Al-Ahram Hebdo, Evénement | Les 100 glorieuses
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 18 à 24 avril 2007, numéro 658

 

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Evénement

Ahli . Ce club fête cette semaine son centenaire. Comme son nom l’indique, « le national » a fait partie de tout un mouvement qui a revendiqué l’indépendance de l’Egypte et exprimé sur les plans sportif et social les exigences et montées de la bourgeoisie. 

Les 100 glorieuses 

La coupe levée haut, tout un cortège de supporters par milliers s’avance portant les joueurs sur leurs épaules. Ils crient « Ahli, Ahli ». Une scène courante, dirait-on. Mais celle-là date de 1923. Les Rouges ont remporté la coupe sultanienne, celle du sultan Hussein. Ils ont gagné la finale au stade de Abbassiya. La foule aimait bien suivre les footballeurs jusqu’au club, à Guézira, avec l’idée de conspuer l’occupation anglaise. Avant le pont de Qasr Al-Nil, se trouvaient, couleur brique, les immenses casernes de l’armée anglaise. C’était une façon d’exprimer le sentiment national. Football et politique faisaient ainsi bon ménage résumant l’esprit Ahli dès sa création.

C’est en 1907 que le club a vu officiellement le jour. Mais deux ans avant, l’esprit avait déjà germé et avait pris corps dans le Club des Etudiants des grandes écoles. C’était le noyau du système universitaire et aussi celui du mouvement national. « Les étudiants étaient le fer de lance du mouvement nationaliste », explique Hassan Al-Mestékawi, journaliste sportif à Al-Ahram et auteur d’un ouvrage sur l’histoire du club et les incidences politiques et sociales de sa création et de son évolution. Ce club d’étudiants avait comme fondateur Moustapha Kamel, un des premiers dirigeants du mouvement nationaliste égyptien et fondateur du Parti national, sous l’impulsion de Omar Loutfi bey, dirigeant du mouvement corporatiste. Kamel avait donné son célèbre discours sur la scène du théâtre Zizinia qui a mobilisé les patriotes égyptiens. De plus en 1906, ce fut un autre événement : l’incident tragique de Denchway ayant conduit à la condamnation à mort de paysans égyptiens accusés d’avoir provoqué la mort, par insolation en réalité, de soldats britanniques. 1907 marque la création de 3 partis politiques égyptiens : Al-Oumma, le Parti national et Al-Islah. Ahli a donc émergé, dans le même contexte nationaliste et non à travers des activités sociales. D’ailleurs, c’est un membre de ce club, ancien étudiant de pharmacologie en Suisse, qui, membre du Parti national et du club, fut l’auteur du premier attentat politique connu en Egypte. Six balles qui terrassèrent Boutros-Ghali, homme politique accusé de faire le jeu du colonialisme.

Le mouvement estudiantin et national n’en faisait quasiment qu’un. C’était l’incarnation de l’esprit nouveau, cette classe moyenne éduquée incarnant ce que l’on appellera les « effendiya ». Celle-ci trouva dans Ahli un lieu de rassemblement où elle pouvait exercer tant la politique que le sport et les activités sociales et même artistiques. Un rassemblement  qui représente le ferment du modernisme, un tantinet un peu conservateur, du moins attaché aux valeurs égyptiennes.

Il fallait aussi combler un certain vide chez les jeunes et intégrer sport et politique à l’heure où tous les clubs avaient le statut de cercles mixtes (étrangers et égyptiens d’une certaine classe). « Ce fut donc le premier club destiné aux Egyptiens », affirme Adli Al-Qii, journaliste et administrateur à Ahli. Cela dit, le premier président d’Ahli était bien un Britannique. Faut-il en conclure à une contradiction ? L’historien Younane Labib Rizq affirme qu’il faut distinguer « entre un Anglais en tant que colonialiste et en tant qu’être humain. Ce Britannique, Mitchell Anass, était d’ailleurs expert en gestion de clubs de foot. Et le ballon rond était bien un sport originaire de la Grande-Bretagne. De toute façon, il n’est resté à la tête d’Ahli que sept mois ». Depuis, ce sont les Egyptiens qui ont pris la direction du club. Entre autres, Saad Zaghloul, le plus grand dirigeant nationaliste de l’histoire égyptienne moderne, fondateur du Wafd et inspirateur de la révolution de 1919, a été le président de la première assemblée générale.

Les Britanniques, ayant introduit le foot en Egypte, constituaient le plus grand nombre de clubs. A l’époque, il n’y avait pas de championnat, mais plutôt des matchs opposant équipes égyptiennes à équipes britanniques. Le foot fut ainsi une sorte de symbole de libération nationale. « Les gens encourageaient Ahli en tant que représentant de l’Egypte, d’où cette immense popularité qu’il a gagnée et dont il préserve l’esprit jusqu’à nos jours », relève l’historien. De plus, Ahli serait le précurseur du foot en Egypte auquel il a donné son statut égyptien. Dès 1914, par exemple, il a conduit un mouvement de révolte contre les clubs étrangers et exigé l’égyptiannisation de la Fédération de football. A cet égard, il a fondé la première fédération égyptienne. « Ce fut un tournant dans l’histoire du football égyptien. En 1914, il institua la coupe Ahmad Hechmat pacha, alors ministre de l’Enseignement. Cette compétition regroupa tous les clubs égyptiens, avec comme condition de ne pas recruter de footballeurs en dehors de ces clubs. Il leur a offert ainsi la chance de l’alternative égyptienne à une compétition étrangère », souligne Mestékawi. Une coupe qui, selon les historiens, a eu une énorme popularité et un public beaucoup plus important que celui de la fédération mixte.

Avec 1923, année de l’indépendance officielle de l’Egypte, voire du succès de Saad Zaghloul, Ahli a poursuivi sa voie et son rôle.

La nahda (renaissance égyptiennne) se poursuit. Ahli est dans son sillage, voire une de ses institutions bien que désormais, de nombreux clubs soient devenus égyptiens. Le club renforce son rôle social, culturel et éducatif et reste farouche dans son indépendance et sa discipline. Si Ahli paraît le représentant par excellence du culte voué au sport, au football notamment, cela ne veut pas dire qu’il s’est désolidarisé des autres axes du développement national. Ainsi, organisait-il des fêtes et spectacles soit au club, soit même à l’Opéra du Caire. Ce fut aussi l’une des principales sources de revenus. La tradition a commencé en 1915 et s’est poursuivie.

Un mécénat artistique

On a vu les plus grandes stars donner leur spectacle à cette occasion : la troupe théâtrale de Naguib Rihani et celle d’Abdel-Rahmane effendi Rouchdi. De nombreux talents se sont révélés lors de ces fêtes : des acteurs qui resteront dans la mémoire, Mohamad Abdel-Qoddous, Soliman Naguib, Abdel-Warès Assar et la grande tragi-comédienne Amina Rizq. C’étaient les membres de la Société des amis du théâtre (Ansar al-tamsil) qui ont animé des soirées à l’Opéra et au club. Une action qui le moins que l’on puisse dire a été bien remarquée. Mestékawi cite dans son livre Ahli de 1907 à 1997 des championnats en sport et en patriotisme un article du journal Al-Guihad, paru le 21 avril 1934, où il est sujet d’une soirée du club : « Ahli est en tête des clubs égyptiens qui ambitionnent la perfection des côtés sportif et social. Sur le premier plan, il déploie un effort pour relancer le plus grand nombre de sports (...) Sur le second, il tente de nouer les liens sociaux entre ses membres en organisant des soirées qui ont lieu au club à cette fin ... ». Des fêtes qui n’étaient pas de simples mondanités, si l’on songe. Mestékawi souligne que « la comédie musicale égyptienne a vu le jour à Ahli ».

Mars 1943 : le roi Fouad a assisté, comme il le faisait depuis la fin des années 30 à la soirée d’Ahli à l’Opéra du Caire. Youssef Wahbi, le monstre sacré du théâtre égyptien, y a présenté Bint madarès (l’écolière). Les années 1940 et 50 ont vu briller une autre star au firmament, la diva Oum Kalsoum chantant dans les fêtes du Ahli en présence, aux premières loges, du roi Farouq. Ce n’était pas facile et Ahli a joué une fois de plus un rôle national et de défi aux Britanniques.

Le 30 mars 1946, le roi était en disgrâce. Les Anglais toujours influents avaient donné des instructions à la presse de ne pas citer son nom ni de donner de ses nouvelles. Le récital était diffusé en direct. Moustapha Amin, patron du journal Al-Akhbar, réussit à convaincre le roi d’y assister. « Cela ferait enrager les Anglais », lui a-t-il dit. Arrivé au club, le roi Farouq fut accueilli par des vivats de la part des membres. Le roi ressentit une grande joie et accorda la plus haute distinction à Oum Kalsoum à cette occasion. La diva, elle, n’a pas manqué de dire que cette soirée fut la plus belle de sa vie, lorsqu’elle vit paraître le roi ...

La Révolution, une fin de règne ?

Juillet 1952. C’est la Révolution. Le départ en exil du roi. La proclamation de la République. Que se passe-t-il pour Ahli ? Ici, les vues divergent. La transformation sociale du pays aurait porté atteinte à la particularité du club, avec le changement profond dans la classe sociale qui le sous-tend, celle de la moyenne et haute bourgeoisies libérales. Pourtant, tant Mestékawi que Labib Rizq considèrent que le club a maintenu ce « tissu social » qu’il conserve jusqu’à présent. Assez symbolique, Oum Kalsoum, mise au ban quelques mois après la Révolution, a chanté le 22 décembre 1956 en hommage à Nasser.

Le 18 janvier 1956, Nasser a accepté d’être le président honorifique du Ahli en hommage à son rôle national ayant contribué à la formation des fedayins et membres de la résistance populaire contre l’agression tripartite de juillet 1956 (Grande-Bretagne, France et Israël). Rizq souligne que jusqu’à présent, Ahli est vu « comme un représentant du mouvement national plus qu’un club sportif ». Une permanence donc dans la façon de voir l’Egypte, la préservation d’un certain ordre moral. Club de stars de foot, il n’a jamais gâté les joueurs même les plus légendaires aux dépens de la discipline.

De plus, les présidents du club ont joué un rôle important en tant qu’emblèmes. « Ahli est le club qui donne le plus d’importance ». Un Saleh Sélim, grande star du foot président à plusieurs reprises du club, fut l’exemple d’élections libres (la première, en décembre 1980) où l’esprit véritable du club a prévalu face à des formules voulant qu’une classe de nouveaux riches se l’approprie.

La formule Ahli résiste contre vents et marées ? Voire elle s’internationalise avec la plus grande ouverture du pays sur le monde extérieur. Ses derniers bilans, club du XXe siècle en Afrique, troisième en Coupe du monde des clubs 2006. L’Egypte devient rouge de joie quand il gagne.

Ahmed Loutfi
Aliaa
Al-Korachi

 

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Des premières

 Le premier qui ait pensé à la création du club Ahli est Omar Loutfi bey. Il est l’un des fondateurs du club et membre du haut comité administratif de 1907 à 1911.  

Le premier président du club était l’Anglais Mitchel Ince.

La première réunion officielle du haut comité administratif (conseil d’administration) s’est tenue le 24 avril 1907 à 17h 30 au domicile de Mitchel Ince.  

La première rencontre entre les deux équipes Ahli et Zamalek était le 10 décembre 1948 et s’est terminée en match nul, deux buts partout  

Le premier abonnement annuel était évalué à 5 L.E., 3 L.E. pour les fonctionnaires du gouvernement et 72 piastres pour les étudiants des écoles supérieures.

 




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