Côte-d'Ivoire .
Le processus de paix semble avancer rapidement, mais sur le
terrain son application est déjà freinée et risque d’être
remise en cause par l’instabilité du pays.
La « bonne volonté » suffira-t-elle ?
C’est
le 4 mars que le président Laurent Gbagbo, et l’ex-chef de
la rébellion du nord devenu depuis premier ministre,
Guillaume Soro, qui contrôlaient chacun une moitié du pays
depuis septembre 2002, ont signé à Ouagadougou un accord de
paix inter-ivoirien. Cet accord ambitieux prévoit
l’organisation d’élections dans les dix mois, le désarmement
de leurs milices respectives qui devront être intégrées dans
une armée réunifiée, et le redéploiement de l’administration
sur tout le territoire.
Depuis, le processus de paix semble avancer rapidement,
comme l’illustrent de nombreuses cérémonies telles que celle
qui a officiellement lancé samedi à Guiglo (ouest) le
processus de démantèlement des milices. Les Forces de
Résistance du Grand Ouest (FRGO), qui ont défendu le chef de
l’Etat contre la rébellion dans la région, lui ont
symboliquement remis un lot de 1 027 armes, la plupart
usagées et datant de plusieurs décennies. M. Gbagbo les a
ensuite remises à Abou-Moussa, chef de l’Opération de l’Onu
en Côte-d’Ivoire (Onuci), chargée de stocker les armes
issues du désarmement dans le cadre du processus de paix.
L’avancée du processus de paix a de plus été confirmée par
Djibril Bassolé qui a déclaré au nom du facilitateur du
dialogue direct inter-ivoirien, le président du
Burkina-Faso, Blaise Compaoré, qu’« il n’y a aucune mauvaise
volonté de la part des deux parties signataires de l’accord
d’Ouagadougou d’aller résolument vers la sortie de crise ».
De plus, selon l’ambassadeur de France auprès des
Nations-Unies, Jean-Marc de La Sablière, les membres du
Conseil de sécurité ont relevé que « le climat a beaucoup
changé, l’atmosphère est bonne, les accords d’Ouagadougou
sont un événement considérable ».
Pourtant, malgré ces déclarations et cérémonies pleines de
bonnes intentions, le peu d’avancées concrètes déjà
réalisées reste faible et incomplet, et des retards dans
l’application de l’accord de Ouagadougou ont déjà été pris.
Ainsi, le démantèlement des milices qui a été lancé samedi à
Guiglo aurait-il dû commencer le 23 avril, et beaucoup
d’observateurs doutent de la réalité du démantèlement des
milices de cette région, la plus instable du pays, secouée
par de multiples conflits. De plus, le regroupement
militaire, le redéploiement de l’administration et
l’identification des populations en vue des élections, qui
devaient aussi être lancés fin avril n’ont toujours pas
démarré. Enfin, les premières applications de l’accord
telles que les brigades mixtes censées remplacer les troupes
internationales dans l’ex-zone de confiance, ou le Centre de
Commandement Intégré (CCI) chargé notamment de réunifier
l’armée restent fragiles, faute de moyens de remplir leurs
missions. Tout cela s’explique notamment par des résistances
rencontrées sur le terrain. Par exemple, le redéploiement
des préfets dans le nord reste suspendu aux négociations
avec les chefs de guerre rebelles qui contrôlent la zone et
en tirent des bénéfices confortables depuis plus de quatre
ans.
Démantèlement des milices
Mais le plus gros problème reste celui du démantèlement des
milices et de leur intégration dans une armée unifiée.
Plusieurs obstacles s’opposent à cette reconversion des
ex-combattants qui disent avoir soutenu MM. Gbagbo ou Soro
depuis 2002, et que ces derniers doivent contrôler pour
éviter tout dérapage. Le plus préoccupant est la question du
nombre, les rebelles se disant près de 40 000, les milices
loyalistes plus de 20 000, mais plusieurs sources militaires
estiment le nombre de vrais combattants à « 3 000 ou 4 000 »
côté rebelles, et « moins de 5 000 » côté loyalistes.
Beaucoup d’entre eux ne seront pas réintégrés dans l’armée,
dont le budget est limité, et risquent d’alimenter
l’instabilité du pays par leur mécontentement. Face à ce
problème, Laurent Gbagbo a promis la mise en place d’un «
service civic national » destiné à 40 000 jeunes, dont
l’ensemble des modalités et le financement restent à
déterminer.
Dans son rapport sur la Côte-d’Ivoire publié mercredi, le
secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-moon a expliqué
que les retards pris par le nouveau processus de paix
étaient dus à « la capacité limitée » des institutions
ivoiriennes, et souligné que la paix ne reviendrait dans le
pays qu’avec un règlement en profondeur des « questions
fondamentales » qui sont « l’identification de la
population, le désarmement des combattants et le
rétablissement de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue
du territoire ». Malgré ces retards dénoncés par M. Ban
Ki-moon, le chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, affiche sa
volonté de tenir à peu près les délais fixés pour aller aux
élections début 2008 .
Julie
Durand