Al-Ahram Hebdo,Invité | Philippe Beauvillard, « Nous ne sommes pas le relais  des positions officielles »
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 18 à 24 avril 2007, numéro 658

 

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Invité

Président de Radio Monte-Carlo depuis décembre 2004, Philippe Beauvillard tente de faire face aux concurrences tout en préservant l’identité d’une radio qui a plus de 35 ans. 

« Nous ne sommes pas le relais
 des positions officielles »
 

Al-Ahram Hebdo : On assiste à un profond changement du paysage radiophonique d’une part, et à une éclosion des chaînes satellites, d’autre part. Quelle place occupez-vous dans le dispositif de l’audiovisuel extérieur de la France ?

Philippe Beauvillard : Dans cette prolifération des médias, notre première conviction est qu’il reste une place pour la radio, même si la télévision prend de plus en plus d’importance. D’abord, car tout le monde n’est pas devant la télévision toute la journée. Il y a des habitudes d’écoute qui laissent une place pour la radio, par exemple dans la voiture ou même à la maison, mais très fréquemment dans la voiture.  Evidemment, l’audiovisuel extérieur de la France s’est enrichi récemment d’un support de télévision d’information, avec France 24, qui maintenant aborde la langue arabe avec ses 4 heures de décrochage quotidien, mais on a un rapport de complémentarité pour les raisons que j’ai évoquées sur la pertinence de la radio. J’ajouterais notamment que notre radio, Monte-Carlo Doualiya, a une légitimité et une antériorité car nous diffusons depuis 35 ans dans le monde arabe. Si nous devions nous situer sur le terrain de la compétition, je pense que le service arabe de la BBC serait davantage notre compétiteur et en tout cas un compétiteur de référence. Avec France 24, nous sommes deux éléments de l’audiovisuel extérieur français, donc on ne peut pas envisager nos relations en termes de concurrence.

— Cette assurance provient-elle aussi du fait que vous diffusez dans des pays du tiers-monde où la radio est dite « média roi » ?

— Je ne sais pas si la radio reste un média roi. Car quand on voit le nombre de paraboles tournées vers le ciel, on imagine bien que la télévision n’est plus réservée à des couches particulières de la population dans les pays du Sud, a fortiori dans le monde arabe. Au contraire, elle radie l’ensemble de la population, donc je ne crois pas que ce soit là un point qui permet d’assurer le maintien de la place du média-radio. Au-delà des conditions et des habitudes d’écoute évoquées, il y a également un autre aspect qui garde à la radio sa pertinence, c’est la proximité avec l’auditeur. La radio, dans son traitement de l’information et dans sa programmation, peut jouer d’une proximité avec l’auditeur, avec ses préoccupations courantes. Un fait que la télévision n’a pas forcément, étant plus encore que la radio un véritable média de masse.

— En fait, il y a toujours eu concurrence entre le service public, les radios dites périphériques (RTL, Europe 1 et Monte-Carlo) et les radios privées qui bénéficiaient vers 1989 d’une part du marché d’audience oscillant autour de 40 %. Ensuite, il y a eu les radios communautaires et radios sur le Net. Comment s’y retrouver ?

— Les études nous montrent que notre public privilégié est un public généralement assez éduqué, qui s’intéresse à l’information générale et internationale, même si évidemment l’actualité du monde arabe constitue pour nous un axe privilégié. Notre identité est bien celle d’une radio française d’expression arabe tournée particulièrement vers l’actualité internationale. Nous nous efforçons d’assumer cette tension qui ne doit pas être une contradiction entre une vocation d’actualité internationale et une recherche de proximité avec les auditeurs, d’où un retour sur l’actualité propre des pays où nous diffusons et lesquels ne sont pas uniformes. On tente d’aller davantage vers l’auditeur et c’est le sens de la décentralisation d’antenne que nous pouvons faire dans les divers pays. Cette décentralisation consiste à émettre et réviser des émissions, non plus de notre rédaction installée physiquement à Paris, mais à se rendre ailleurs pour réaliser des émissions sur place. Généralement, nous accrochons cette décentralisation à un événement particulier, tel un événement culturel que nous organisons à Damas le mois prochain ou un événement pour marquer notre présence en termes de diffusion, comme ce sera le cas dans 15 jours à Nouakchott où l’on célèbre les dix mois de fonctionnement de notre nouvel émetteur FM. Ces opérations nous permettent d’accorder des journées spéciales à l’actualité et aux personnalités de ces pays.

Pour ce qui est des radios communautaires, les sondages montrent que lorsque la législation d’un  pays permet l’émergence de ces radios bien évidemment, elles captent un public. Pour autant, je ne crois pas que nous soyons en compétition directe parce que notre vocation est clairement différente, par notre origine et notre identité françaises. Nous sommes une radio laïque, notre manière de traiter l’actualité internationale est aussi un élément fort de différenciation. 

— Mais quand même à partir de 2005, vous avez fait allusion au fait que votre radio a un peu vieilli dans ses programmes, d’où une érosion de son audience, allant de 15 millions d’auditeurs par semaine (il y a plus de 10 ans) à 10,5 millions actuellement …

— 10,5 millions d’auditeurs réguliers par semaine est quand même un chiffre significatif, montrant que notre radio n’a pas perdu toute sa place. Il faut souligner également la crédibilité ou la légitimité de notre radio, dont l’audience remonte en temps de crise. On le constate sur notre site Internet et aussi en l’audience radio. La dernière guerre israélo-libanaise en juillet-août derniers en témoigne. Le « vieillissement » de la radio, un terme que moi-même j’ai utilisé dans le passé, est celui de notre auditoire. C’est-à-dire nous avons un auditoire fidèle de gens, dont l’âge progresse et un de nos enjeux est de conquérir un jeune public. Cela doit passer par la poursuite de notre implantation en FM mais aussi par l’évolution de notre programmation. Depuis plusieurs mois, on tâche d’introduire des programmes spécifiquement adressés aux jeunes. C’est le cas par exemple du magazine des jeunes qui est une véritable émission d’information hebdomadaire destinée au jeune public ou de la création de notre prix musical tourné vers les jeunes musiciens du monde méditerranéen.

— La formule (info+musique) est-elle toujours aussi convoitée ? Et pourquoi, selon vous, radio Sawa n’a pas réussi à l’imiter ?

— Nous avons plutôt aujourd’hui un format généraliste qu’un format musique et News, même si la place que se taille la musique est toujours importante. Radio Sawa a très bien marché au début, mais son format est aujourd’hui largement imité par des radios qui ont pris son audience initiale. Donc, les résultats de cette radio par rapport à ses débuts sont en baisse significative.

— En Iraq, vous réalisez votre meilleure audience (14,7 % en audience quotidienne et près de 25 % en audience hebdomadaire) …

— Les chiffres de l’Iraq doivent être traités avec prudence car j’imagine que les conditions où ils ont été élaborés n’ont pas la même fiabilité que dans les pays stables. Néanmoins, nous savons que c’est en effet l’un des nos points forts.

— Comment le bras de fer planétaire qui a opposé la France et les Etats-Unis durant la guerre d’Iraq s’est répercuté sur vous ?

— Notre crédibilité repose sur le professionnalisme, donc en aucun cas, nous ne sommes pas le relais des positions officielles du gouvernement français ou des positions européennes. Pour autant, nous sommes une radio française avec des journalistes arabophones, notre analyse nous différencie de l’information d’origine anglo-saxonne.

— Mais Monte-Carlo a vu le jour dans le cadre d’une décision de Charles de Gaulle visant à faire entendre une voix différente aux Proche et Moyen-Orient. On vous a même décrit parfois comme « le joyau de la machine de propagande à la française » ...

— La création de notre radio est absolument d’origine politique, c’est l’initiative du général De Gaulle après la guerre de 1967. Il est clair que c’est une démarche de dialogue entre la France et le monde arabe. Cette inspiration-là est toujours pertinente. Elle est au fondement de notre existence même, ce qui n’est pas en contradiction avec le fait que dans le traitement de l’information nous ne sommes pas la voix officielle du gouvernement français. Nous récusons absolument le terme de propagande.

— A partir de 1996 vous êtes rentré dans le giron de Radio France Internationale (RFI) et à partir de janvier 2007 vous avez changé de nom pour s’appeler désormais Monte-Carlo Doualiya. Pourquoi ?

— C’est le fruit des circonstances historiques. A sa création il y a 35 ans, la radio portait le même nom — avec le suffixe Moyen-Orient — que la radio Monte-Carlo d’expression française. Ces deux radios ont connu des évolutions distinctes, puisque radio Monte-Carlo est aujourd’hui une radio française purement commerciale. Le 1er janvier 2007, nous avons changé de nom en gardant bien sûr le nom de Monte-Carlo par lequel nous sommes connus de nos auditeurs mais en retirant le terme radio pour qu’il n’y ait aucune confusion entre les deux radios.

— Un budget restreint de 11,5 millions d’euros ne vous permet pas de mener des campagnes publicitaires d’envergure, les partenariats constituent-ils une issue pour vous ?

— Nous n’avons pas les moyens de certains de nos concurrents. Les partenariats, notamment culturels, nous permettent d’être présents sur le terrain dans les différents pays. Nous sommes d’ailleurs ouverts à nouer des partenariats avec des opérateurs locaux lorsque cela doit nous permettre d’obtenir une diffusion FM qui n’est pas possible à des opérateurs étrangers.  Malheureusement, actuellement nous ne pouvons pas être diffusés en Egypte, mais j’ai appris que la législation égyptienne est susceptible de changer dans les prochains mois, notamment au bénéfice d’opérateurs nationaux. Il est clair que nous chercherons à nouer des partenariats avec ces opérateurs radio pour trouver, sur la totalité ou une partie de nos programmes, une possibilité de diffusion en FM en Egypte.

— Podcasting (technique permettant de transférer et d’écouter sur son ordinateur ou baladeur MP3 des programmes audio), programmes interactifs) … Cela vous permet d’être à la page ...

— Notre site Internet nous permet plusieurs choses à la fois. C’est d’abord un moyen de diffusion de la radio en direct dans des zones où nous ne sommes pas diffusés par voies hertziennes. Il est frappant de remarquer que de très nombreuses connexions sur la partie arabe de notre site sont effectuées à partir d’autres pays en dehors du monde arabe. En particulier, nous avons de nombreuses connexions de l’Amérique du Nord. Deuxièmement, il y a le Podcasting qui nous permet d’écouter les émissions radio en différé. Troisièmement, apporter des contenus spécifiques sur le Net qui ne sont pas diffusés sur la radio, constitue notre projet de l’année en cours.

Dalia Chams

 




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