Assouan .
L’Egypte a fait appel à l’Unesco et à l’aide internationale
pour sauver le site archéologique de Qasr Ibrim, seul
vestige in situ de la Nubie antique. 60 % de la surface du
site ont été endommagées par la montée non attendue des eaux
du lac Nasser, depuis les années 1970.
Pour
la sauvegarde d’un site de la Nubie antique
Assouan,
De notre envoyée spéciale —
A
environ 235 km au sud d’Assouan, Qasr Ibrim (ou Primis) est
le seul demeuré de la Basse-Nubie (la Nubie égyptienne) qui
occupe encore son site d’origine sans avoir été déplacé lors
de l’aménagement du Haut-Barrage. Situé originellement au
sommet d’une colline, il a résisté à l’inondation et n’a pas
été englouti. « Qasr Ibrim couronnait autrefois une crête
rocheuse de 80 mètres au-dessus du Nil, à environ 60
kilomètres au nord d’Abou-Simbel. Après la construction du
Haut-Barrage, Qasr Ibrim s’est transformé aujourd’hui en une
île, d’une surface de 160 X 240 mètres, où viennent accoster
les bateaux de croisière (c’est en fait le 1er arrêt des
croisières au départ d’Abou-Simbel) ... Dans les années
1970, une grande partie de l’île de Qasr Ibrim sera
engloutie par les flots du Nil », explique le Dr Mohamad
Abdel-Aziz Al-Biyali, directeur général des antiquités du
gouvernorat d’Assouan et de la Nubie.
Les
dégâts augmentent d’année en année. D’importantes parties
des vestiges du site ont été détruites. Ainsi, l’Egypte a-t-elle
fait appel à l’Unesco et à l’aide internationale pour sauver
ce qui subsiste du site archéologique de Qasr Ibrim. «
L’Egypte veut, en fait, une action rapide, surtout de la
part de l’Unesco (l’Organisation des Nations-Unies de
l’éducation, des sciences et de la culture), vu le rôle
efficace qu’elle a joué, dans les années 1950, pour sauver
les antiquités de la Nubie lors de la construction du
Haut-Barrage. L’appel à l’Unesco se renouvelle donc dans les
années 2000 pour protéger le seul vestige de la Nubie
antique, qui reste encore à son emplacement original. Il
faut immédiatement former un comité de spécialistes de très
haut niveau dans les domaines des techniques de la
restauration, de l’enregistrement, du déblocage, de la
reconstruction, ainsi que de la décision », suggère le Dr
Mohamad Al-Biyali. L’état du site nécessite donc une action
rapide et immédiate.
Des
travaux de fouilles
Al-Biyali
appelle également à la reprise des travaux de fouilles menés
par une mission anglaise de l’Egypt Exploration Society (l’EES
ou l’Association des explorations de l’Egypte), sous la
direction de Bamila Rose, dans le site de Qasr Ibrim. « Ces
travaux figurent, en fait, parmi les plus importants menés
dans le site. Le Conseil suprême des antiquités devrait
aussi prendre part aux travaux prévus », estime-t-il.
La
mission anglaise œuvrait, entre autres, à enregistrer et à
documenter le site et toutes les antiquités mises au jour.
Elle y a retrouvé des témoignages relatifs à Taharqa et aux
souverains méroïtiques. Le site fut aussi un centre
d’influences romaines : outre de nombreux textes méroïtiques,
on y a découvert en abondance des papyrus grecs et latins. «
Un petit temple en brique (10 X 16,5 mètres) fut construit
sous le roi Taharqa. A la fin de la période napatéenne ou au
début de l’époque méroïtique, cet édifice devint le cœur
d’un complexe plus grand. La forteresse fut bâtie sur un
monument construit sous le règne d’Auguste. Depuis 1960, la
mission britannique entreprend le dégagement de la
forteresse et met en évidence les premières phases de
fortifications », explique le Dr Mohamad Al-Biyali.
Les
Egyptiens, les Nubiens et le royaume de Méroé, les Romains,
les Byzantins, des soldats de Bosnie et les Mamelouks ont
tenu garnison ici.
Aussi
trouve-t-on à l’intérieur de cette ville fortifiée des
temples égyptiens, des églises coptes, des mosquées et les
nécropoles correspondantes. A la base des rochers, des
chapelles datant de la XVIIIe et de la XIXe dynasties sont
dédiées aux souverains de l’époque. On peut encore voir les
ruines d’une cathédrale copte construite à l’époque
médiévale et dont il reste quelques arches.
On y a
aussi découvert le plus ancien manuscrit en arabe sur les
relations égypto-nubiennes et le caveau d’un évêque enterré
avec ses habits. Mais les derniers vestiges visibles
remontent pour la plupart au VIIe siècle.
D’importants objets et vestiges ont été donc dégagés par la
mission de l’Egypt Exploration Society. Pourtant, les
circonstances difficiles dans lesquelles travaillent les
membres de la mission rendent difficile la reprise des
activités. « La nature est très dure à Qasr Ibrim : d’abord,
il est très difficile d’accéder à l’île d’Ibrim et d’y
habiter pour longtemps. Des crocodiles, des serpents, des
scorpions y vivent. C’est ainsi que la mission anglaise ne
travaille que des jours précis de l’année », souligne
Mohamad Al-Biyali, qui propose de préparer aux membres de la
mission un grand bateau pour y loger. Il suggère à cet égard
la réparation du bateau d’Imhotep, qui se trouve
actuellement au temple d’Amada et qui a été utilisé
autrefois dans les travaux de sauvetage des temples de la
Nubie.
A
l’heure actuelle, le site est donc fermé au public pour
permettre des fouilles archéologiques. On ne débarque pas,
on regarde d’en haut, depuis le pont. Assez curieux. Qasr
Ibrim comptait nombre de structures rupestres très
intéressantes, un mini-Pétra, que l’on ne verra plus qu’en
photos. Mais à Assouan, au très beau Musée de la Nubie, on
peut admirer les objets qu’on y a trouvés. Le site de
Kalabcha abrite aussi quelques vestiges d’origine de Qasr
Ibrim .
Amira
Samir