Iran.
Le nouvel ultimatum fixé par le Conseil de sécurité de l’Onu
expire ce mercredi sans que Téhéran n’ait cédé d’un iota sur
ses ambitions nucléaires.
Nouvelle série de sanctions inévitable
Après
avoir foulé des pieds l’ultimatum fixé par la résolution 1
737 pour suspendre l’enrichissement de l’uranium, la
République islamique en a fait de même pour le délai de la 1
747 adoptée le 24 mars par le Conseil de sécurité de l’Onu.
Cette dernière résolution, qui donnait à l’Iran une période
de 60 jours pour arrêter l’enrichissement, était aussi
restée lettre morte après l’expiration de son ultimatum ce
mercredi, 23 mai. En effet, ni les protagonistes du dossier
iranien ni même le scénario de la crise n’ont changé : nous
sommes toujours face à une communauté internationale
menaçante et à des autorités iraniennes obstinées.
Passé ce délai, la communauté internationale devra définir
la suite de l’action à mener pour contraindre Téhéran à
interrompre l’enrichissement, surtout après la publication,
ce mercredi, d’un rapport de l’Agence Internationale de l’Energie
Atomique (AIEA) sur les activités nucléaires iraniennes
ainsi que sur le degré de soumission de Téhéran à la
résolution 1 747 adoptée le 24 mars.
Mettant de l’huile sur le feu, la République islamique a
affirmé, cette semaine, qu’elle était en train d’installer 3
000 centrifuges dans son usine d’enrichissement de Natanz,
ce qui pourrait lui permettre de construire une bombe
atomique par an, selon les spécialistes. Déjà, des
représentants de l’AIEA, en inspectant les installations
nucléaires iraniennes à Natanz, la semaine dernière, ont
reconnu que les centrifuges fonctionnaient à grand rendement
et que l’Iran a vraiment commencé à enrichir l’uranium à
plus grande échelle après avoir surmonté des obstacles
techniques qui les freinaient. « Nous pensons qu’ils ont à
présent à peu près acquis la technologie d’enrichissement.
Maintenant, il s’agit simplement de perfectionner cette
connaissance. C’est une nouvelle qui ne fera pas plaisir,
mais c’est un fait », a reconnu le directeur de l’AIEA,
Mohamad Al-Baradeï.
Poursuivant sa voie comme si rien n’était, Téhéran a
annoncé, dimanche, le lancement de la construction de sa
première centrale nucléaire entièrement « Made in Iran ».
Cette centrale, qui aura une capacité de 360 mégawatts,
permettra à l’Iran de produire une grande quantité de
combustibles et d’électricité pendant les années à venir. «
Durant la prochaine décennie, l’Iran sera un des pays dont
on parlera dans le monde à propos de son énergie nucléaire
intérieure », a affirmé Mohammad Saïdi, directeur adjoint de
l’Agence atomique iranienne. L’Iran construit, par ailleurs,
à Arak (centre) un réacteur de recherche à eau lourde, d’une
capacité de 40 mégawatts, dont la construction doit
s’achever en 2009.
M. Saïdi a également mentionné un lancement « d’ici la fin
de cette année iranienne, en mars 2008 » de la centrale de
Bouchehr, où les travaux ont été retardés par la Russie. Ce
retard est dû, selon les Russes, à des retards de paiement
des Iraniens, ce que ces derniers ont démenti.
Analysant les motifs de cette recrudescence de la part des
leaders iraniens, Mohamad Abbass, spécialiste des affaires
iraniennes, explique : « Téhéran est sûr que, malgré tout ce
qu’il fait, Washington ne pourra jamais lui adresser une
frappe militaire à l’heure actuelle à cause de son
enlisement en Iraq et à cause de la brève période qui reste
au président américain Bush à la tête du pays. En outre, les
dirigeants iraniens comptent toujours sur le soutien de la
Russie et de la Chine, qui même si elles étaient obligées à
accepter les sanctions, elles feraient de leur mieux pour
les alléger et les réduire afin ne pas nuire à leurs
intérêts avec l’Iran », estime M. Abbass, ajoutant pourtant
que le vote par le Conseil de sécurité, tous les deux mois,
d’une résolution comportant des sanctions contre l’Iran est
une grave défaite politique pour ce pays. « Si les choses
continuent de la sorte, cela veut dire que l’Iran fera
l’objet de 6 résolutions onusiennes en un an. Ce chiffre
sans précédent signifierait que les dirigeants iraniens,
inaptes à régler la crise, feront plonger leur pays dans
l’abîme car l’Iran ne pourrait pas endurer des sanctions à
l’infini », ajoute l’expert.
De peur de voir son pays succomber sous les sanctions
internationales, le guide suprême de la Révolution islamique
iranienne, l’ayatollah Khamenei, a indiqué qu’il soutenait
l’organisation des discussions avec les Etats-Unis, le 28
mai, en Iraq au niveau des ambassadeurs. Même si ces
discussions sont essentiellement consacrées à la situation
en Iraq et même si les deux parties insistent sur le fait
que le dossier nucléaire iranien n’y soit pas évoqué, cette
rencontre marque un début de dégel dans les relations
irano-américaines coupées il y a de longues années. Selon
les analystes, cette rencontre est une occasion pour les
deux pays de s’asseoir sur une même table pour tenter de
trouver un compromis à leurs différends. « Le jeu est clair.
Apparemment, il s’agit de négociations sur l’Iraq mais, à
vrai dire, cette rencontre est une occasion à ne pas rater
pour l’Iran : il demandera à Washington d’arrêter de
mobiliser le monde sur son dossier nucléaire et de stopper
cette vague de sanctions en contrepartie d’une sérieuse
collaboration iranienne pour instaurer la sécurité à Bagdad
», pronostique Mohamad Abbass, selon qui, Washington
pourrait bien accepter ce chantage iranien car il réalise
bien qu’une sécurisation de l’Iraq doit obligatoirement
passer par l’Iran.
Autre arme utilisée par Téhéran : gagner certains pays à sa
cause. Lundi matin, le président iranien, Mahmoud
Ahmadinejad, est arrivé à Minsk pour une visite de deux
jours pour discuter notamment énergie et échanges
commerciaux avec son homologue biélorusse Alexandre
Loukachenko. Les deux régimes font l’objet de critiques
acerbes des Occidentaux : l’Iran pour son programme
nucléaire qui pourrait lui permettre d’accéder à l’arme
nucléaire, la Biélorussie pour ses violations régulières des
droits de l’homme. Outre la Biélorussie, Ahmadinejad s’est
rendu la semaine dernière dans des pays arabes comme les
Emirats arabes unis et Oman pour tenter de briser la
coalition américano-arabe et de gagner ces pays à sa cause.
Le monde exacerbé
Cet entêtement iranien continue d’inquiéter l’Occident et
surtout Washington, dont le président a menacé, vendredi, de
réclamer de nouvelles sanctions contre l’Iran. « Nous sommes
pleinement conscients que les Iraniens ne doivent pas
acquérir l’arme nucléaire », a dit M. Bush. Le sénateur
américain Baeack Obama, candidat à l’investiture démocrate
pour la présidentielle de 2008, a, pour sa part, déposé,
cette semaine, un projet de loi visant à dissuader les
entreprises de s’associer à des projets pouvant bénéficier à
l’Iran. « Faire pression sur des compagnies pour couper
leurs liens financiers avec l’Iran est essentiel pour que
les sanctions économiques imposées à ce pays aient le
résultat escompté », affirme M. Obama. Suivant l’exemple de
la France, le Japon a décidé, samedi, d’imposer des
sanctions contre l’Iran, en gelant les comptes de 15
personnes et de 13 institutions iraniennes. Le Japon a
également décidé d’interdire le transfert vers l’Iran
d’armes et de versements liés aux activités nucléaires. La
décision du Japon n’est qu’une prorogation d’une série de
sanctions déjà décrétées en février par le gouvernement
japonais dans le cadre des sanctions décidées en décembre
2006 à l’Onu contre l’Iran.
Cette tendance internationale de plus en plus dure vis-à-vis
de Téhéran laisse présager que les jours à venir verront
l’imposition de nouvelles sanctions plus efficaces sur ce
pays têtu. Pourtant, l’espoir en une issue diplomatique
demeure toujours à l’horizon car, en fin de compte, les
Européens n’ont aucun intérêt à voir la crise se compliquer
ou dégénérer en guerre. Aussi, la diplomatie va-t-elle coude
à coude avec la menace. Alors qu’on s’attend à une nouvelle
série de sanctions, une nouvelle rencontre entre le
négociateur du nucléaire iranien, Ali Larijani, et le
diplomate en chef de l’Union européenne, Javier Solana, est
prévue le 31 mai, probablement en Espagne, pour tenter de
contenir la crise. Déjà, les deux hommes s’étaient déjà
rencontrés les 25 et 26 avril à Ankara pour tenter de sortir
de la crise provoquée par le programme nucléaire de Téhéran,
que l’Occident soupçonne de vouloir se doter de l’arme
nucléaire, ce que l’Iran dément. Ces derniers entretiens,
les premiers entre les deux hommes depuis que le Conseil de
sécurité de l’Onu a adopté deux séries de sanctions
successives, n’avaient permis « aucune percée » sinon qu’ils
étaient tombés d’accord pour maintenir le canal ouvert et se
rencontrer à nouveau. Selon les analystes, les résultats de
ce nouveau round de discussions ne va beaucoup différer du
précédent car toujours la crise iranienne est acculée à
l’impasse et toujours ses protagonistes n’ont rien de
nouveau à présenter pour en finir avec ce casse-tête.
Maha Al-Cherbini