Al-Ahram Hebdo, Opinion | L’Etat, seul, ne peut réformer la culture
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 18 à 24 avril 2007, numéro 658

 

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Opinion
 

L’Etat, seul, ne peut réformer la culture

Mohamed Salmawy

L’article écrit par le Dr Alieddine Hilal, responsable de l’Information au parti national démocrate (PND) et publié dans le quotidien Al-Ahram la semaine dernière sous le titre, « La réforme culturelle, une nécessité indispensable », m’a beaucoup réjoui. Nous avons pris l’habitude de voir les partis politiques, le PND en tête, parler d’un seul type de réforme, celui de l’économie. Ce qui donnait l’impression que le parti au pouvoir n’est intéressé ni par la réforme politique, ni par l’activité culturelle.

 

J’ai cherché dans les programmes de tous les partis, mais je n’ai trouvé aucune mention, même de loin, de la politique culturelle du ministère de la Culture qui a fait ces dernières années d’importantes réalisations, que le parti au pouvoir n’a pas réclamées et qui ne semblent pas l’intéresser.

D’où l’importance de la proposition faite par Dr Hilal, non seulement en raison de son statut d’homme politique, mais aussi pour le rôle important qu’il assume dans le parti au pouvoir.

Ce que Dr Hilal entend par réforme culturelle c’est « la propagation de la pensée scientifique traitant les réalités et faisant le lien entre les postulats et les conséquences ... Une méthode qui immunise la société contre la superstition et l’ignorance, et qui consacre les valeurs de la créativité et de l’action commune ».

Dr Hilal prône également la diffusion de « la culture de la démocratie » qui repose sur la tolérance, le pluralisme, le respect de l’opinion de l’autre, et qui adopte le dialogue comme méthode favorite. Il réclame une culture de la citoyenneté, le passage d’une « culture de la plainte à celle de l’action positive ». Il a aussi appelé à une « culture d’entente » entre le religieux et le séculier, écartant toute contradiction entre le progrès et les valeurs dictées par les religions.

J’ai été heureux que Dr Hilal ne se soit pas contenté de faire des revendications comme la plupart des écrivains qui semblent s’adresser à l’histoire, alors que le présent les interpelle pour qu’ils apportent des remèdes. A l’avant dernier paragraphe de son article, il a énuméré les organismes responsables d’introduire des changements dans la culture de la société. Mais nous lui reprochons d’avoir ignoré les organisations de la société civile (ONG), car la culture n’est plus l’apanage du ministère de la Culture uniquement, mais le produit des activités des appareils étatiques et celles de la société civile.

Le premier à avoir pris conscience de cette réalité a été le ministre de la Culture, Farouk Hosni. Il a appelé depuis sa prise de fonction au ministère de la Culture à limiter le rôle du ministère dans la vie culturelle, tout en encourageant la société civile à assumer son rôle à ce niveau. A titre d’exemple, le ministère de la Culture ne produirait pas de longs-métrages, mais allouerait des sommes importantes aux différents festivals de  cinéma. Et ce dans une tentative d’encourager le secteur privé à retrouver le niveau culturel élevé qui manque à nos films depuis les années 70. Il est possible que l’une des raisons de la hausse sensible du niveau de la production cinématographique depuis les années 90 tienne à cette politique de longue vue.

Ainsi, le ministère de la Culture a réussi, plus que tout autre dans le passé, à faire participer le secteur privé de manière efficace dans le financement des grands projets culturels. Ce ministère, tout particulièrement, a foi en l’importance du rôle de la société civile dans la vie culturelle et dans l’accroissement des ressources de l’activité culturelle. Le ministère a également accordé un soutien financier aux institutions culturelles de la société civile, comme les associations, les syndicats et unions. Cette politique est allée de pair avec les réalités de l’époque dans laquelle nous vivons, dans laquelle l’hégémonie de l’Etat sur l’activité culturelle n’est plus permise.

Mais en revenant à l’article de l’ami Dr Hilal, j’ai trouvé que lorsqu’il a mentionné les parties responsables de ce qu’il a appelé « réforme culturelle », il n’a cité que les organismes officiels de l’Etat. Il a parlé spécifiquement des écoles (ministère de l’Education), des universités (ministère de l’Enseignement supérieur), des lieux de culte (ministère des Waqfs), des médias appartenant au ministère de l’Information, des clubs et centres de jeunesse (le Conseil suprême du sport) et enfin des Palais et Maisons de culture (ministère de la Culture).

Sans doute, tous ces organismes ont une responsabilité non négligeable pour façonner la culture de la société et introduire le changement prôné par Dr Hilal. Cependant, cette responsabilité n’est pas le monopole des seuls appareils officiels. N’oublions pas l’autre bras de la culture populaire qui ne s’épanouit ni dans la Maison de l’Opéra, ni dans les universités, ni dans les centres de jeunesse, mais qui prend forme surtout dans les microbus ou bien à travers les cassettes, dont le contenu n’est jamais diffusé ni à la télé ni à la radio de l’Etat, mais sur les trottoirs.

La culture prend forme également à travers les activités des institutions culturelles de la société civile, telles que l’Union des écrivains, le Club de la nouvelle, les syndicats des acteurs et d’arts plastiques, les associations artistiques et les clubs culturels qui tiennent des rencontres périodiques et qui influencent énormément la formation de cette culture générale. D’ailleurs, ces activités peuvent avoir une plus grande crédibilité que celles des appareils officiels énumérés par Dr Hilal dans son article. Leur influence peut même parfois aller au-delà de celles des appareils étatiques. Comment pouvons-nous réclamer une réforme de la culture de la société en ignorant la grande influence qu’exercent les institutions de la société civile ?

Je pourrai rajouter à ce que Dr Hilal a dit, en soulignant que le premier pas vers la réforme c’est de reconnaître le rôle de la société civile dans l’activité culturelle. Ce qui nécessite un climat propice à son épanouissement. C’est d’ailleurs, ce que l’Etat a très bien compris au niveau économique, mais qu’il a ignoré pour ce qui est de la politique et, comme l’affirme Dr Hilal pour ce qui est du culturel. A un moment où la contribution de la société civile à façonner la culture populaire est devenue une réalité indéniable de notre époque.

Dominique Baudis, le nouveau président de l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris était récemment en visite au Caire. Il a tenu à rencontrer les responsables, du président de la République au secrétaire général de la Ligue arabe, en passant par les ministres compétents. Mais il a tenu également à voir les chefs des institutions culturelles de la société civile. D’ailleurs, j’ai eu l’honneur d’accueillir M. Baudis le jour même de la publication de l’article du Dr Hilal. M. Baudis m’a confié son intérêt à tisser de solides relations de coopération avec l’Union des écrivains d’Egypte et l’Union générale des écrivains arabes.

L’activité culturelle ne doit pas être du seul ressort des organismes d’Etat, mais elle doit être partagée avec les institutions de la société civile. Il est temps pour le PND de reconnaître le rôle de celles-ci sous peine de se retrouver isolé de la culture populaire.

 

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