Al-Ahram Hebdo, Dossier | Pour la sauvegarde d’un site de la Nubie antique
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 4 à 10 avril 2007, numéro 656

 

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Dossier

Assouan . L’Egypte a fait appel à l’Unesco et à l’aide internationale pour sauver le site archéologique de Qasr Ibrim, seul vestige in situ de la Nubie antique. 60 % de la surface du site ont été endommagées par la montée non attendue des eaux du lac Nasser, depuis les années 1970.

Pour la sauvegarde d’un site de la Nubie antique

Assouan,
De notre envoyée spéciale —

A environ 235 km au sud d’Assouan, Qasr Ibrim (ou Primis) est le seul demeuré de la Basse-Nubie (la Nubie égyptienne) qui occupe encore son site d’origine sans avoir été déplacé lors de l’aménagement du Haut-Barrage. Situé originellement au sommet d’une colline, il a résisté à l’inondation et n’a pas été englouti. « Qasr Ibrim couronnait autrefois une crête rocheuse de 80 mètres au-dessus du Nil, à environ 60 kilomètres au nord d’Abou-Simbel. Après la construction du Haut-Barrage, Qasr Ibrim s’est transformé aujourd’hui en une île, d’une surface de 160 X 240 mètres, où viennent accoster les bateaux de croisière (c’est en fait le 1er arrêt des croisières au départ d’Abou-Simbel) ... Dans les années 1970, une grande partie de l’île de Qasr Ibrim sera engloutie par les flots du Nil », explique le Dr Mohamad Abdel-Aziz Al-Biyali, directeur général des antiquités du gouvernorat d’Assouan et de la Nubie.

Les dégâts augmentent d’année en année. D’importantes parties des vestiges du site ont été détruites. Ainsi, l’Egypte a-t-elle fait appel à l’Unesco et à l’aide internationale pour sauver ce qui subsiste du site archéologique de Qasr Ibrim. « L’Egypte veut, en fait, une action rapide, surtout de la part de l’Unesco (l’Organisation des Nations-Unies de l’éducation, des sciences et de la culture), vu le rôle efficace qu’elle a joué, dans les années 1950, pour sauver les antiquités de la Nubie lors de la construction du Haut-Barrage. L’appel à l’Unesco se renouvelle donc dans les années 2000 pour protéger le seul vestige de la Nubie antique, qui reste encore à son emplacement original. Il faut immédiatement former un comité de spécialistes de très haut niveau dans les domaines des techniques de la restauration, de l’enregistrement, du déblocage, de la reconstruction, ainsi que de la décision », suggère le Dr Mohamad Al-Biyali. L’état du site nécessite donc une action rapide et immédiate.

 

Des travaux de fouilles

Al-Biyali appelle également à la reprise des travaux de fouilles menés par une mission anglaise de l’Egypt Exploration Society (l’EES ou l’Association des explorations de l’Egypte), sous la direction de Bamila Rose, dans le site de Qasr Ibrim. « Ces travaux figurent, en fait, parmi les plus importants menés dans le site. Le Conseil suprême des antiquités devrait aussi prendre part aux travaux prévus », estime-t-il.

La mission anglaise œuvrait, entre autres, à enregistrer et à documenter le site et toutes les antiquités mises au jour. Elle y a retrouvé des témoignages relatifs à Taharqa et aux souverains méroïtiques. Le site fut aussi un centre d’influences romaines : outre de nombreux textes méroïtiques, on y a découvert en abondance des papyrus grecs et latins. « Un petit temple en brique (10 X 16,5 mètres) fut construit sous le roi Taharqa. A la fin de la période napatéenne ou au début de l’époque méroïtique, cet édifice devint le cœur d’un complexe plus grand. La forteresse fut bâtie sur un monument construit sous le règne d’Auguste. Depuis 1960, la mission britannique entreprend le dégagement de la forteresse et met en évidence les premières phases de fortifications », explique le Dr Mohamad Al-Biyali.

Les Egyptiens, les Nubiens et le royaume de Méroé, les Romains, les Byzantins, des soldats de Bosnie et les Mamelouks ont tenu garnison ici.

Aussi trouve-t-on à l’intérieur de cette ville fortifiée des temples égyptiens, des églises coptes, des mosquées et les nécropoles correspondantes. A la base des rochers, des chapelles datant de la XVIIIe et de la XIXe dynasties sont dédiées aux souverains de l’époque. On peut encore voir les ruines d’une cathédrale copte construite à l’époque médiévale et dont il reste quelques arches.

On y a aussi découvert le plus ancien manuscrit en arabe sur les relations égypto-nubiennes et le caveau d’un évêque enterré avec ses habits. Mais les derniers vestiges visibles remontent pour la plupart au VIIe siècle.

D’importants objets et vestiges ont été donc dégagés par la mission de l’Egypt Exploration Society. Pourtant, les circonstances difficiles dans lesquelles travaillent les membres de la mission rendent difficile la reprise des activités. « La nature est très dure à Qasr Ibrim : d’abord, il est très difficile d’accéder à l’île d’Ibrim et d’y habiter pour longtemps. Des crocodiles, des serpents, des scorpions y vivent. C’est ainsi que la mission anglaise ne travaille que des jours précis de l’année », souligne Mohamad Al-Biyali, qui propose de préparer aux membres de la mission un grand bateau pour y loger. Il suggère à cet égard la réparation du bateau d’Imhotep, qui se trouve actuellement au temple d’Amada et qui a été utilisé autrefois dans les travaux de sauvetage des temples de la Nubie.

A l’heure actuelle, le site est donc fermé au public pour permettre des fouilles archéologiques. On ne débarque pas, on regarde d’en haut, depuis le pont. Assez curieux. Qasr Ibrim comptait nombre de structures rupestres très intéressantes, un mini-Pétra, que l’on ne verra plus qu’en photos. Mais à Assouan, au très beau Musée de la Nubie, on peut admirer les objets qu’on y a trouvés. Le site de Kalabcha abrite aussi quelques vestiges d’origine de Qasr Ibrim .

Amira Samir

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La stèle de Qasr Ibrim déplacée en raison du Haut-Barrage

Une grande partie du site de Qasr Ibrim est maintenant sous les eaux du Lac Nasser, situé sur la rive droite du Nil en dessous du spéos d’Elliseya (transporté à Turin), au nord-est d’Abou-Simbel. Une stèle du site a été transportée sur le nouveau site de Kalabcha, près du Haut-Barrage. Elle était située au sud de la forteresse et a été érigée par le vice-roi de Kouch, Amememipet.

La stèle, en grès, est très abîmée dans la partie supérieure. Néanmoins, on assiste à la scène rituelle de massacre d’un Nubien par Pharaon. Sur sa partie droite, on devine le retour de Pharaon triomphant sur son char attelé de deux fougueux coursiers. Dans la partie inférieure, la stèle est divisée en trois parties, à savoir 3 lignes horizontales, puis 9 lignes plus courtes et enfin, 3 colonnes.

A. S.

 




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