Les paris arabe et israélien de paix en Palestine
Abdallah Al-Achaal
Politologue
Le
projet des Arabes est de substituer la paix au conflit en
Palestine. Le projet d’Israël est aussi de substituer la
paix au conflit. Mais la différence est énorme entre les
deux projets. En effet, les Arabes veulent une paix
relativement juste qui répondrait aux demandes arabes et
palestiniennes, et aussi aux demandes israéliennes.
La position d’Israël envers le projet arabe ne doit pas nous
tromper. Nous ne devons pas imaginer qu’Israël possède un
projet parallèle et que la conférence régionale est la scène
naturelle de l’examen de tous les projets, comme le veut
Israël. Selon le projet arabe, il est indispensable
d’instaurer une paix réelle dont l’objectif serait d’arriver
à la restitution des droits palestiniens et arabes usurpés
en 1967. En contrepartie, tous les pays arabes devront
reconnaître Israël, normaliser leurs relations avec l’Etat
hébreu et mettre définitivement un terme au conflit. Il
s’agit d’une paix basée sur un équilibre entre des demandes
opposées. Quant à Israël, il veut une paix selon sa propre
conception qui réaliserait les objectifs israéliens
uniquement, sans aucune contrepartie. Il veut les
territoires arabes et la reconnaissance arabe en même temps.
Quant au projet arabe, il compte essentiellement sur une
initiative juste car elle donne à Israël tous les
territoires palestiniens occupés avant le 5 juin 1967, soit
78 % de la superficie actuelle d’Israël. C’est-à-dire qu’il
incombe à Israël de détruire les colonies et le mur de
séparation et d’accepter le retour des réfugiés ou de les
indemniser, s’ils le veulent. Il est clair qu’Israël a déjà
commencé à mettre en exécution les clauses de son projet en
Palestine et à se protéger contre les pays arabes en les
affaiblissant. Ce alors que les exigences arabes se font de
moins en moins nombreuses depuis 1948, soit depuis près de
60 ans.
Dans ce contexte, plusieurs questions s’imposent : quels
sont les facteurs sur lesquels parie Israël en refusant
l’initiative arabe ? Pourquoi Israël ne reconnaît-il pas
l’initiative arabe puis négocie ses détails ? Peut-on
considérer la déclaration d’Olmert, selon laquelle certains
points de l’initiative sont intéressants, comme une
acceptation de l’initiative dans son principe ?
Le discours politique israélien ne peut se traduire comme
une acceptation de l’initiative arabe. En fait, Israël parie
sur huit facteurs en contrepartie de sept facteurs qui
viennent à l’esprit du preneur de décision arabe concerné
par cette initiative. En effet, du point de vue pratique,
l’initiative n’a aucune valeur si elle ne peut être
exécutée. Et dans les circonstances actuelles, cette
exécution n’est pas du tout assurée.
Pour ce qui est du premier facteur du pari israélien, il
s’agit de montrer un certain intérêt pour l’initiative arabe
et de la négocier pour donner aux Arabes une illusion
qu’Israël a changé de position.
Le second facteur parie sur l’absence de moyens, notamment
les pressions internationales et aussi arabes.
En ce qui concerne le troisième facteur, Israël sait qu’il
peut compter de manière absolue sur le soutien américain,
permanent et efficace.
Le quatrième facteur s’appuie sur les périodes électorales
israéliennes, américaines ou encore palestiniennes propices
aux manœuvres israéliennes. Quant au cinquième facteur,
Israël est convaincu de la possibilité de contourner
l’initiative sans la refuser franchement et d’appliquer la
normalisation coûte que coûte.
Pour ce qui est du sixième facteur, Israël parie sur la
poursuite du blocus imposé au peuple palestinien, qui lui
permettra de l’alléger un peu si les pays arabes acceptent
la normalisation. C’est-à-dire qu’Israël veut la
normalisation en contrepartie de la levée du blocus alors
que la normalisation était à la base la contrepartie du
retrait des territoires occupés.
Le septième facteur parie sur le démantèlement du rang
palestinien en conséquence de la poursuite du blocus et des
pressions israéliennes. Le fait qui mènera à l’effondrement
du gouvernement palestinien d’union nationale. Ce en
continuant à soutenir le Fatah contre le Hamas, en
continuant à affaiblir le Hamas et à faire chanter le Fatah
s’il continue à adopter une position solidaire avec le
Hamas. Bref, il s’agit d’anéantir l’accord de La Mecque.
Enfin, Israël parie sur la position du Quartette et de
certains pays européens.
Par ailleurs, les pays arabes parient sur plusieurs points
comme l’évidence de l’initiative arabe, l’insistance de la
soumettre à la communauté internationale et de la mouvoir à
travers un comité regroupant 12 pays arabes, sur l’échec des
autres projets pacifiques, sur le mouvement médiatique et
diplomatique au sein de l’Onu et dans les grandes capitales,
sur la conviction que le monde actuel comprend mieux cette
cause et enfin sur la cohérence de l’accord de La Mecque et
du gouvernement d’union nationale jusqu’à présent. Enfin, il
est clair qu’Israël et le monde arabe parient sur la
réussite de leurs projets respectifs. Qui prendra le dessus,
le pari israélien ou le pari arabe ?
Il semble que le pari israélien, vu les facteurs précités,
peut porter ses fruits. Cependant, le monde arabe possède
aussi les capacités de faire réussir son projet s’il les
exploite au maximum .