Pourquoi tant d’effroi ?
Salama
A. Salama
Il
est particulièrement surprenant de constater combien les
dirigeants de certains partis et autres rédacteurs en chef
de certains journaux ont été effrayés par une information
sans aucune importance ni valeur politique. Il est question
en effet d’une rencontre qui aurait eu lieu entre un député
appartenant aux Frères musulmans et le chef de la majorité
démocrate au Congrès américain. La rencontre a eu lieu chez
l’ambassadeur américain au Caire. Et le député de la
confrérie était présent parmi un groupe de députés
appartenant à différents partis politiques, y compris le PND
et le Wafd, ainsi que des hommes politiques et des
journalistes de diverses tendances. Il est évident que le
député américain et les membres de sa délégation ont échangé
quelques mots, ou un petit discours. Sinon, pourquoi
seraient-ils venus et pourquoi le chef du Parlement et même
le chef de l’Etat les auraient-ils accueillis ?
Les partis politiques reliés par le nombril au PND ainsi que
certains journaux ont considéré cette rencontre comme une
transgression des constantes nationales et des traditions
démocratiques, et aussi comme preuve évidente d’un soutien
accordé par l’Administration américaine à la confrérie
interdite. C’est une vision déficiente qui prouve un manque
de compréhension et de conscience. Les Etats-Unis n’ont pas
besoin de soutenir les Frères musulmans, puisque leur
coopération avec l’Administration égyptienne est
satisfaisante à tous les niveaux. Ainsi, une simple
rencontre au vu et au su de dizaines de personnes ne
suffit-elle pas pour conclure un mariage et encore moins
qu’un dialogue ait été engagé entre la confrérie et les
Américains. Et même si cela avait été le cas, en quoi ceci
aurait-il pu nuire au régime égyptien ?
Ce n’est pas la première fois que des responsables
américains visitent Le Caire, ainsi que des responsables de
l’Union européenne et d’organisations internationales des
droits de l’homme. Tous ont rencontré des représentants de
la société civile, de partis d’opposition et du mouvement
Kéfaya et ont échangé des dialogues autour de questions
relatives aux politiques américaines dans la région. Chose
tout à fait naturelle dans une
société ouverte. Le dialogue entre les peuples et les
individus est une caractéristique civilisationnelle que
personne ne peut interdire, alors que l’époque du monopole
de la nationalisation et de la crainte envers les étrangers
est révolue. Donc, quand un chef de parti politique ou une
personnalité publique annonce son refus du principe du
dialogue avec les Américains ou autres, c’est une preuve de
manque de confiance, alors qu’aujourd’hui l’Egypte est
classée comme un Etat allié aux Etats-Unis par des relations
politiques, économiques et culturelles.
De plus, il y a une différence entre l’animosité qui impose
une restriction dans les relations comme c’est le cas avec
Israël et la contradiction entre les intérêts et les
positions et l’appréciation ou un refus de politiques
déterminées.
Supprimer le dialogue entre les adversaires en politique
signifie annuler le dialogue à l’intérieur de la société et
aussi faire perdre tout son sens à la politique. Ceci est
aussi une preuve que la société égyptienne n’a pas évolué
depuis l’époque de l’intendant militaire britannique qui
gouvernait la politique et les partis de l’Egypte à partir
de son palais. Je ne pense pas que les libertés en Egypte
aient reculé au point de considérer tout dialogue avec une
personnalité étrangère comme une conspiration. C’est pour
cette même raison que certains partis d’opposition n’ont pu
dépasser les limites de leurs sièges, qu’après avoir obtenu
l’autorisation du PND. N’importe quel dialogue avec
n’importe quelle partie ne signifie en rien qu’il faut
présenter des concessions ou appuyer des politiques
contradictoires aux intérêts et aux hauts principes de
l’Etat .