La crise de la légitimité politique
Al-Sayed Eleiwa
Professeur de sciences politiques à l’Université de Hélouan
La
prochaine menace après les amendements constitutionnels
réside probablement dans l’érosion (ou détérioration) de la
légitimité politique. Ceci fait resurgir d’autres crises
engendrées par la fièvre générale qui s’est emparée du corps
social et politique à cause du monopole exercé par le parti
au pouvoir. Dans de telles conditions, le problème majeur
auquel il faut trouver une solution rapide est la
défaillance du contrôle administratif de l’Etat. Ce qui
signifie en d’autres termes l’incapacité du pouvoir à
s’infiltrer sur toute l’étendue nationale afin de pouvoir
appliquer les lois relatives à la sécurité, à la perception
des impôts et à bien d’autres tâches. La capacité de
l’appareil administratif d’appliquer ses politiques et de
s’infiltrer dans les divers domaines permet au pouvoir
central d’imposer son autorité, rendant n’importe quelle
autre autorité incapable de la concurrencer.
Les politiques de contrôle et de suivi administratifs
s’appliquent sur tous les fronts qu’ils soient économiques,
sociaux ou culturels en activant l’opinion publique et en
l’amenant à participer à tous les niveaux. Pour que le
régime politique puisse dépasser cette crise administrative
et réaliser le développement politique prôné, il faut suivre
certaines étapes.
Premièrement, réaliser la dimension de complémentarité
sociale à tous les niveaux. D’autant plus qu’on souffre d’un
déséquilibre entre les trois pouvoirs, législatif, exécutif
et judiciaire.
Deuxièmement, il faut créer des organisations efficaces et
appliquer des politiques générales ayant pour objectif de
sécuriser les droits civils, politiques et sociaux.
Rappelons-nous la fragilité des partis politiques.
La
défaillance du contrôle administratif dans la plupart des
pays en développement réside surtout dans la carence des
services des appareils administratifs dans les zones
reculées telles que la Haute-Egypte, contrairement à la
capitale et aux grands gouvernorats. Là-bas, les services de
l’Etat sont difficilement accessibles, donc leurs politiques
ne sont pas applicables et le contrôle étatique n’est pas
rigoureux. A tel point que les programmes radio-télévisés
n’y parviennent pas. Tout ceci ne fait qu’affaiblir la
participation politique. Le régime politique efficace est
celui qui se trouve capable d’exprimer des valeurs
culturelles. Ses politiques doivent être le reflet des
intérêts et des objectifs des différentes forces sociales de
la société. Et il est nécessaire que les canaux soient
présents afin de pouvoir mener à bien le processus de
développement politique. A travers ces canaux, les
différentes forces pourront s’exprimer de manière correcte
et organisée pour que l’élite au pouvoir puisse les
représenter. Le régime assimilerait alors les nouveaux
changements et réaliserait la stabilité politique.
Mais en
général, les régimes politiques dans la plupart des pays du
tiers-monde demeurent l’apanage d’une catégorie déterminée,
ce qui barre la route à la participation des classes et
catégories, toutes tendances confondues. Parfois même les
forces politiques dans la société s’abstiennent de
participer à cause du manque de confiance dans l’élite
gouvernante.
Pour
définir la participation politique, nous dirons qu’il s’agit
de toute activité quelle qu’elle soit contribuant à la prise
des décisions et à l’esquisse des politiques tout en
observant leur application.
La
faiblesse de la participation politique se manifeste dans :
—
L’existence d’une seule administration pour la prise de
décision qui est celle du dirigeant et de son entourage.
— La
contrainte imposée à la création des partis politiques.
— La
soumission des partis en place à un contrôle rigoureux en
adoptant la politique du plus fort.
— La
restriction de l’activité de l’opposition, des syndicats et
des unions.
— Le
contrôle imposé aux médias.
La
faiblesse de la participation politique peut être renvoyée à
plusieurs raisons. Mentionnons en premier lieu le monopole
exercé par l’élite politique au pouvoir, ensuite la
faiblesse des institutions politiques existantes et leur
inefficacité et enfin les taux élevés d’analphabétisme et de
pauvreté.
Nous
remarquons que la nature des régimes arabes contemporains
est totalement éloignée de la nouvelle conception du pouvoir.
Le pouvoir se trouve entre les mains d’une élite, il est par
conséquent personnifié. La crise de légitimité qu’ils vivent
engendre une hostilité entre le pouvoir et les intellectuels.
Le parti au pouvoir travaille avec la mentalité et la
culture du parti unique qui restreint les libertés générales,
représentant la pierre angulaire si nous souhaitons apporter
un rééquilibre à la vie politique.