Harcèlements.
Une étude publiée par le Centre égyptien des droits de la
femme révèle des chiffres alarmants et en constante
augmentation. Des ONG se mobilisent pour lutter contre le
phénomène et durcir les sanctions.
Les ravages des frustrations
Sur un échantillon de 1 082 femmes, 40 % d’entre elles
affirment avoir fait l’objet au moins une fois de
harcèlements sexuels. Et elles sont 70 % à subir
régulièrement des harcèlements verbaux. C’est le résultat de
l’étude publiée par le Centre Egyptien des Droits de la
Femme (CEDF). Cet échantillon représente 8 gouvernorats du
pays, à savoir Le Caire, Guiza, Qalioubiya, Alexandrie, Qéna,
Minya, Sohag et Louqsor. L’étude souligne que les harceleurs
sont en majorité des jeunes âgés entre 15 et 35 ans et que
seules 2 % des femmes harcelées portent plainte à la police.
« Cette étude tire la sonnette d’alarme. Nous sommes face à
un phénomène d’ampleur », lance Azza Soliman, avocate et
présidente du Centre égyptien des droits de la femme. Elle
rappelle les événements qui ont eu lieu lors de la dernière
fête d’Al-Adha devant un cinéma du centre-ville, lorsque des
jeunes filles se sont fait agressées verbalement et
physiquement par un groupe d’hommes, ce qui a choqué
l’opinion publique. « Le harcèlement sexuel est pratiqué de
manière individuelle dans les autobus, dans les rues et les
lieux publics, mais on n’avait jamais vu de harcèlements
collectifs », ajoute Azza Soliman, qui souligne l’état de
frustration qui sévit chez les jeunes. Si aujourd’hui les
jeunes s’ouvrent sur le monde avec l’usage d’Internet, ils
se heurtent au poids des contraintes sociales et des
traditions, ce qui accentue davantage leur frustration.
Mais ce n’est pas tout. Le chômage et les pressions
économiques qui ont pour conséquence le mariage tardif sont
aussi des facteurs de frustration. « Les jeunes sont
aujourd’hui soumis à une multitude de pressions
psychologiques. Acheter un appartement pour pouvoir se
marier est une tâche herculéenne pour la plupart des jeunes
en Egypte », lâche pour sa part Amani Qandil, sociologue.
Pour elle, c’est l’absence d’une politique de jeunesse en
Egypte qui en partie responsable du problème. « Où sont les
centres de jeunesse ? Pourquoi ne remplissent-ils pas leur
rôle ? Le rôle de ces centres pourrait être d’absorber
l’énergie des jeunes en les orientant vers des activités
utiles comme le sport et l’organisation des séminaires où
les jeunes peuvent communiquer librement avec des
intellectuels et des responsables de l’Etat », souligne la
sociologue.
Abdel-Réhim
Al-Ghoul, ancien chef de la
commission de la jeunesse au Parlement, est encore plus
critique. Selon lui, la défaillance de la politique de
jeunesse a été l’objet de nombreuses discussions au
Parlement depuis 1998. « On a réclamé à l’Etat de remédier
au problème financier des centres de jeunesse en faisant
intervenir les hommes d’affaires et les ONG. L’Etat a
encouragé cette démarche dans le secteur de l’enseignement.
Mais, celui de la jeunesse n’est pas moins important. Et
voilà que la société assume le résultat de cette négligence.
On s’attend aussi à ce que les cas de harcèlement augmentent
dans une société où les jeunes sont des oubliés ».
Certaines ONG appellent à un durcissement des lois qui
pénalisent le harcèlement. « Les peines ne sont pas assez
dissuasives et ne reflètent pas la gravité des faits sur les
victimes », souligne Azza Soliman .
Marianne Youssef