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 Semaine du 23 au 29 mai 2007, numéro 663

 

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Egypte
Logement . La politique du ministère de l’Habitat de vendre aux enchères des terrains dans les villes nouvelles a entraîné une flambée des prix des appartements.

Une politique à double tranchant

Faudra-t-il bientôt être millionnaire pour pouvoir acheter un logement ? Depuis quelques mois, les prix des appartements et des terrains, surtout dans les villes nouvelles, ne cessent de grimper. Au Nouveau Caire, le prix du mètre carré est passé en l’espace de six mois de 1 200 à 2 000 L.E. Même chose à la Cité du 6 Octobre où le prix du mètre est passé de 1 000 à 2 500 L.E. et à Cheikh Zayed où il est passé de 800 à 2 700 L.E. Ces hausses démesurées ont créé un état d’instabilité sur le marché de l’immobilier.

Quelles sont les raisons de cette hausse ? « La politique de libéralisation à outrance suivie par le ministère de l’Habitat et l’instabilité du marché due à l’augmentation des prix des matériaux de construction sont derrière cette hausse », répond Abou-Zeid Ragueh, ancien président du Centre national des recherches sur le logement. Tout d’abord, la libéralisation du marché de l’immobilier. L’Etat a en effet laissé la porte grand ouverte aux compagnies arabes qui investissent dans le domaine de l’immobilier. Ces investisseurs achètent les terrains au prix fort lors des enchères organisées par le ministère de l’Habitat. En une seule semaine, le ministère a vendu 28 millions de mètres carrés de terrains aux nouvelles villes de 6 Octobre, de Cheikh Zayed et du Nouveau Caire, récoltant 26 milliards de L.E. Ces enchères ont engendré une terrible hausse des prix des terrains qui, associée à la hausse des prix des matériaux de construction comme le ciment et le béton armé, s’est répercutée immédiatement sur les prix des appartements. Et la hausse ne concerne pas uniquement les villes nouvelles. « Comme conséquence, certains quartiers résidentiels du Caire ont vu à leur tour leurs prix augmenter. A Madinet Nasr par exemple, un appartement de 180 mètres se vend à 600 000 L.E. », explique Abou-Zeid Ragueh. Le ministre de l’Habitat, Ahmad Al-Maghrabi, a justifié cette politique en affirmant que les revenus de ces ventes aux enchères permettront à l’Etat d’achever les infrastructures des nouvelles villes. Mais cette politique est sujette à des critiques. « C’est bien que le ministère cherche à développer ses ressources. Mais cette politique de libéralisation est une arme à double tranchant. Les villes nouvelles, qui constituaient un refuge pour les classes moyennes afin de trouver un logement acceptable à un prix raisonnable, sont en passe de devenir des banlieues huppées de la capitale, inaccessibles aux classes moyennes et démunies », note l’urbaniste Milad Hanna. Il pense qu’il est nécessaire de fixer autant que possible le prix des terrains de manière à ce que l’offre reste supérieure à la demande.

La vente aux enchères des terrains a donné une fausse impression que l’offre est inférieure à la demande. Ce qui a entraîné une hausse injustifiée des prix mais aussi encouragé les agents immobiliers à participer au jeu pour vendre des terrains au marché noir. « Les compagnies arabes qui investissent dans ce domaine ne sont pas des entreprises de charité. Elles cherchent à réaliser le maximum de profit en créant des logements pour la classe aisée », pense Abou-Zeid Ragueh. Selon lui, l’Etat s’est comporté comme un commissionnaire qui veut à tout prix récolter de l’argent. « Il faut avoir une vision à long terme et ne pas chercher le profit sans tenir compte des répercussions », pense le chercheur. Il rappelle la première enchère qui a eu lieu il y a un an à Marina et qui a fait grimper les prix des chalets sur la Côte-Nord de 300 000 L.E. à un million de L.E. et ceux des villas de 600 000 à 4 millions de L.E. « Lorsque ceci s’est produit, personne n’a critiqué le ministère étant donné que ces chalets et villas ne concernent que l’élite qui cherche le luxe et le divertissement. Mais quand le ministère décide de vendre également aux enchères les terrains dans les nouvelles villes, il faut s’arrêter car cette décision touche des millions de personnes », estime Ragueh. Face à ces critiques, Achraf Mahmoud, vice-président de l’Organisme des collectivités urbaines, se défend. « Les fonds issus de la vente des terrains peuvent être orientés de manière à soutenir les projets de logement destinés aux classes moyennes et démunies », souligne-t-il, affirmant que l’organisme vend aussi des terrains au peuple grâce au système du tirage au sort avec des conditions de paiement accessibles pour les jeunes. Le problème est que ces terrains sont ensuite revendus au marché noir au prix d’or. « Le logement nécessite une politique globale à court et à long termes qui prend en considération le pouvoir d’achat et les circonstances sociales et politiques. Mais avec les politiques contradictoires de chaque ministre de l’Habitat, il est peu probable qu’on puisse régler les problèmes du logement », conclut pour sa part Milad Hanna.

May Al-Maghrabi

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