Al-Ahram Hebdo, Monde Arabe | Khartoum fléchit
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 Semaine du 18 à 24 avril 2007, numéro 658

 

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Soudan . Après avoir maintenu en haleine ses interlocuteurs, Khartoum a accepté un renfort des forces africaines ainsi que le déploiement d’hélicoptères d’assaut. 

Khartoum fléchit 

Après tant de visites de responsables de premier rang, de consultations et d’envoi d’émissaires, le Soudan, qui paraissait peu enclin à faire des concessions, a affiché une flexibilité concernant le dossier du Darfour. C’est ce lundi que le ministre soudanais des Affaires étrangères, Lam Akol, a annoncé à la presse l’acceptation totale par son paysOnu à la Force africaine au Soudan, y compris le déploiement d’hélicoptères d’assaut. Chose qui était presque inattendue. En effet, Khartoum avait jusque-là objecté au déploiement de six hélicoptères d’attaque avec les renforts attendus de quelque 3 000 hommes. Il y voyait une sorte d’atteinte à sa souveraineté et à l’intégrité territoriale.

Ce changement radical dans la position soudanaise semble être le résultat de pressions internationales et notamment américaines. « La position soudanaise montre l’hésitation du régime. Celui-ci a fait volte-face à ses positions précédentes, affirmant une fois de plus que les solutions dans notre région sont dictées par les Américains », a souligné le Dr Helmi Shaaraoui, du Centre des études africaines.

 En effet, l’acceptation soudanaise a coïncidé avec la visite du numéro deux de la diplomatie américaine, John Negroponte, qui a mis le Soudan devant le choix d’aider à améliorer la situation au Darfour ou de s’exposer à l’isolement sur la scène internationale.

Pour M. Negroponte, il y a un besoin urgent d’une « importante » force hybride entre l’Onu et l’Union Africaine (UA) au Darfour, d’un meilleur accès des humanitaires aux populations sinistrées et d’une relance de la recherche d’une solution politique. « Nous devons aller rapidement vers une large force hybride avec une chaîne de commandement unique qui soit conforme aux critères et pratiques de l’Onu », a déclaré M. Negroponte, qui a été reçu dans la nuit par le président soudanais Omar Al-Béchir.

De même, l’acceptation soudanaise est intervenue le jour même où les Nations-Unies s’apprêtaient à des consultations avec l’UA à New York sur les moyens de progresser sur le dossier du Darfour, un « sujet de préoccupation majeure pour la communauté internationale », selon les termes de M. Negroponte.

L’Onu espère parvenir à une force de 20 000 soldats au Darfour prévus par la troisième phase qui n’a pas encore été négociée. L’objectif est de se donner les moyens de sécuriser cette région de l’ouest du Soudan où la guerre et ses conséquences ont fait 200 000 morts et 2 millions de déplacés, selon une estimation généralement admise mais qui est contestée par le Soudan.

La Force africaine de 7 000 hommes s’est révélée incapable de le faire faute d’hommes et de moyens. Elle vient de perdre son 7e soldat depuis début avril et le 17e depuis son déploiement en 2004. « Le gouvernement soudanais doit désarmer les Janjawids, la milice arabe dont nous savons tous qu’elle n’aurait pas pu exister sans son soutien actif », a ajouté M. Negroponte, demandant par ailleurs aux non signataires de l’accord de paix au Darfour de 2006 de cesser leurs attaques. « Une transition rapide vers une force hybride Onu-UA, une amélioration de l’accès des humanitaires (aux populations dans le besoin) et un soutien à l’Autorité transitoire du Darfour peuvent améliorer la situation au Darfour et ouvrir la voie à de meilleures relations entre le Soudan et la communauté internationale », a-t-il estimé tout en laissant planer certaines menaces. « Si ces progrès ne sont pas réalisés, le Soudan n’aura pour alternative que le maintien et probablement l’accentuation de son isolement international », a averti M. Negroponte, en évitant de s’exprimer sur les sanctions supplémentaires contre le Soudan.

Néanmoins, le régime soudanais a demandé plus de pressions sur les rebelles. « S’ils voient que la pression n’est exercée que sur le Soudan, que c’est toujours le Soudan qui est critiqué (...), que c’est le Soudan qui est menacé de sanctions, ils ne vont pas se hâter de rechercher une solution pacifique parce qu’ils penseront toujours que le nœud se resserre (sur Khartoum) », a-t-il dit.

Ballet diplomatique

La décision soudanaise semble être le fruit des visites effectuées par plusieurs personnalités étrangères, dont la dernière est celle de M. Negroponte. Celui-ci s’est rendu vendredi à Juba, capitale de la région semi-autonome du Sud-Soudan, où la paix est revenue après un conflit avec le nord de plus de vingt ans, à la suite de la signature d’un accord en janvier 2005.

Sa visite est intervenue au lendemain d’une décision des Etats-Unis de repousser des sanctions unilatérales contre le Soudan pour donner le temps au secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, d’envoyer des Casques bleus au Darfour.

M. Ban avait demandé un délai supplémentaire de deux à quatre semaines pour faire pression sur le gouvernement de Khartoum afin qu’il lève son opposition à l’envoi de quelque 20 000 soldats dans la région.

Bien avant M. Negroponte, le président sud-africain, Thabo Mbeki, s’était dirigé vers Khartoum pour plaider en faveur de la force hybride.

Quant à la Libye, elle a déclaré qu’elle organisera le 28 avril une conférence internationale de paix au Darfour.

Cette conférence réunira des représentants du Soudan, du Tchad, de l’Erythrée, des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’UA et de l’Union européenne, a-t-on précisé sans indiquer le niveau exact de la participation.

Le dirigeant libyen a organisé ces deux dernières années une série de mini-sommets sur la question du Darfour, théâtre d’une guerre civile et d’exactions à grande échelle qui ont fait 200 000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis 2003.

La Chine, pour sa part, a envoyé mercredi dernier au Soudan le ministre adjoint chinois des Affaires étrangères, Zhai Jun, à la recherche d’une solution pacifique au problème.

Rania Adel

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