Propreté .
Omraniya,
quartier populaire de Guiza,
patauge dans les ordures. Les maladies se propagent alors
que les responsables n’arrivent pas à trouver une solution à
la grève des éboueurs qui dure depuis des semaines.
Reportage.
Omraniya
suffoque
Tout
commence le 29 avril lorsque les éboueurs chargés du
ramassage des ordures dans ce quartier se mettent en grève.
Ils protestent contre le non-paiement de leurs salaires par
la société San Rose, chargée de la propreté dans le secteur.
« La société refuse de payer la totalité de nos salaires
sous prétexte que nous ne faisions pas correctement notre
travail », affirme l’un des éboueurs. Ces derniers ont
déposé des plaintes auprès de la police contre l’entreprise.
Ils exigent du président de l’Organisme public de propreté
(qui a engagé la société San Rose) de trouver rapidement une
solution à leur problème.
En attendant, les habitants de Omraniya
à Guiza se débrouillent tant
bien que mal pour se débarrasser des ordures. Celles-ci sont
systématiquement incinérées dans les rues. Cette initiative
pourrait paraître bénéfique, mais dans les faits, elle
aggrave le problème. En effet, les habitants incinèrent
pêle-mêle, à l’aide de kérosène, des déchets organiques et
du plastique. Or, les particules de celui-ci sont hautement
nocives pour la santé. Résultat : des problèmes
respiratoires, cutanés, gastriques et digestifs sont
signalés parmi les habitants et surtout les enfants : « Si
j’avais la possibilité de déménager tout de suite, je
partirais pour sauver ma fille qui souffre de problèmes
respiratoires. Sa maladie s’est aggravée avec la fumée
toxique due à l’incinération des ordures », se plaint Fatma,
femme au foyer. L’Hôpital des maladies pulmonaires a reçu
des dizaines de personnes souffrant de maladies liées en
partie à l’accumulation des poubelles. Les enfants
improvisent des jeux à la sortie de l’école devant ces
monticules de déchets, dans lesquels pullulent cafards et
rats. D’ailleurs, devant toutes les maisons ont été
installés des pièges à rats. Les
vendeurs de nourriture doivent faire une chasse
constante aux mouches
innombrables depuis que les poubelles se sont installées
dans tous les recoins de ce quartier : « Chaque jour, je
ramasse moi-même les poubelles dans de grands sacs et je les
jette plus loin et le lendemain c’est la même histoire, je
retrouve la même quantité de déchets, car à côté de chez
moi, il y a un terrain vague, les gens profitent de cet
espace pour se débarrasser de leurs poubelles », confie un
vendeur désemparé.
D’autres aussi ont pris des initiatives pour nettoyer
l’espace devant leur maison comme Sayed
: « Je préfère balayer moi-même plutôt que de risquer de
retrouver un dépotoir devant ma porte, car une fois le
premier sac déposé, tout le monde jettera ses ordures devant
ta maison ».
En attendant, éboueurs, responsables de la propreté et ceux
du gouvernorat se renvoient la balle. En effet, les
entreprises qui emploient ces éboueurs leur reprochent leur
manque d’efficacité au travail. Cette négligence
professionnelle serait elle-même, à leur dire, la cause de
la mise en place de sanctions financières par le gouvernorat
à leur encontre. En effet, depuis 2006, sept sociétés
privées travaillent pour le compte des gouvernorats du Caire
et de Guiza, alors que ceux-ci
ont mis fin aux contrats qui les liaient depuis 2002 à des
entreprises étrangères de nettoyage. Ces entreprises
nationales ont un fonctionnement particulier : elles
recrutent des contre-maîtres
qui, eux-mêmes, emploient les éboueurs. Ils reçoivent en
contrepartie tous les mois une somme qu’ils redistribuent
aux ouvriers. « Nous avons signé un contrat avec les
sociétés stipulant qu’on prenne 1 L.E. pour chaque maison,
mais sous prétexte que les travaux de propreté ne se
déroulent pas bien, la société a refusé de nous verser
l’intégralité de cette somme. Au lieu de gagner de l’argent,
on se retrouve obligés de payer des sommes d’argent à cause
des pénalités financières », explique Mohamad
Mansour, un des
contre-maîtres employés par la
société San Rose. Les responsables au gouvernorat de
Guiza, eux, déplorent un travail
de mauvaise qualité. Ahmad Nassar,
président de l’Organisme public de propreté explique : « On
a dû adresser aux sociétés de nettoyage des avertissements
et imposer des pénalités financières à cause de leur lenteur
et de leur manque d’efficacité ».
Face à l’aggravation de la situation à
Omraniya, les responsables du quartier ont décidé de
mettre en place des campagnes de ramassage d’ordures jusqu’à
ce qu’une solution soit trouvée. Taha
Abdel-Gawwad, responsable de la
société San Rose, affirme lui que des réunions ont lieu avec
les responsables du quartier en ce moment pour résoudre la
crise et que les ouvriers vont revenir travailler.
Cet incident a attiré l’attention des éboueurs sur leurs
mauvaises conditions de travail. « Sur les contrats liant
les contre-maîtres aux sociétés
nationales, il n’est même pas fait mention aux éboueurs.
Ceux-ci ne bénéficient d’aucune protection ni assurance et
leurs conditions de travail sont déplorables », affirme
Mohamad Al-Achqar, président
d’une ONG qui s’intéresse à la protection des ouvriers. Il
ajoute qu’actuellement les éboueurs se préparent à créer une
union au sein de laquelle ils pourront dialoguer sur leurs
conditions de travail et se regrouper pour faire entendre
leurs voix .
Sabah
Sabet
Stéphanie
Salha