Hypothèque Immobilière .
Deux ans après l’entrée en vigueur du système, 6 banques
seulement parmi les 34 qui se trouvent sur le marché y
participent. Les banquiers justifient cette faible
performance par le grand nombre de risques que cette
activité soulève.
L’immobilier boudé
«
Je voulais acheter un appartement. J’ai décidé donc
d’obtenir un crédit de la Banque d’urbanisme et de logement
pour en acheter un selon le système d’hypothèque
immobilière. Mais, là j’ai découvert la catastrophe. Un
crédit de 270 000 L.E. est remboursable sur 20 ans avec un
versement mensuel de 3 500 L.E. Si j’avais les moyens, je
n’aurais pas eu recours à un crédit au départ. Comment le
gouvernement peut-il répéter que ce système peut aider les
gens ? ». Maha Abdel-Aziz, fonctionnaire du secteur privé
est un exemple parmi tant d’autres des personnes qui
souffrent des failles de ce système. Elle a été finalement
obligée de prendre un appartement en location pour résoudre
son problème. « J’ai cherché une meilleure offre mais il n’y
avait pas du choix. Toutes les banques présentent la même
offre », confirme-t-elle.
L’objectif en fait du système était une libre concurrence en
faveur des acheteurs. Mais deux ans après, juste 6 banques
sur les 34 opérant sur le marché égyptien se sont
intéressées à ce domaine. A savoir, les banques Ahli, Misr,
Arab Land Bank, la Banque d’urbanisation et de logement, la
banque Al-Watani Al-Masri et la CIB. En plus des deux
anciennes sociétés égyptiennes d’hypothèque Al-Taamir et
Al-Masriya, deux autres nouvelles entreprises débuteront
leurs activités : Tamwil, créée par le milliardaire Sawirès,
et la société émiratie Amlaak.
D’un seul coup d’œil sur les noms de ces 6 banques, l’on
réalise que 5 d’entre elles sont publiques. Ces dernières
n’avaient qu’à suivre les recommandations du gouvernement
dont l’objectif est de relancer l’hypothèque immobilière. La
CIB, seule institution appartenant au secteur privé, a des
réserves. « Ce financement nous intéresse mais à condition
qu’il nous permette de réaliser la marge de profit que nous
visons », a déclaré Sahar Al-Sallab, vice-président de la
banque. Ce qui montre que sa participation au système
n’implique pas une participation réelle au développement du
secteur. Il est clair donc que la banque vise les catégories
de client A et B puisque le montant du crédit octroyé va de
120 000 à 5 millions de L.E. La durée du remboursement du
crédit ne dépasse pas les dix ans, ce qui implique que le
versement mensuel sera élevé.
Dix institutions pour le financement immobilier est un
nombre médiocre pour un pays comme l’Egypte qui compte
environ 70 millions d’âmes. D’après les chiffres du
ministère de l’Investissement, annoncés la semaine dernière
à la conférence sur l’hypothèque organisée par l’institution
Euromoney, le total des contrats conclus sur le marché
s’élève à 1 064. Les banques n’en ont conclu que 755 et les
sociétés d’hypothèque le reste. Un progrès mais pas très
significatif si l’on songe que les contrats conclus par les
banques en 2005 ne dépassaient pas les 119. Par exemple,
dans d’autres pays beaucoup plus petits que l’Egypte et où
les outils de l’hypothèque sont absents, les banques qui y
participent sont beaucoup plus nombreuses. Citons, à titre
d’exemple, les Emirats arabes unis, où plus de 20 banques
participent à l’hypothèque immobilière malgré l’absence
d’une loi qui gère le marché.
Les causes d’un désintérêt
La question qui se pose donc est de savoir pourquoi les
banques se désintéressent du système du financement
immobilier en Egypte. En fait, il y aurait deux raisons
principales : tout d’abord, le volume trop restreint du
marché et ensuite les risques trop élevés de l’activité
d’hypothèque. « L’activité d’hypothèque, encore naissante
sur le marché, ne représente pas un gain pour les banques.
Et ce, car les crédits à long terme ne réalisent pas des
profits considérables si on les compare aux crédits pour
l’achat des voitures et l’activité de commerce de détail »,
explique Fathi Al-Sébaï, PDG de la Banque d’urbanisme et de
logement. Cette explication a été approuvée par Micheal
Essex, directeur de la région du Moyen-Orient et de
l’Afrique du Nord auprès du IFC (International Finance
Corporation), une agence de la Banque mondiale, qui assure
que « les banques souffrent d’un problème de financement à
long terme. Ce qui les encourage à préférer le financement à
court terme ». Il ajoute que l’hypothèque est cependant
profitable. « La meilleure preuve en est le développement du
marché de 15 millions de L.E. en juin 2005 à 1,07 milliards
de L.E. en mars 2007 », rétorque-t-il.
Cette justification n’est pas la seule. Il existe aussi le
problème des risques trop élevés de cette activité, qui a
empêché les banques de l’intégrer dans leurs portefeuilles.
« Chaque banque a des limites ainsi que des restrictions sur
la formation de son portefeuille. L’administration de ma
banque a accordé des crédits pour des projets d’immobiliers
dépassant ainsi les limites des 10 % de son portefeuille
d’après les recommandations de la Banque Centrale. Ce qui a
rendu impossible de consacrer une autre partie de son
portefeuille au domaine de l’hypothèque », explique Maha
Abdel-Razeq, vice-directeur général de la Banque arabe
africaine internationale, une des banques non participantes
au système.
Cependant, d’autres responsables immobiliers assurent que
les banques ne sont pas les seules à influencer l’activité
d’hypothèque. « Il existe plusieurs autres facteurs qui
retardent ou affectent leurs performances, à l’exemple du
manque de sensibilisation concernant l’hypothèque chez les
clients », rétorque Fathi Al-Sébaï.
De son côté, Ossama Saleh, président de l’Organisme public
de l’hypothèque, explique que les banques seront encouragées
à participer directement au système avec l’entrée sur le
marché de la nouvelle société pour le refinancement de
l’hypothèque en juillet prochain. « Cette société va
résoudre le problème de financement à long terme que
confrontent les banques. Et ce, en accordant des crédits à
long terme aux sociétés de financement d’hypothèque ainsi
qu’aux banques à un taux d’intérêt variant entre 8 et 9 %.
Ce qui rend leur rôle plus actif », souligne-t-il. En fait,
la Banque Centrale égyptienne a signé récemment un
mémorandum d’entente, à l’occasion de la conférence d’Euromoney,
avec le Fonds monétaire international qui contribuerait au
financement à hauteur de 3,5 millions de dollars. Un montant
qui pourrait changer le schéma du marché.
Dahlia Réda
Gilane Magdi