Al-Ahram Hebdo, Monde | Nouvelle série de sanctions inévitable
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 23 au 29 mai 2007, numéro 663

 

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Iran. Le nouvel ultimatum fixé par le Conseil de sécurité de l’Onu expire ce mercredi sans que Téhéran n’ait cédé d’un iota sur ses ambitions nucléaires.

Nouvelle série de sanctions inévitable

Après avoir foulé des pieds l’ultimatum fixé par la résolution 1 737 pour suspendre l’enrichissement de l’uranium, la République islamique en a fait de même pour le délai de la 1 747 adoptée le 24 mars par le Conseil de sécurité de l’Onu. Cette dernière résolution, qui donnait à l’Iran une période de 60 jours pour arrêter l’enrichissement, était aussi restée lettre morte après l’expiration de son ultimatum ce mercredi, 23 mai. En effet, ni les protagonistes du dossier iranien ni même le scénario de la crise n’ont changé : nous sommes toujours face à une communauté internationale menaçante et à des autorités iraniennes obstinées.

Passé ce délai, la communauté internationale devra définir la suite de l’action à mener pour contraindre Téhéran à interrompre l’enrichissement, surtout après la publication, ce mercredi, d’un rapport de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) sur les activités nucléaires iraniennes ainsi que sur le degré de soumission de Téhéran à la résolution 1 747 adoptée le 24 mars.

Mettant de l’huile sur le feu, la République islamique a affirmé, cette semaine, qu’elle était en train d’installer 3 000 centrifuges dans son usine d’enrichissement de Natanz, ce qui pourrait lui permettre de construire une bombe atomique par an, selon les spécialistes. Déjà, des représentants de l’AIEA, en inspectant les installations nucléaires iraniennes à Natanz, la semaine dernière, ont reconnu que les centrifuges fonctionnaient à grand rendement et que l’Iran a vraiment commencé à enrichir l’uranium à plus grande échelle après avoir surmonté des obstacles techniques qui les freinaient. « Nous pensons qu’ils ont à présent à peu près acquis la technologie d’enrichissement. Maintenant, il s’agit simplement de perfectionner cette connaissance. C’est une nouvelle qui ne fera pas plaisir, mais c’est un fait », a reconnu le directeur de l’AIEA, Mohamad Al-Baradeï.

Poursuivant sa voie comme si rien n’était, Téhéran a annoncé, dimanche, le lancement de la construction de sa première centrale nucléaire entièrement « Made in Iran ». Cette centrale, qui aura une capacité de 360 mégawatts, permettra à l’Iran de produire une grande quantité de combustibles et d’électricité pendant les années à venir. « Durant la prochaine décennie, l’Iran sera un des pays dont on parlera dans le monde à propos de son énergie nucléaire intérieure », a affirmé Mohammad Saïdi, directeur adjoint de l’Agence atomique iranienne. L’Iran construit, par ailleurs, à Arak (centre) un réacteur de recherche à eau lourde, d’une capacité de 40 mégawatts, dont la construction doit s’achever en 2009.

M. Saïdi a également mentionné un lancement « d’ici la fin de cette année iranienne, en mars 2008 » de la centrale de Bouchehr, où les travaux ont été retardés par la Russie. Ce retard est dû, selon les Russes, à des retards de paiement des Iraniens, ce que ces derniers ont démenti.

Analysant les motifs de cette recrudescence de la part des leaders iraniens, Mohamad Abbass, spécialiste des affaires iraniennes, explique : « Téhéran est sûr que, malgré tout ce qu’il fait, Washington ne pourra jamais lui adresser une frappe militaire à l’heure actuelle à cause de son enlisement en Iraq et à cause de la brève période qui reste au président américain Bush à la tête du pays. En outre, les dirigeants iraniens comptent toujours sur le soutien de la Russie et de la Chine, qui même si elles étaient obligées à accepter les sanctions, elles feraient de leur mieux pour les alléger et les réduire afin ne pas nuire à leurs intérêts avec l’Iran », estime M. Abbass, ajoutant pourtant que le vote par le Conseil de sécurité, tous les deux mois, d’une résolution comportant des sanctions contre l’Iran est une grave défaite politique pour ce pays. « Si les choses continuent de la sorte, cela veut dire que l’Iran fera l’objet de 6 résolutions onusiennes en un an. Ce chiffre sans précédent signifierait que les dirigeants iraniens, inaptes à régler la crise, feront plonger leur pays dans l’abîme car l’Iran ne pourrait pas endurer des sanctions à l’infini », ajoute l’expert.

De peur de voir son pays succomber sous les sanctions internationales, le guide suprême de la Révolution islamique iranienne, l’ayatollah Khamenei, a indiqué qu’il soutenait l’organisation des discussions avec les Etats-Unis, le 28 mai, en Iraq au niveau des ambassadeurs. Même si ces discussions sont essentiellement consacrées à la situation en Iraq et même si les deux parties insistent sur le fait que le dossier nucléaire iranien n’y soit pas évoqué, cette rencontre marque un début de dégel dans les relations irano-américaines coupées il y a de longues années. Selon les analystes, cette rencontre est une occasion pour les deux pays de s’asseoir sur une même table pour tenter de trouver un compromis à leurs différends. « Le jeu est clair. Apparemment, il s’agit de négociations sur l’Iraq mais, à vrai dire, cette rencontre est une occasion à ne pas rater pour l’Iran : il demandera à Washington d’arrêter de mobiliser le monde sur son dossier nucléaire et de stopper cette vague de sanctions en contrepartie d’une sérieuse collaboration iranienne pour instaurer la sécurité à Bagdad », pronostique Mohamad Abbass, selon qui, Washington pourrait bien accepter ce chantage iranien car il réalise bien qu’une sécurisation de l’Iraq doit obligatoirement passer par l’Iran.

Autre arme utilisée par Téhéran : gagner certains pays à sa cause. Lundi matin, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, est arrivé à Minsk pour une visite de deux jours pour discuter notamment énergie et échanges commerciaux avec son homologue biélorusse Alexandre Loukachenko. Les deux régimes font l’objet de critiques acerbes des Occidentaux : l’Iran pour son programme nucléaire qui pourrait lui permettre d’accéder à l’arme nucléaire, la Biélorussie pour ses violations régulières des droits de l’homme. Outre la Biélorussie, Ahmadinejad s’est rendu la semaine dernière dans des pays arabes comme les Emirats arabes unis et Oman pour tenter de briser la coalition américano-arabe et de gagner ces pays à sa cause.

Le monde exacerbé

Cet entêtement iranien continue d’inquiéter l’Occident et surtout Washington, dont le président a menacé, vendredi, de réclamer de nouvelles sanctions contre l’Iran. « Nous sommes pleinement conscients que les Iraniens ne doivent pas acquérir l’arme nucléaire », a dit M. Bush. Le sénateur américain Baeack Obama, candidat à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2008, a, pour sa part, déposé, cette semaine, un projet de loi visant à dissuader les entreprises de s’associer à des projets pouvant bénéficier à l’Iran. « Faire pression sur des compagnies pour couper leurs liens financiers avec l’Iran est essentiel pour que les sanctions économiques imposées à ce pays aient le résultat escompté », affirme M. Obama. Suivant l’exemple de la France, le Japon a décidé, samedi, d’imposer des sanctions contre l’Iran, en gelant les comptes de 15 personnes et de 13 institutions iraniennes. Le Japon a également décidé d’interdire le transfert vers l’Iran d’armes et de versements liés aux activités nucléaires. La décision du Japon n’est qu’une prorogation d’une série de sanctions déjà décrétées en février par le gouvernement japonais dans le cadre des sanctions décidées en décembre 2006 à l’Onu contre l’Iran.

Cette tendance internationale de plus en plus dure vis-à-vis de Téhéran laisse présager que les jours à venir verront l’imposition de nouvelles sanctions plus efficaces sur ce pays têtu. Pourtant, l’espoir en une issue diplomatique demeure toujours à l’horizon car, en fin de compte, les Européens n’ont aucun intérêt à voir la crise se compliquer ou dégénérer en guerre. Aussi, la diplomatie va-t-elle coude à coude avec la menace. Alors qu’on s’attend à une nouvelle série de sanctions, une nouvelle rencontre entre le négociateur du nucléaire iranien, Ali Larijani, et le diplomate en chef de l’Union européenne, Javier Solana, est prévue le 31 mai, probablement en Espagne, pour tenter de contenir la crise. Déjà, les deux hommes s’étaient déjà rencontrés les 25 et 26 avril à Ankara pour tenter de sortir de la crise provoquée par le programme nucléaire de Téhéran, que l’Occident soupçonne de vouloir se doter de l’arme nucléaire, ce que l’Iran dément. Ces derniers entretiens, les premiers entre les deux hommes depuis que le Conseil de sécurité de l’Onu a adopté deux séries de sanctions successives, n’avaient permis « aucune percée » sinon qu’ils étaient tombés d’accord pour maintenir le canal ouvert et se rencontrer à nouveau. Selon les analystes, les résultats de ce nouveau round de discussions ne va beaucoup différer du précédent car toujours la crise iranienne est acculée à l’impasse et toujours ses protagonistes n’ont rien de nouveau à présenter pour en finir avec ce casse-tête.

Maha Al-Cherbini

 




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