Al-Ahram Hebdo, Arts | Chacun son empreinte
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 Semaine du 23 au 29 mai 2007, numéro 663

 

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Arts

Festival de Cannes . Le film à sketches Chacun son cinéma a été la cerise sur le gâteau de cette 60e édition. 35 cinéastes s’y inspirent du thème de la salle de cinéma pour présenter leur vision propre. 

Chacun son empreinte 

De notre envoyé spécial —

Cette année, la montée des marches a été exceptionnelle avec une photo de famille regroupant les quelque 35 réalisateurs qui ont signé le film Chacun son cinéma. Une série de sketches, commandée pour fêter la 60e édition du Festival de Cannes.

Dédié au cinéaste Federico Fellini, le documentaire qui dure deux heures renferme de petits bijoux artistiques d’émotion, de nostalgie et souvent, d’humour noir.

Outre les trois minutes dédiées à chacun de ses coréalisateurs, le thème unique de la salle de cinéma leur avait été imposé, mais chacun, de son côté, ignorait ce qu’allaient faire les autres. Les réalisateurs n’ont d’ailleurs découvert le résultat final que lors de la projection de leur œuvre collective à Cannes, comme tous les téléspectateurs. Parmi les participants à ce film cérémonial figure l’Egyptien Youssef Chahine en tant que seul ambassadeur du cinéma africain, arabe et égyptien. Les trois minutes qu’il a présentées reflétaient sa relation avec le festival qui lui avait décerné le prix de son cinquantenaire. Parmi ses acolydes citons entre autres, Theo Angelopoulos, Olivier Assayas, Bille August, Jane Campion, Chen Kaige, Michael Cimino, Ethan et Joel Coen, David Cronenberg, Jean-Pierre et Luc Dardenne.

« Une façon d’illustrer les cultures, les origines, les élans ou les obsessions des créateurs aussi différents », a souligné Gilles Jacob, président du festival à l’issue de la projection.

Un exercice de style en fait sur une figure imposée qui ne se limite pas à une salle filmée de l’intérieur, mais qui peut s’évader, voyager, réinventer aussi l’espace puisque l’on sait déjà que Wim Wenders est allé filmer au Congo, Tsai Ming Lang à Kuala Lumpur et que David Cronenberg s’est contenté d’installer sa caméra dans des toilettes !

Mélancoliques, émouvants et parfois humoristiques, les courts métrages forment un séduisant patchwork avec un thème revenant souvent : des salles de cinéma vides, menacées, détruites, ou disparues. Mais aussi, notamment pour les cinéastes asiatiques, la fraîcheur de cinémas de plein air, ou du drap blanc qu’on transforme en écran dans un petit village sous les cris de joie des enfants, comme dans les films des Chinois Zhang Yimou et Chen Kaige.

Mais reste l’un des plus drôles sketches, celui du Brésilien Walter Salles, intitulé A 8,944 km de Cannes, dialogue musical de deux Brésiliens sur le Festival de Cannes, en jouant du tambourin, dans un clin d’œil à Gilles Jacob.

D’autres représentent également des clins d’œil expressifs au Festival de Cannes, mais les plus jolis ou les plus émouvants parlent de la salle de cinéma en général, de manière plus universelle : une succession de visages de femmes voilées qui pleurent en regardant Roméo et Juliette comme c’était avec l’Iranien Abbas Kiarostami, ou des gamins tétanisés par des DVD de films de guerre dans un village du Congo comme l’a montré l’Allemand Wim Wenders, ou une aveugle à qui son ami décrit les scènes du film Mépris de Godard à travers une séquence signée par le Mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu.

Par ailleurs, certains réalisateurs y posent un regard tendrement nostalgique sur les salles de quartier aujourd’hui en déclin. Claude Lelouch montre la rencontre de ses parents, dans un cinéma en 1936 et, au fil d’un monologue hilarant, l’Italien Nanni Moretti promet, à son corps défendant, d’aller voir Matrix 2 à son fils de sept ans.

« Il est plus difficile de faire un court métrage que d’en faire un long » a jugé le Russe Andréi Konchalovsky l’un des auteurs, lequel a ajouté : « Le grand écrivain russe Pouchkine a écrit, dans une longue lettre à un ami : Excuse-moi, je n’ai pas le temps de t’écrire une lettre courte ».

Prévu pour une sortie en salles à l’automne, ce gâteau d’anniversaire cinématographique a été projeté en grande pompe à Cannes, suivi d’un feu d’artifice sur la Croisette. Lequel a même précédé un incident : Le réalisateur Roman Polanski a préféré « aller bouffer » plutôt que de subir « la pauvreté des questions » posées par les journalistes lors de la conférence de presse.

Cette parenthèse festive refermée, le festival a repris dès le lendemain son cours, amorcé en fin de semaine dernière avec un grand challenge, tant pour la compétition que pour les sections parallèles.

Yasser Moheb

 

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« Il y a des gens qui veulent vivre aussi d’autres émotions que celle de la peur de la guerre »

Dans son premier long métrage, Caramel, la Libanaise Nadine Labaki présente un aspect coloré de son pays, à travers la Quinzaine des réalisateurs.

Al-Ahram Hebdo : En bref, de quoi s’agit-il dans votre film ?

Nadine Labaki : C’est l’histoire de cinq amies libanaises de différents âges, religions et intérêts, qui se croisent dans un institut de beauté à Beyrouth. Et c’est dans cet espace typiquement féminin, que ces femmes nous dévoilent leurs secrets même les plus intimes, et décident de s’entraider pour régler leurs problèmes. A partir de cette histoire apparemment simple, on suit la vie quotidienne de la femme libanaise au sein d’une société trop attachée à la tradition.

— Pourquoi le choix d’un salon de coiffure comme espace de rencontre ?

— J’y ai beaucoup pensé en écrivant le scénario ; pour moi, c’est un milieu où l’on ne triche pas ! C’est un lieu où l’on n’est pas jugé. On y retrouve des femmes « nues » au sens propre comme au figuré. Et c’est ce qui m’intéresse : la sincérité.

— Comment vous avez vécu l’expérience de jouer et de mettre en scène, alors que c’est votre premier long métrage ?

— J’ai beaucoup hésité pendant la période de préparation. Depuis des années, je rêvais de jouer. J’ai acquis une certaine expérience en tant que réalisatrice de vidéoclips, j’ai joué dans un film de Philippe Aractingi, Bosta. Toutefois, je craignais de rater mon premier film, simplement pour satisfaire mon désir de devenir comédienne, d’autant plus que la majorité des acteurs et actrices avec qui j’ai travaillé n’étaient pas des professionnels. Ce qui m’intéressait le plus, c’était de choisir des hommes et des femmes qui me fascinent par leur manière d’être. Ils collent tous à la réalité. J’ai quand même réussi à leur préserver la fraîcheur devant la caméra ; je leur donnais la liberté d’improviser par rapport aux dialogues.

— A quel point les protagonistes sont-elles représentatives de la femme libanaise ?

— Ce sont des prototypes que je présente, avec chacune ses problèmes, ses relations et son rapport à la société. Malheureusement, on a l’impression que la femme libanaise, comme toutes les autres Arabes, vole ses instants de bonheur. Elle doit toujours lutter pour vivre à sa manière, traînant un sentiment de culpabilité et vivant un décalage entre être et vouloir être, dans les limites du possible.

— Certains ont qualifié le film d’œuvre féministe, qu’en dites-vous ?

— J’ai conçu mon film aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Le seul exemple d’homme vilain dans le film, a été abordé de loin ou en surface.

— Comment évaluez-vous le cinéma libanais actuel, surtout avec des films qui ne parlent que de guerre ?

— Je sens qu’il y a quelque chose qui commence à bouillonner dans le cinéma libanais, et pour preuve, le nombre important de films libanais projetés à Cannes soit à travers la Quinzaine des réalisateurs, ou lors de la journée libanaise. On a l’impression que quelque chose se prépare en filigrane. Concernant la guerre toujours présente dans les films, je pense que chacun a sa manière de raconter ses histoires. Moi, contrairement aux avis d’aucuns, j’ai voulu montrer un aspect coloré de mon pays, optimiste et grouillant de vie. J’ai préféré insister sur le fait qu’il y a des gens qui veulent vivre aussi d’autres émotions que celle de la peur de la guerre. C’est mon hymne au bonheur .

 Propos recueillis par Y. M 

 

 




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