Al-Ahram Hebdo, Economie | Non-alignement économique à hauts risques
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 23 au 29 mai 2007, numéro 663

 

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Economie

Amérique Latine . Après le retrait du Venezuela de la Banque Mondiale (BM) et du Fonds Monétaire Internationale (FMI), 5 autres pays latino-américains ont rejoint une initiative de créer une institution qui se substituerait à la BM : la Banque du Sud.  

Non-alignement économique à hauts risques 

« Nous allons le faire », a dit le président argentin, Nestor Kirchner, lors de sa rencontre avec les présidents de 5 autres pays sud-américains tenue récemment à Port Ordaz. En effet, l’Argentine et le Venezuela y ont pris l’initiative de créer une banque régionale regroupant les Etats d’Amérique du Sud. La Bolivie, l’Equateur, le Paraguay et le Brésil ont décidé de les rejoindre. Pour donner vie à cette institution, les deux pays leaders ont signé un mémorandum qui stipule la création d’une commission chargée de rédiger dans les 120 prochains jours le statut de l’organisme, de concevoir sa structure et d’ordonner son fonctionnement. Le siège sera situé à Caracas, ce qui laisse croire que c’est le président vénézuélien Chavez qui est le parrain de la proposition. Ces pays vont débloquer 10 % de leurs réserves pétrolières pour financer le capital de la Banque du Sud, estimé à 7 milliards de dollars. La moitié de cette somme serait fournie par les Banques Centrales de chaque pays. « Cette banque aura un objectif différent des autres institutions régionales et internationales. Elle vise à bâtir une nouvelle architecture financière mondiale éloignée de la logique du marché et vouée à la coopération et au développement réel du continent », souligne le président équatorien Rafael Correa, qui a proposé aussi la création d’un fonds du sud comme une réponse politique au FMI qui constitue un vrai désastre pour le tiers-monde.

Selon les analystes du marché, cette mesure ne reflète qu’une seule réalité : le déséquilibre du système de financement international. « L’idée de créer des organismes régionaux n’est pas nouvelle pour la société internationale. Mais ce qui est inhabituel, c’est de sortir des auspices de la BM et du FMI en se retirant des deux institutions internationales à la fois. Et en plus, adopter des normes contradictoires à l’économie du marché. C’est une mesure sans précédent », précise Fakhri Al-Fiqi, ex-assistant du directeur exécutif au sein du FMI et professeur d’économie à l’Université du Caire. Au début de ce mois-ci, le Venezuela a annoncé son retrait officiel de la BM et du FMI, qualifiés par le président Hugo Chavez de « mécanismes de l’impérialisme » destinés à exploiter les pays pauvres. Et ce après avoir remboursé ses dettes évaluées à 11 milliards de dollars auprès du FMI. Ainsi, ces pays latino-américains ont-ils révélé leurs protestations à l’égard des politiques des deux institutions internationales. Selon Fakhri Al-Fiqi, cette protestation s’explique par 2 raisons essentielles. Tout d’abord, ces pays ont souffert de la tyrannie des programmes de réformes imposés par le FMI et la BM qui n’ont pas réussi à les sortir du cycle des dettes et de la pauvreté, qui n’ont cessé d’augmenter quels que soient les régimes au pouvoir. Ensuite, ces pays trouvent une difficulté à protéger leurs intérêts dans les institutions internationales dans lesquelles les Etats-Unis sont hégémoniques et ont acquis plus de 16,38 % des droits de vote. « Il était donc normal d’entreprendre une telle initiative pour servir leurs propres intérêts », explique Fakhri. Les propos du président équatorien confirment aussi cet argument. « Nous ne pourrons pas continuer à placer 200 milliards de dollars de réserves dans le premier monde et ensuite nous soumettre à ses conditions pour obtenir quelques dollars », a-t-il plaidé.

 

Ralliement incomplet du Brésil

La question qui se pose est donc de savoir si les 6 pays sont capables de le faire. Samir Radwan, vice-directeur du Forum des recherches économiques, affirme que oui. Il assure que le contexte économique et financier actuel de l’Argentine et du Venezuela permet à leur gouvernement d’inscrire dans leur agenda la création de la Banque du Sud. « Les fondateurs traversent actuellement une période d’accumulation rapide des réserves grâce à l’importante recette de pétrodollars. L’Argentine finirait cette année avec quelque 10 milliards de dollars supplémentaires dans ses réserves. Par conséquent, la somme intégrée pour la Banque du Sud pourrait être plus grande. Le soutien politique est très important pour faire asseoir l’idée de la banque », relève-t-il.

Cependant, il ajoute que les chances de la réussite d’une telle expérience restent limitées. Et ce, pour deux raisons essentielles. Tout d’abord, l’apport monétaire très modeste des autres alliés tels que la Bolivie, dont le montant des réserves avoisine les 3 milliards de dollars seulement. La deuxième raison est le ralliement incomplet du Brésil, le plus grand pays du continent. Le gouvernement de Lula da Silva, qui se veut dans le sillage d’une gauche modérée, se montre pour le moment peu disposé. Il a refusé de signer le mémorandum d’adhésion à la Banque du Sud au motif que son rôle exact reste flou. Le Brésil voit de son côté qu’une éventuelle institution régionale de crédit devra fonctionner selon les normes du marché, et non pas corriger les déficits budgétaires des pays. Et elle ne doit pas être un instrument politique.

Le Brésil propose donc un scénario d’intégration plus diversifié basé sur la création d’un Fonds de stabilisation à court terme. L’objectif ne serait pas de promouvoir des investissements productifs, comme le propose la Banque du Sud, mais de produire une masse de ressources qui rend plus solide la région face à des chocs externes éventuels. La position du Brésil soupçonne donc le succès de l’initiative de la Banque du Sud car, comme l’assure Al-Fiqi, « sans l’adhésion du Brésil avec les 100 milliards de dollars de ses réserves, l’idée de la banque ne serait pas crédible ».

Les risques d’une banque regroupant les pays du sud se diversifient. Comme l’affirme Samir Radwan, une chute prochaine dans les cours du pétrole peut réduire la capacité financière des pays membres et par conséquent faire chapeauter toute l’initiative. D’autre part, les institutions internationales, telles que le Club de Paris, ne resteront pas les bras croisés. Ce dernier va sans doute intenter un procès contre ces pays, les accusant d’une crise de légitimité comme résultat de leur violation des normes internationales.

« La sortie de ces pays du sud de la BM et leur adoption d’une stratégie socialiste en contradiction avec l’économie de marché auront des répercussions négatives sur ces pays. Ce qui limite à son tour la hausse des investissements », conclut Radwan.

Un message clair à Hugo Chavez, qui cherche à s’ériger en leader régional .

Gilane Magdi

 

 

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