Al-Ahram Hebdo, Afrique | La « bonne volonté » suffira-t-elle ?
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 23 au 29 mai 2007, numéro 663

 

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Afrique

Côte-d'Ivoire . Le processus de paix semble avancer rapidement, mais sur le terrain son application est déjà freinée et risque d’être remise en cause par l’instabilité du pays. 

La « bonne volonté » suffira-t-elle ?

C’est le 4 mars que le président Laurent Gbagbo, et l’ex-chef de la rébellion du nord devenu depuis premier ministre, Guillaume Soro, qui contrôlaient chacun une moitié du pays depuis septembre 2002, ont signé à Ouagadougou un accord de paix inter-ivoirien. Cet accord ambitieux prévoit l’organisation d’élections dans les dix mois, le désarmement de leurs milices respectives qui devront être intégrées dans une armée réunifiée, et le redéploiement de l’administration sur tout le territoire.

Depuis, le processus de paix semble avancer rapidement, comme l’illustrent de nombreuses cérémonies telles que celle qui a officiellement lancé samedi à Guiglo (ouest) le processus de démantèlement des milices. Les Forces de Résistance du Grand Ouest (FRGO), qui ont défendu le chef de l’Etat contre la rébellion dans la région, lui ont symboliquement remis un lot de 1 027 armes, la plupart usagées et datant de plusieurs décennies. M. Gbagbo les a ensuite remises à Abou-Moussa, chef de l’Opération de l’Onu en Côte-d’Ivoire (Onuci), chargée de stocker les armes issues du désarmement dans le cadre du processus de paix. L’avancée du processus de paix a de plus été confirmée par Djibril Bassolé qui a déclaré au nom du facilitateur du dialogue direct inter-ivoirien, le président du Burkina-Faso, Blaise Compaoré, qu’« il n’y a aucune mauvaise volonté de la part des deux parties signataires de l’accord d’Ouagadougou d’aller résolument vers la sortie de crise ». De plus, selon l’ambassadeur de France auprès des Nations-Unies, Jean-Marc de La Sablière, les membres du Conseil de sécurité ont relevé que « le climat a beaucoup changé, l’atmosphère est bonne, les accords d’Ouagadougou sont un événement considérable ».

Pourtant, malgré ces déclarations et cérémonies pleines de bonnes intentions, le peu d’avancées concrètes déjà réalisées reste faible et incomplet, et des retards dans l’application de l’accord de Ouagadougou ont déjà été pris.

Ainsi, le démantèlement des milices qui a été lancé samedi à Guiglo aurait-il dû commencer le 23 avril, et beaucoup d’observateurs doutent de la réalité du démantèlement des milices de cette région, la plus instable du pays, secouée par de multiples conflits. De plus, le regroupement militaire, le redéploiement de l’administration et l’identification des populations en vue des élections, qui devaient aussi être lancés fin avril n’ont toujours pas démarré. Enfin, les premières applications de l’accord telles que les brigades mixtes censées remplacer les troupes internationales dans l’ex-zone de confiance, ou le Centre de Commandement Intégré (CCI) chargé notamment de réunifier l’armée restent fragiles, faute de moyens de remplir leurs missions. Tout cela s’explique notamment par des résistances rencontrées sur le terrain. Par exemple, le redéploiement des préfets dans le nord reste suspendu aux négociations avec les chefs de guerre rebelles qui contrôlent la zone et en tirent des bénéfices confortables depuis plus de quatre ans.

Démantèlement des milices

Mais le plus gros problème reste celui du démantèlement des milices et de leur intégration dans une armée unifiée. Plusieurs obstacles s’opposent à cette reconversion des ex-combattants qui disent avoir soutenu MM. Gbagbo ou Soro depuis 2002, et que ces derniers doivent contrôler pour éviter tout dérapage. Le plus préoccupant est la question du nombre, les rebelles se disant près de 40 000, les milices loyalistes plus de 20 000, mais plusieurs sources militaires estiment le nombre de vrais combattants à « 3 000 ou 4 000 » côté rebelles, et « moins de 5 000 » côté loyalistes. Beaucoup d’entre eux ne seront pas réintégrés dans l’armée, dont le budget est limité, et risquent d’alimenter l’instabilité du pays par leur mécontentement. Face à ce problème, Laurent Gbagbo a promis la mise en place d’un « service civic national » destiné à 40 000 jeunes, dont l’ensemble des modalités et le financement restent à déterminer.

Dans son rapport sur la Côte-d’Ivoire publié mercredi, le secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-moon a expliqué que les retards pris par le nouveau processus de paix étaient dus à « la capacité limitée » des institutions ivoiriennes, et souligné que la paix ne reviendrait dans le pays qu’avec un règlement en profondeur des « questions fondamentales » qui sont « l’identification de la population, le désarmement des combattants et le rétablissement de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire ». Malgré ces retards dénoncés par M. Ban Ki-moon, le chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, affiche sa volonté de tenir à peu près les délais fixés pour aller aux élections début 2008 .

Julie Durand

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