Forum Economique Mondial .
Réuni à Shouneh, en Jordanie, il n’a pas pu échapper à
d’importantes discussions sur l’instabilité politique dans
la région, en particulier à propos du conflit
israélo-palestinien.
Economie et politique s’entremêlent
Le
business prévaut même si on s’entretue. Tel est le message
qu’a voulu envoyer le 5e Forum économique mondial (FEM) pour
le Moyen-Orient, tenu au bord de la mer Morte en Jordanie du
18 au 20 mai. Et ce, en lançant au cours du premier jour, en
marge du Forum, l’établissement du Conseil d’affaires
israélo-palestinien. Cela au moment où Israël se livre à des
raids aériens dans la bande de Gaza, faisant des dizaines de
victimes et que les violences interpalestiniennes ont
repris. « Cela montre que même si politiquement les gens ne
sont pas dans le même camp, ils peuvent collaborer au niveau
des affaires et il y a de vraies opportunités pour avancer
dans ce sens », a commenté Andre Schneider, directeur
général du Forum économique mondial. A l’instar de l’année
passée, la situation et les conflits au Moyen-Orient,
surtout le conflit israélo-palestinien, l’ont emporté sur
l’économie lors des discussions du Forum. Le roi Abdallah II
de Jordanie a ouvert vendredi le Forum économique mondial du
Moyen-Orient, en appelant les dirigeants du monde à aider à
faire cesser les violences au Moyen-Orient et à construire
les économies pour « le lendemain de la paix ». Avec son
pragmatisme, hérité de son père, Abdallah a mis la main sur
la question qui concerne le plus les dirigeants et les
communautés d’affaires réunis à Shouneh : faire la paix sur
le niveau politique pour en tirer profit sur le niveau
économique. « Le temps est venu de cesser de penser à la
paix comme une fin en soi, il faut commencer à penser à la
paix comme étant un début, (...) de nouvelles opportunités
(...) pour le peuple de cette région », a dit le roi. Ce qui
va de pair avec l’objectif du Forum comme l’annoncent ses
organisateurs : promouvoir la diversification économique et
la paix dans cette région secouée par des violences.
Plusieurs autres leaders politiques et participants ont
exprimé leur avis sur la résolution du conflit
israélo-palestinien. Rien de neuf, ils ont quasi tous
insisté sur l’importance de l’Initiative de paix arabe dans
ce contexte. Il s’agit de l’initiative lancée en 2002 et
réactivée lors du sommet arabe de mars 2007. Celle-ci
propose à Israël une normalisation des relations en échange
d’un retrait total des territoires arabes conquis en 1967,
de la création d’un Etat palestinien. Le premier ministre
israélien, Ehud Olmert, a jeté le ballon dans la cour des
Arabes. Il a, de sa part, lancé une autre invitation
lors d’un forum des lauréats des prix Nobel à Pétra, en
Jordanie, qui s’est tenu le 15 mai. « J’invite les 22
dirigeants des nations arabes qui sont prêts à faire ce
genre de paix avec Israël à venir, quand ils veulent, à
s’asseoir avec nous et à parler et présenter leurs idées »,
a-t-il dit. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr
Moussa, a rejeté vendredi en Jordanie l’invitation d’Israël.
« Il s’agit d’une ruse que nous avons déjà entendue par le
passé », a déclaré Amr Moussa, aux participants du Forum
économique mondial du Moyen-Orient. « Ce qui nous intéresse
(...), c’est une réponse de la partie israélienne concernant
la paix », a-t-il ajouté, en référence à l’Initiative de
paix arabe. Une réponse qu’Israël ne donnera pas facilement.
Boom des pays du Golfe
Passer au lendemain de la paix n’est donc aussi facile que
l’aimeraient les dirigeants arabes. Les discussions sur le
Moyen-Orient ont été enflammées aussi à cause de la présence
des responsables iraniens, qui n’ont pas été invités l’année
passée. Cela lorsque Mohammad Javad Larijani, un conseiller
du pouvoir judiciaire, a accusé les Etats-Unis de vouloir
réinstaller au pouvoir en Iraq, le parti Baas, au pouvoir
sous Saddam Hussein. Mais alors que les conflits ont dominé
certaines discussions, d’autres participants se sont
concentrés sur le boom économique des pays du Golfe. «
Malgré les discontinuités politiques, la croissance
économique a été extrêmement forte et relativement bien
équilibrée », s’est félicité Hans-Paul Bruckner, président
et directeur général du Boston Consulting Group, Allemagne.
En fait, certains pays du Golfe ont témoigné d’une
croissance sans précédent au cours des dernières années, en
particulier depuis 2001. Un investisseur a ouvert la
discussion en évoquant l’effet du boom pétrolier sur
l’économie de la région. « Au cours des 5 dernières années,
le produit national brut de la région du Golfe a doublé,
passant de 600 milliards de dollars à 1,2 trillions. En
plus, des richesses de 500 milliards de dollars se sont
accumulées au cours de quelques années. Ce qui veut dire
qu’à côté de la Chine et de l’Inde, la région du Golfe est
le marché émergent qui croît le plus rapidement dans le
monde », a-t-il dit. Les participants se sont aussi
félicités du rôle grandissant du secteur privé dans la
région surtout que plus d’investissements s’acheminent vers
la production de produits qui apportent de la valeur
ajoutée.
Cependant, certains participants n’ont pas manqué de
rappeler les points faibles de la région. Comme la
concentration d’importants investissements dans des secteurs
non-productifs comme celui de l’immobilier, ou la
spéculation en Bourse, ainsi que le taux de chômage élevé et
la grosse inflation qui accompagne la croissance économique.
Un analyste jordanien, Rami Khoury, n’a pas oublié de
rappeler que la région est caractérisée par deux phénomènes
opposés : une croissance économique extraordinaire dans
certaines zones et un effondrement social complet dans
d’autres zones .
Marwa
Hussein (avec agences)