Soudan .
Après avoir maintenu en haleine ses interlocuteurs, Khartoum
a accepté un renfort des forces africaines ainsi que le
déploiement d’hélicoptères d’assaut.
Khartoum fléchit
Après
tant de visites de responsables de premier rang, de
consultations et d’envoi d’émissaires, le Soudan, qui
paraissait peu enclin à faire des concessions, a affiché une
flexibilité concernant le dossier du Darfour. C’est ce lundi
que le ministre soudanais des Affaires étrangères, Lam Akol,
a annoncé à la presse l’acceptation totale par son paysOnu à
la Force africaine au Soudan, y compris le déploiement
d’hélicoptères d’assaut. Chose qui était presque inattendue.
En effet, Khartoum avait jusque-là objecté au déploiement de
six hélicoptères d’attaque avec les renforts attendus de
quelque 3 000 hommes. Il y voyait une sorte d’atteinte à sa
souveraineté et à l’intégrité territoriale.
Ce changement radical dans la position soudanaise semble
être le résultat de pressions internationales et notamment
américaines. « La position soudanaise montre l’hésitation du
régime. Celui-ci a fait volte-face à ses positions
précédentes, affirmant une fois de plus que les solutions
dans notre région sont dictées par les Américains », a
souligné le Dr Helmi Shaaraoui, du Centre des études
africaines.
En effet, l’acceptation soudanaise a coïncidé avec la
visite du numéro deux de la diplomatie américaine, John
Negroponte, qui a mis le Soudan devant le choix d’aider à
améliorer la situation au Darfour ou de s’exposer à
l’isolement sur la scène internationale.
Pour M. Negroponte, il y a un besoin urgent d’une «
importante » force hybride entre l’Onu et l’Union Africaine
(UA) au Darfour, d’un meilleur accès des humanitaires aux
populations sinistrées et d’une relance de la recherche
d’une solution politique. « Nous devons aller rapidement
vers une large force hybride avec une chaîne de commandement
unique qui soit conforme aux critères et pratiques de l’Onu
», a déclaré M. Negroponte, qui a été reçu dans la nuit par
le président soudanais Omar Al-Béchir.
De même, l’acceptation soudanaise est intervenue le jour
même où les Nations-Unies s’apprêtaient à des consultations
avec l’UA à New York sur les moyens de progresser sur le
dossier du Darfour, un « sujet de préoccupation majeure pour
la communauté internationale », selon les termes de M.
Negroponte.
L’Onu espère parvenir à une force de 20 000 soldats au
Darfour prévus par la troisième phase qui n’a pas encore été
négociée. L’objectif est de se donner les moyens de
sécuriser cette région de l’ouest du Soudan où la guerre et
ses conséquences ont fait 200 000 morts et 2 millions de
déplacés, selon une estimation généralement admise mais qui
est contestée par le Soudan.
La Force africaine de 7 000 hommes s’est révélée incapable
de le faire faute d’hommes et de moyens. Elle vient de
perdre son 7e soldat depuis début avril et le 17e depuis son
déploiement en 2004. « Le gouvernement soudanais doit
désarmer les Janjawids, la milice arabe dont nous savons
tous qu’elle n’aurait pas pu exister sans son soutien actif
», a ajouté M. Negroponte, demandant par ailleurs aux non
signataires de l’accord de paix au Darfour de 2006 de cesser
leurs attaques. « Une transition rapide vers une force
hybride Onu-UA, une amélioration de l’accès des humanitaires
(aux populations dans le besoin) et un soutien à l’Autorité
transitoire du Darfour peuvent améliorer la situation au
Darfour et ouvrir la voie à de meilleures relations entre le
Soudan et la communauté internationale », a-t-il estimé tout
en laissant planer certaines menaces. « Si ces progrès ne
sont pas réalisés, le Soudan n’aura pour alternative que le
maintien et probablement l’accentuation de son isolement
international », a averti M. Negroponte, en évitant de
s’exprimer sur les sanctions supplémentaires contre le
Soudan.
Néanmoins, le régime soudanais a demandé plus de pressions
sur les rebelles. « S’ils voient que la pression n’est
exercée que sur le Soudan, que c’est toujours le Soudan qui
est critiqué (...), que c’est le Soudan qui est menacé de
sanctions, ils ne vont pas se hâter de rechercher une
solution pacifique parce qu’ils penseront toujours que le
nœud se resserre (sur Khartoum) », a-t-il dit.
Ballet diplomatique
La décision soudanaise semble être le fruit des visites
effectuées par plusieurs personnalités étrangères, dont la
dernière est celle de M. Negroponte. Celui-ci s’est rendu
vendredi à Juba, capitale de la région semi-autonome du
Sud-Soudan, où la paix est revenue après un conflit avec le
nord de plus de vingt ans, à la suite de la signature d’un
accord en janvier 2005.
Sa visite est intervenue au lendemain d’une décision des
Etats-Unis de repousser des sanctions unilatérales contre le
Soudan pour donner le temps au secrétaire général de l’Onu,
Ban Ki-moon, d’envoyer des Casques bleus au Darfour.
M. Ban avait demandé un délai supplémentaire de deux à
quatre semaines pour faire pression sur le gouvernement de
Khartoum afin qu’il lève son opposition à l’envoi de quelque
20 000 soldats dans la région.
Bien avant M. Negroponte, le président sud-africain, Thabo
Mbeki, s’était dirigé vers Khartoum pour plaider en faveur
de la force hybride.
Quant à la Libye, elle a déclaré qu’elle organisera le 28
avril une conférence internationale de paix au Darfour.
Cette conférence réunira des représentants du Soudan, du
Tchad, de l’Erythrée, des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne,
de l’UA et de l’Union européenne, a-t-on précisé sans
indiquer le niveau exact de la participation.
Le dirigeant libyen a organisé ces deux dernières années une
série de mini-sommets sur la question du Darfour, théâtre
d’une guerre civile et d’exactions à grande échelle qui ont
fait 200 000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis 2003.
La Chine, pour sa part, a envoyé mercredi dernier au Soudan
le ministre adjoint chinois des Affaires étrangères, Zhai
Jun, à la recherche d’une solution pacifique au problème.
Rania
Adel