Al-Ahram Hebdo, Egypte | Les ravages des frustrations
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 23 au 29 mai 2007, numéro 663

 

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Egypte

Harcèlements. Une étude publiée par le Centre égyptien des droits de la femme révèle des chiffres alarmants et en constante augmentation. Des ONG se mobilisent pour lutter contre le phénomène et durcir les sanctions.  

Les ravages des frustrations 

Sur un échantillon de 1 082 femmes, 40 % d’entre elles affirment avoir fait l’objet au moins une fois de harcèlements sexuels. Et elles sont 70 % à subir régulièrement des harcèlements verbaux. C’est le résultat de l’étude publiée par le Centre Egyptien des Droits de la Femme (CEDF). Cet échantillon représente 8 gouvernorats du pays, à savoir Le Caire, Guiza, Qalioubiya, Alexandrie, Qéna, Minya, Sohag et Louqsor. L’étude souligne que les harceleurs sont en majorité des jeunes âgés entre 15 et 35 ans et que seules 2 % des femmes harcelées portent plainte à la police.

« Cette étude tire la sonnette d’alarme. Nous sommes face à un phénomène d’ampleur », lance Azza Soliman, avocate et présidente du Centre égyptien des droits de la femme. Elle rappelle les événements qui ont eu lieu lors de la dernière fête d’Al-Adha devant un cinéma du centre-ville, lorsque des jeunes filles se sont fait agressées verbalement et physiquement par un groupe d’hommes, ce qui a choqué l’opinion publique. « Le harcèlement sexuel est pratiqué de manière individuelle dans les autobus, dans les rues et les lieux publics, mais on n’avait jamais vu de harcèlements collectifs », ajoute Azza Soliman, qui souligne l’état de frustration qui sévit chez les jeunes. Si aujourd’hui les jeunes s’ouvrent sur le monde avec l’usage d’Internet, ils se heurtent au poids des contraintes sociales et des traditions, ce qui accentue davantage leur frustration.

Mais ce n’est pas tout. Le chômage et les pressions économiques qui ont pour conséquence le mariage tardif sont aussi des facteurs de frustration. « Les jeunes sont aujourd’hui soumis à une multitude de pressions psychologiques. Acheter un appartement pour pouvoir se marier est une tâche herculéenne pour la plupart des jeunes en Egypte », lâche pour sa part Amani Qandil, sociologue. Pour elle, c’est l’absence d’une politique de jeunesse en Egypte qui en partie responsable du problème. « Où sont les centres de jeunesse ? Pourquoi ne remplissent-ils pas leur rôle ? Le rôle de ces centres pourrait être d’absorber l’énergie des jeunes en les orientant vers des activités utiles comme le sport et l’organisation des séminaires où les jeunes peuvent communiquer librement avec des intellectuels et des responsables de l’Etat », souligne la sociologue.

Abdel-Réhim Al-Ghoul, ancien chef de la commission de la jeunesse au Parlement, est encore plus critique. Selon lui, la défaillance de la politique de jeunesse a été l’objet de nombreuses discussions au Parlement depuis 1998. « On a réclamé à l’Etat de remédier au problème financier des centres de jeunesse en faisant intervenir les hommes d’affaires et les ONG. L’Etat a encouragé cette démarche dans le secteur de l’enseignement. Mais, celui de la jeunesse n’est pas moins important. Et voilà que la société assume le résultat de cette négligence. On s’attend aussi à ce que les cas de harcèlement augmentent dans une société où les jeunes sont des oubliés ».

Certaines ONG appellent à un durcissement des lois qui pénalisent le harcèlement. « Les peines ne sont pas assez dissuasives et ne reflètent pas la gravité des faits sur les victimes », souligne Azza Soliman .

Marianne Youssef

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