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Théâtre.
Le premier Festival euro-égyptien du théâtre de la rue, qui
s’est déroulé du 19 au 22 mai, a réussi à créer une
interaction avec un public peu habitué à ce genre de
manifestations.
Un après-midi à la rue Alfi
14h. La musique résonne dans la rue piétonne Al-Alfi, au
centre-ville. Une petite estrade, des micros en plus des
agents de la sécurité qui parsèment la rue. La chaleur
écrasante n’a pas empêché les badauds d’affluer nombreux. Il
faut s’arrêter pour voir et peut-être aussi participer à ces
spectacles égyptien, allemand et autrichien que l’on
présente au fur et à mesure. Des allocutions, en allemand et
en arabe, annoncent le début de ce premier Festival euro-égyptien consacré au théâtre de la rue.
L’événement a été organisé par l’Union européenne et
l’Institut Goethe entre le 19 et le 22 mai, au Caire, à
Alexandrie, à Assiout et à Minya. « Ils savent que n’importe
quoi peut réjouir les Egyptiens, alors ils nous présentent
ces choses-là ! », lance un homme à son copain, sur un ton
nonchalant parmi la foule.
Trois comédiens géants surgissent sur des échasses, en
costumes colorés et maquillés à outrance. Ce sont les
membres de la troupe allemande Zebra Stelzentheater (théâtre
des échasses), lesquels se mettent à danser avec le public
d’Al-Alfi. Ils font signe à leurs fans afin de les
poursuivre. La musique enjouée emporte la foule qui ne
manque pas de participer à la chorégraphie. « Cette
interaction avec le public est ce qui compte pour nous »,
souligne Rolf Kassalicky, directeur de la troupe qui a
repris deux shows de son répertoire, basés sur la
chorégraphie et l’improvisation.
Vers 17h, la troupe donne son deuxième spectacle. Les
costumes cette fois-ci sont plus compliqués et les danseurs
supportent mal la chaleur. Adoptant une forme de show proche
du carnaval, du style acrobatique du cirque et de la
Commedia dell’arte, Zebra Stelzentheater s’inscrit, par
excellence, comme une compagnie théâtrale de la rue. « Il y
a 20 ans, mon ami Carl Kittel et moi, nous avons voulu
travailler sur des formes expérimentales et avons fondé
notre troupe. Toucher le public ordinaire et réussir à
l’attirer a été notre objectif. Jouer dans la rue était
moins coûteux, mais c’était aussi un moyen de sortir du
cadre traditionnel des présentations », souligne le
directeur.
Toi ou rien est un spectacle autrichien de pantomime, qui a
constitué l’un des moments forts et chaleureux du festival.
Les spectateurs entourent les comédiens formant un cercle
clos. Les cafés traditionnels, des deux côtés de la rue,
offrent des chaises aux spectateurs et leur servent à boire.
Les épiciers du coin regardent le show et vendent eaux
minérales et glaçons. Des balcons, certains habitants
filment l’événement à l’aide de téléphones portables.
Maintenant, c’est l’heure consacrée à la compagnie allemande
du théâtre de papier, se produisant pour la première fois en
Egypte. Celle-ci travaille un genre assez spécifique où le
papier est indispensable. C’est toujours l’arrière-plan, la
scène et le décor. Il incombe en fait aux comédiens de le
couper, de le coller pour en faire des créations et de
présenter les personnages, les accessoires et les objets mis
en scène. Ainsi, concrétise-t-on au fur et à mesure, devant
le public, certains détails de l’histoire narrée. Ce genre
de théâtre, bien connu en Europe, est souvent pratiqué en
salle. « Il existe peu de spectacles qu’on peut jouer aussi
bien dans les salles que dans la rue. Dans ce dernier cas,
il faut amplifier les aspects visuel et sonore pour capter
l’attention », estime Martin Ellrodt, membre de la
compagnie. Ainsi, pour cette performance de rue, la
compagnie monte-t-elle sur ses planches, soit une simple
table de 8 m de longueur. Les comédiens allemands ont
recours à un acteur égyptien pour introduire leur spectacle
en arabe. Ils accueillent alors les spectateurs à table et
leur servent un spectacle !
Un air festif a duré quatre heures environ. Iris Mostagel,
assistante du conseiller culturel autrichien, souligne,
étant parmi les organisateurs :
« Grâce à la coopération du gouvernorat du Caire, tout a été
bien préparé. Les autorisations visant à tenir une telle
manifestation dans la rue ont été facilitées ». Quant aux
équipements utilisés, Chérif Abdel-Samad de l’Institut
Goethe ajoute que « le ministère de la Culture a fourni tous
les biens nécessaires : les planches, les appareils audio,
etc. ».
D’ailleurs, les hommes de théâtre égyptien misent sur ce
genre de manifestation pour relancer et enrichir le théâtre
de la rue en Egypte.
Ramadan Khater, directeur de la troupe égyptienne de Haki
massateb (histoires de mastabas), a participé en effet au
festival avec deux contes puisés dans le folklore de la
geste hilalienne. Il explique : « La rue constitue une scène
ouverte pour toute personne qui veut faire du théâtre. Elle
nous garantit surtout de cibler un large public. Or, en
Egypte on n’est pas habitué à ce genre de spectacle qui
défile dans les rues ». Du même avis, le jeune Walid Badr,
de la compagnie des guignols Wel Ya Wel (alléluia), ajoute
que le public ordinaire est désireux de voir des spectacles
différents le touchant de près. Badr, qui a jusqu’ici
travaillé ses petits shows de guignols dans des espaces
clos, se dit heureux d’avoir pu jouer dans la rue, avec son
show Goha et Fatoura. A l’aide de matériaux faciles à plier
et à ranger, il lui a été possible de sortir, de créer son
petit théâtre là où il veut. Ses marionnettes ont été le
point de mire. Avec des journées pareilles, le théâtre de la
rue est peut-être en train de faire sa petite histoire en
Egypte .
May
Sélim
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«
Aucune condition
n’est permanente »
Amman est la ville investie pendant le mois de mai par un
travail interactif dans les espaces publics.
Un projet mené par le conseil suisse pour les arts
Prohelvetia et regroupant dix
artistes arabes et suisses.
Créer de nouveaux espaces d’exposition prouve une fois de
plus que l’art contemporain cherche aujourd’hui un rôle plus
efficace et qu’il ne peut pas tourner le dos au réel
politique. Et que les accusations d’un art contemporain qui
s’éloigne du public, qui le snobe en s’enfermant dans un
jargon artistique obscur, ne tiennent plus. Ainsi, les
manifestations artistiques (installations, performances,
audio, vidéo) ne cessent de se multiplier dans des chambres
d’hôtels délaissées, dans des espaces de garages au Caire et
à Beyrouth, ou dans les jardins de musées et centres
artistiques, ou encore dans des rues piétonnes. Ce fut le
cas des journées du Nitaq,
événement artistique qui s’est déroulé entre les galeries,
les rues et les vitrines du centre-ville du Caire en 1999.
Le rêve, c’est celui d’un espace idéal, celui auquel aspire
tout artiste : exposer dans la rue. Une projection qui
trouve beaucoup de difficultés à être réalisée dans les
villes et les conditions de vie arabes en général. De là, le
projet No Condition Is Permanent
(aucune condition n’est permanente), basé à Amman pendant
tout le mois de mai par l’initiative de l’artiste et
commissaire Rayelle
Niemann et le soutien du conseil
suisse pour les arts Prohelvetia,
attaque largement les espaces publics de la capitale
jordanienne. Il consiste à aller vers le public, que ce soit
dans l’Amphithéâtre, les parcs de la Cité ou les parcs d’Al-Muntaza,
ou ceux de la Galerie nationale des arts. De même que les 10
artistes participants aux ateliers et aux expositions
envahissent également Souq
Suweifia et
Mekka Mall, des lieux de
consommation où peuvent se côtoyer l’art et le quotidien
avec un rythme naturel. « Nous n’avons pas voulu faire des
expositions dans des galeries pour éviter tout préjugé,
explique Rayelle
Niemann. Travailler dans des
espaces publics offrira aux artistes l’opportunité d’une
interaction directe avec l’audience qui ne visite pas
nécessairement les espaces de galeries. Cela facilitera de
confronter les gens à l’œuvre artistique ».
Ainsi, à travers des œuvres basées sur de simples médiums :
audio-radio, vidéo, cartes postales, affiches publicitaires,
etc., cet événement artistique ne prend pas seulement le
changement comme credo en insistant dans le titre sur No
Condition Is Permanent, mais il œuvre à changer le statu quo
à différents niveaux. L’art contemporain n’est pas isolé
dans une tour idéaliste, mais s’approche du public et
l’interroge sur ses idées préconçues.
A travers des ateliers et des discussions qui regroupent des
sociologues et architectes, l’on essaie de re-interroger le
rôle de neutralité que joue la Jordanie aussi bien que la
Suisse, peser les pour et les contre de cette situation, les
juxtaposer en se posant de nouvelles interrogations qui
échappent aux clichés. « La Jordanie est connue comme la
région qui a accueilli sans difficultés les Palestiniens,
Amman est un espace où se déroulent les conférences
internationales et régionales, elle est également débouchée
pour la Syrie, le Liban, l’Arabie saoudite, l’Iraq », avance
Niemann.
Secouer les idées que l’on se fixe d’une manière permanente
commence par soi-même. Ainsi, en confrontant, et en
travaillant en jumelage entre des artistes arabes (Fawzi
Emrani de Palestine, Pascal Hashema du Liban, Samah Hijawi,
Oraib Toukan et Hanan Khalil de la Jordanie, Mahmoud Khaled
et Rana Al-Nemr de l’Egypte) et des artistes suisses Jörg
Köppl, Rayelle Niemann et Peter), l’on tente de dépasser la
dichotomie classique de pays européens qui symbolisent la
liberté et la prospérité, tandis que les autres reflètent
les difficultés économiques et l’insécurité politique. A
partir de là, le projet vise à poser les questions sur les
effets de l’Histoire et du moment actuel sur les stratégies
artistiques et sur les individus. L’heure de changement bat
son plein, et si retour il y a du politique au cœur de
l’artistique, il est exercé avec beaucoup de subtilité, et
au second plan .
Dina
Kabil
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