Centre national des recherches sur le logement. Tout
d’abord, la libéralisation du marché de l’immobilier. L’Etat
a en effet laissé la porte grand ouverte aux compagnies
arabes qui investissent dans le domaine de l’immobilier. Ces
investisseurs achètent les terrains au prix fort lors des
enchères organisées par le ministère de l’Habitat. En une
seule semaine, le ministère a vendu 28 millions de mètres
carrés de terrains aux nouvelles villes de 6 Octobre, de
Cheikh Zayed et du Nouveau Caire, récoltant 26 milliards de
L.E. Ces enchères ont engendré une terrible hausse des prix
des terrains qui, associée à la hausse des prix des
matériaux de construction comme le ciment et le béton armé,
s’est répercutée immédiatement sur les prix des
appartements. Et la hausse ne concerne pas uniquement les
villes nouvelles. « Comme conséquence, certains quartiers
résidentiels du Caire ont vu à leur tour leurs prix
augmenter. A Madinet Nasr par exemple, un appartement de 180
mètres se vend à 600 000 L.E. », explique Abou-Zeid Ragueh.
Le ministre de l’Habitat, Ahmad Al-Maghrabi, a justifié
cette politique en affirmant que les revenus de ces ventes
aux enchères permettront à l’Etat d’achever les
infrastructures des nouvelles villes. Mais cette politique
est sujette à des critiques. « C’est bien que le ministère
cherche à développer ses ressources. Mais cette politique de
libéralisation est une arme à double tranchant. Les villes
nouvelles, qui constituaient un refuge pour les classes
moyennes afin de trouver un logement acceptable à un prix
raisonnable, sont en passe de devenir des banlieues huppées
de la capitale, inaccessibles aux classes moyennes et
démunies », note l’urbaniste Milad Hanna. Il pense qu’il est
nécessaire de fixer autant que possible le prix des terrains
de manière à ce que l’offre reste supérieure à la demande.
La vente aux enchères des terrains a donné une fausse
impression que l’offre est inférieure à la demande. Ce qui a
entraîné une hausse injustifiée des prix mais aussi
encouragé les agents immobiliers à participer au jeu pour
vendre des terrains au marché noir. « Les compagnies arabes
qui investissent dans ce domaine ne sont pas des entreprises
de charité. Elles cherchent à réaliser le maximum de profit
en créant des logements pour la classe aisée », pense
Abou-Zeid Ragueh. Selon lui, l’Etat s’est comporté comme un
commissionnaire qui veut à tout prix récolter de l’argent. «
Il faut avoir une vision à long terme et ne pas chercher le
profit sans tenir compte des répercussions », pense le
chercheur. Il rappelle la première enchère qui a eu lieu il
y a un an à Marina et qui a fait grimper les prix des
chalets sur la Côte-Nord de 300 000 L.E. à un million de
L.E. et ceux des villas de 600 000 à 4 millions de L.E. «
Lorsque ceci s’est produit, personne n’a critiqué le
ministère étant donné que ces chalets et villas ne
concernent que l’élite qui cherche le luxe et le
divertissement. Mais quand le ministère décide de vendre
également aux enchères les terrains dans les nouvelles
villes, il faut s’arrêter car cette décision touche des
millions de personnes », estime Ragueh. Face à ces
critiques, Achraf Mahmoud, vice-président de l’Organisme des
collectivités urbaines, se défend. « Les fonds issus de la
vente des terrains peuvent être orientés de manière à
soutenir les projets de logement destinés aux classes
moyennes et démunies », souligne-t-il, affirmant que
l’organisme vend aussi des terrains au peuple grâce au
système du tirage au sort avec des conditions de paiement
accessibles pour les jeunes. Le problème est que ces
terrains sont ensuite revendus au marché noir au prix d’or.
« Le logement nécessite une politique globale à court et à
long termes qui prend en considération le pouvoir d’achat et
les circonstances sociales et politiques. Mais avec les
politiques contradictoires de chaque ministre de l’Habitat,
il est peu probable qu’on puisse régler les problèmes du
logement », conclut pour sa part Milad Hanna.
May
Al-Maghrabi |