Droits de l’Homme.
L’Egypte a été élue membre du Conseil des droits de l’homme
de l’Onu avec 168 voix sur 192, pour un mandat de trois ans.
Satisfecit officiel et réserves des ONG
L’Egypte
va donc représenter l’Afrique au sein de ce conseil avec
Madagascar, l’Angola et l’Afrique du Sud. Cet organe de
l’Onu a été créé en mars 2006 et il est chargé de promouvoir
le respect universel et la défense des droits de l’homme et
des libertés fondamentales sans distinction. Il compte 47
membres. Pour être élue, l’Egypte devait obtenir, au cours
de la session de l’Assemblée générale du jeudi 17 mai à New
York, une majorité d’au moins 97 voix.
L’entrée de l’Egypte au sein de ce conseil intervient au
moment où le gouvernement fait face à une vague de critiques
tant sur le plan interne qu’externe pour manquement aux
principes des droits de l’homme. Malgré tout, le ministère
des Affaires étrangères se félicite de cette élection qu’il
qualifie de « réussite pour l’Egypte » et de « démonstration
de confiance de la part des membres de l’Onu ». Le chef de
la diplomatie, Ahmad Aboul-Gheit, a ainsi déclaré : « C’est
une nouvelle preuve du respect de la communauté
internationale envers notre pays. C’est aussi la réponse à
toutes les critiques contre la politique de réforme engagée
par l’Egypte ». Les responsables aux Affaires étrangères
assurent que Le Caire a déjà deux initiatives à soumettre au
conseil, à savoir un projet pour faire face à la diffamation
des religions et un autre sur la protection des civils
durant les conflits armés.
Une question se pose cependant. L’obtention de ce siège
va-t-elle avoir un effet positif sur la situation des droits
de l’homme en Egypte ? Hafez Abou-Seada, secrétaire général
de l’Organisation Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH),
ne le pense pas. « On ne s’attend pas à un grand changement
de la part du gouvernement en matière de droits de l’homme
et de libertés fondamentales. Mais ce mandat sera peut-être
un moyen de pression sur le gouvernement pour l’inciter à
améliorer la situation actuelle des droits de l’homme. Nous
souhaitons que cette nouvelle fonction crée quelques
avantages et pousse le gouvernement à adopter des réformes
de démocratisation pour redorer son blason à l’étranger »,
affirme-t-il.
Nagad Al-Boraï, de l’Association pour le développement de la
démocratie, considère que ce siège est une obligation
implicite pour le gouvernement de changer son attitude quant
au dossier des droits de l’homme.
« L’amélioration de la situation des libertés fondamentales
passe par un partenariat entre les ONG et l’Etat, qui
doivent travailler ensemble pour élaborer une politique
d’ouverture en matière de liberté de la presse et
d’amélioration de la condition des prisonniers »,
assure-t-il. Sur un ton plus critique, Amir Salem,
secrétaire général de l’Association nationale des droits de
l’homme, qualifie ce 17 mai de « journée noire dans
l’histoire des droits de l’homme en Egypte. A mon avis,
l’élection de l’Egypte au sein du Conseil des droits de
l’homme prouve l’ambiguïté de la position de l’Onu sur ce
sujet. D’un côté, elle se veut promotrice de certaines
valeurs, et de l’autre, le choix de l’Egypte pour siéger à
ce conseil correspond à une volonté de contenter un fidèle
allié dans la région. De plus, la diplomatie égyptienne a
bien su jouer son rôle pour renvoyer une image erronée de la
situation concrète des droits de l’homme », affirme-t-il. Il
ajoute que si aucune réforme de fond n’est adoptée, alors la
situation des droits de l’homme ne connaîtra aucune
amélioration concrète.
« Aucun pays ne peut se vanter d’avoir rempli tous les
critères des droits de l’homme », renchérit un responsable
du ministère des Affaires étrangères ayant requis
l’anonymat, et trouve inacceptables les arguments avancés
par les associations. Selon lui, il n’existe pas de concept
universel des droits de l’homme. Nabil Abdel-Fattah,
chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques
(CEPS) d’Al-Ahram, estime, quant à lui, que ce siège est le
résultat d’une opération de compromis politique entre les
pays .
Ola
Hamdi