Festival de Cannes
. Le film à
sketches Chacun son cinéma a été la cerise sur le gâteau de cette 60e édition. 35
cinéastes s’y inspirent du thème de la salle de cinéma pour présenter leur
vision propre.
Chacun son empreinte
De notre envoyé spécial —
Cette
année, la montée des marches a été exceptionnelle avec une photo de famille
regroupant les quelque 35 réalisateurs qui ont signé le film Chacun son cinéma.
Une série de sketches, commandée pour fêter la 60e édition du Festival de
Cannes.
Dédié
au cinéaste Federico Fellini, le documentaire qui dure deux heures renferme de
petits bijoux artistiques d’émotion, de nostalgie et souvent, d’humour noir.
Outre
les trois minutes dédiées à chacun de ses coréalisateurs, le thème unique de la
salle de cinéma leur avait été imposé, mais chacun, de son côté, ignorait ce
qu’allaient faire les autres. Les réalisateurs n’ont d’ailleurs découvert le
résultat final que lors de la projection de leur œuvre collective à Cannes,
comme tous les téléspectateurs. Parmi les participants à ce film cérémonial
figure l’Egyptien Youssef Chahine en tant que seul ambassadeur du cinéma
africain, arabe et égyptien. Les trois minutes qu’il a présentées reflétaient
sa relation avec le festival qui lui avait décerné le prix de son cinquantenaire.
Parmi ses acolydes citons entre autres, Theo Angelopoulos, Olivier Assayas,
Bille August, Jane Campion, Chen Kaige, Michael Cimino, Ethan et Joel Coen,
David Cronenberg, Jean-Pierre et Luc Dardenne.
« Une
façon d’illustrer les cultures, les origines, les élans ou les obsessions des
créateurs aussi différents », a souligné Gilles Jacob, président du festival à
l’issue de la projection.
Un
exercice de style en fait sur une figure imposée qui ne se limite pas à une
salle filmée de l’intérieur, mais qui peut s’évader, voyager, réinventer aussi
l’espace puisque l’on sait déjà que Wim Wenders est allé filmer au Congo, Tsai
Ming Lang à Kuala Lumpur et que David Cronenberg s’est contenté d’installer sa
caméra dans des toilettes !
Mélancoliques,
émouvants et parfois humoristiques, les courts métrages forment un séduisant
patchwork avec un thème revenant souvent : des salles de cinéma vides,
menacées, détruites, ou disparues. Mais aussi, notamment pour les cinéastes
asiatiques, la fraîcheur de cinémas de plein air, ou du drap blanc qu’on
transforme en écran dans un petit village sous les cris de joie des enfants,
comme dans les films des Chinois Zhang Yimou et Chen Kaige.
Mais
reste l’un des plus drôles sketches, celui du Brésilien Walter Salles, intitulé
A 8,944 km de Cannes, dialogue musical de deux Brésiliens sur le Festival de
Cannes, en jouant du tambourin, dans un clin d’œil à Gilles Jacob.
D’autres
représentent également des clins d’œil expressifs au Festival de Cannes, mais
les plus jolis ou les plus émouvants parlent de la salle de cinéma en général,
de manière plus universelle : une succession de visages de femmes voilées qui
pleurent en regardant Roméo et Juliette comme c’était avec l’Iranien Abbas
Kiarostami, ou des gamins tétanisés par des DVD de films de guerre dans un
village du Congo comme l’a montré l’Allemand Wim Wenders, ou une aveugle à qui
son ami décrit les scènes du film Mépris de Godard à travers une séquence
signée par le Mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu.
Par
ailleurs, certains réalisateurs y posent un regard tendrement nostalgique sur
les salles de quartier aujourd’hui en déclin. Claude Lelouch montre la
rencontre de ses parents, dans un cinéma en 1936 et, au fil d’un monologue
hilarant, l’Italien Nanni Moretti promet, à son corps défendant, d’aller voir
Matrix 2 à son fils de sept ans.
« Il
est plus difficile de faire un court métrage que d’en faire un long » a jugé le
Russe Andréi Konchalovsky l’un des auteurs, lequel a ajouté : « Le grand
écrivain russe Pouchkine a écrit, dans une longue lettre à un ami : Excuse-moi,
je n’ai pas le temps de t’écrire une lettre courte ».
Prévu
pour une sortie en salles à l’automne, ce gâteau d’anniversaire
cinématographique a été projeté en grande pompe à Cannes, suivi d’un feu
d’artifice sur la Croisette. Lequel a même précédé un incident : Le réalisateur
Roman Polanski a préféré « aller bouffer » plutôt que de subir « la pauvreté
des questions » posées par les journalistes lors de la conférence de presse.
Cette
parenthèse festive refermée, le festival a repris dès le lendemain son cours,
amorcé en fin de semaine dernière avec un grand challenge, tant pour la
compétition que pour les sections parallèles.
Yasser Moheb