Iraq .
Le mouvement du dirigeant chiite
Moqtada Sadr a annoncé
son retrait du gouvernement pour protester contre les propos
du premier ministre, écartant un calendrier de retrait des
troupes américaines.
Les Sadristes claquent
la porte
«
Nous avons toujours demandé le retrait des forces
d’occupation. Nous avons demandé au minimum l’établissement
d’un calendrier de retrait ». C’est par ces termes que le
chef du groupe parlementaire de Moqtada Sadr, Nassar
Al-Roubaie, a justifié le retrait des ministres du clan
sadriste du gouvernement. « Compte tenu de l’intérêt public,
nous estimons qu’il était nécessaire de donner l’ordre aux
ministres du groupe Sadr de se retirer immédiatement du
gouvernement iraqien », selon le communiqué du dirigeant
radical chiite, publié par Moqtada Sadr, qui n’a pas été vu
en public depuis plusieurs mois, et lu par M. Roubaie.
L’annonce a été faite lundi par le chef du groupe
parlementaire. Il s’agit pour les Sadristes de protester
contre le refus du premier ministre iraqien d’établir un
calendrier de retrait des troupes américaines du pays,
réclamé avec insistance par les Sadristes. La principale
raison de cette décision est l’absence de réponse du premier
ministre aux demandes de près d’un million de personnes
(dans la ville sainte de Najaf) qui veulent le retrait des
troupes américaines d’Iraq. Le 9 avril, plusieurs centaines
de milliers de personnes avaient participé à Najaf à une
manifestation antiaméricaine réclamant le départ des troupes
étrangères d’Iraq, à l’appel du mouvement de Moqtada Sadr.
Resté sourd aux appels de son allié sadriste, le premier
ministre Nouri Al-Maliki avait affirmé lors d’une tournée en
Asie la semaine dernière qu’il ne voyait « pas l’utilité
d’un calendrier de retrait » des troupes américaines d’Iraq,
soulignant que « les réussites et les victoires » sur le
terrain seraient « déterminantes ». Maliki avait en effet
déclaré la semaine dernière, lors d’une tournée en Asie : «
Nous ne voyons pas l’utilité d’un calendrier de retrait, car
nous travaillons aussi vite que possible. Nous pensons que
ce qui déterminera le départ des
forces multinationales, ce seront les réussites et les
victoires que nous arriverons à obtenir sur le terrain et
non un calendrier ».
Le mouvement de Moqtada Sadr dirige six ministères au sein
du gouvernement d’union nationale. Avec 32 députés, son
courant représente aussi le plus important mouvement au sein
de la coalition parlementaire chiite, l’Alliance unifiée
iraqienne (130 sièges au total). « Les affaires des six
ministères devront être remises aux mains du gouvernement
lui-même, en espérant que ce gouvernement confiera ces
responsabilités à des structures indépendantes qui veulent
servir l’intérêt de la population et du pays », a expliqué
M. Roubaie.
Adversaires résolus de l’occupation américaine en Iraq, les
élus sadristes avaient déjà suspendu leur participation au
gouvernement fin 2006 pour protester contre une rencontre
entre M. Maliki et le président américain George W. Bush en
Jordanie. Le départ du gouvernement du mouvement de Sadr,
qui bénéficie d’un large soutien chez les chiites de Bagdad
et les classes défavorisées des villes du sud, risque de
créer un nouveau bras de fer au sein de la majorité chiite.
En effet, les Sadristes représentent une tranche importante
de la majorité chiite, leur retrait risque donc d’affaiblir
la coalition au pouvoir d’autant plus qu’ils ont toujours
été un partenaire difficile au sein de la coalition, à cause
de leur position vis-à-vis de l’occupation mais aussi parce
qu’ils font partie de la résistance.
Les Sadristes sont en outre dans le collimateur des forces
américaines et iraqiennes depuis l’application en février
dernier du plan de sécurisation de Bagdad. Depuis, l’armée
d’Al-Mahdi fait profile bas, il s’agit cependant d’une
situation intenable pour les Sadristes. Selon le Dr Hicham
Ismaïl, le risque est aujourd’hui que les Sadristes
basculent totalement dans la résistance, ce que le
gouvernement évite à tout prix, notamment en ayant opté pour
leur maintien au sein du gouvernement. Le régime a donc tout
intérêt à tenter de récupérer les Sadristes pour éviter
qu’ils ne s’allient à Téhéran.
Certains analystes estiment en outre que le retrait des
ministres sadristes n’est qu’un jeu politique qui vise à
accentuer la pression sur les Américains en vue de préparer
leur retrait du pays.
Abir
Taleb