Al-Ahram Hebdo, Egypte | Omraniya suffoque
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 23 au 29 mai 2007, numéro 663

 

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Egypte

Propreté . Omraniya, quartier populaire de Guiza, patauge dans les ordures. Les maladies se propagent alors que les responsables n’arrivent pas à trouver une solution à la grève des éboueurs qui dure depuis des semaines. Reportage. 

Omraniya suffoque

Tout commence le 29 avril lorsque les éboueurs chargés du ramassage des ordures dans ce quartier se mettent en grève. Ils protestent contre le non-paiement de leurs salaires par la société San Rose, chargée de la propreté dans le secteur. « La société refuse de payer la totalité de nos salaires sous prétexte que nous ne faisions pas correctement notre travail », affirme l’un des éboueurs. Ces derniers ont déposé des plaintes auprès de la police contre l’entreprise. Ils exigent du président de l’Organisme public de propreté (qui a engagé la société San Rose) de trouver rapidement une solution à leur problème.

En attendant, les habitants de Omraniya à Guiza se débrouillent tant bien que mal pour se débarrasser des ordures. Celles-ci sont systématiquement incinérées dans les rues. Cette initiative pourrait paraître bénéfique, mais dans les faits, elle aggrave le problème. En effet, les habitants incinèrent pêle-mêle, à l’aide de kérosène, des déchets organiques et du plastique. Or, les particules de celui-ci sont hautement nocives pour la santé. Résultat : des problèmes respiratoires, cutanés, gastriques et digestifs sont signalés parmi les habitants et surtout les enfants : « Si j’avais la possibilité de déménager tout de suite, je partirais pour sauver ma fille qui souffre de problèmes respiratoires. Sa maladie s’est aggravée avec la fumée toxique due à l’incinération des ordures », se plaint Fatma, femme au foyer. L’Hôpital des maladies pulmonaires a reçu des dizaines de personnes souffrant de maladies liées en partie à l’accumulation des poubelles. Les enfants improvisent des jeux à la sortie de l’école devant ces monticules de déchets, dans lesquels pullulent cafards et rats. D’ailleurs, devant toutes les maisons ont été installés des pièges à rats. Les vendeurs de nourriture doivent faire une chasse constante aux mouches innombrables depuis que les poubelles se sont installées dans tous les recoins de ce quartier : « Chaque jour, je ramasse moi-même les poubelles dans de grands sacs et je les jette plus loin et le lendemain c’est la même histoire, je retrouve la même quantité de déchets, car à côté de chez moi, il y a un terrain vague, les gens profitent de cet espace pour se débarrasser de leurs poubelles », confie un vendeur désemparé.

D’autres aussi ont pris des initiatives pour nettoyer l’espace devant leur maison comme Sayed : « Je préfère balayer moi-même plutôt que de risquer de retrouver un dépotoir devant ma porte, car une fois le premier sac déposé, tout le monde jettera ses ordures devant ta maison ».

En attendant, éboueurs, responsables de la propreté et ceux du gouvernorat se renvoient la balle. En effet, les entreprises qui emploient ces éboueurs leur reprochent leur manque d’efficacité au travail. Cette négligence professionnelle serait elle-même, à leur dire, la cause de la mise en place de sanctions financières par le gouvernorat à leur encontre. En effet, depuis 2006, sept sociétés privées travaillent pour le compte des gouvernorats du Caire et de Guiza, alors que ceux-ci ont mis fin aux contrats qui les liaient depuis 2002 à des entreprises étrangères de nettoyage. Ces entreprises nationales ont un fonctionnement particulier : elles recrutent des contre-maîtres qui, eux-mêmes, emploient les éboueurs. Ils reçoivent en contrepartie tous les mois une somme qu’ils redistribuent aux ouvriers. « Nous avons signé un contrat avec les sociétés stipulant qu’on prenne 1 L.E. pour chaque maison, mais sous prétexte que les travaux de propreté ne se déroulent pas bien, la société a refusé de nous verser l’intégralité de cette somme. Au lieu de gagner de l’argent, on se retrouve obligés de payer des sommes d’argent à cause des pénalités financières », explique Mohamad Mansour, un des contre-maîtres employés par la société San Rose. Les responsables au gouvernorat de Guiza, eux, déplorent un travail de mauvaise qualité. Ahmad Nassar, président de l’Organisme public de propreté explique : « On a dû adresser aux sociétés de nettoyage des avertissements et imposer des pénalités financières à cause de leur lenteur et de leur manque d’efficacité ».

Face à l’aggravation de la situation à Omraniya, les responsables du quartier ont décidé de mettre en place des campagnes de ramassage d’ordures jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée. Taha Abdel-Gawwad, responsable de la société San Rose, affirme lui que des réunions ont lieu avec les responsables du quartier en ce moment pour résoudre la crise et que les ouvriers vont revenir travailler.

Cet incident a attiré l’attention des éboueurs sur leurs mauvaises conditions de travail. « Sur les contrats liant les contre-maîtres aux sociétés nationales, il n’est même pas fait mention aux éboueurs. Ceux-ci ne bénéficient d’aucune protection ni assurance et leurs conditions de travail sont déplorables », affirme Mohamad Al-Achqar, président d’une ONG qui s’intéresse à la protection des ouvriers. Il ajoute qu’actuellement les éboueurs se préparent à créer une union au sein de laquelle ils pourront dialoguer sur leurs conditions de travail et se regrouper pour faire entendre leurs voix .

Sabah Sabet

Stéphanie Salha

 

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