Al-Ahram Hebdo, Idées | Reconnaissance tardive
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 18 à 24 avril 2007, numéro 658

 

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Idées

Edition. A l’occasion de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur,le 23 avril prochain, l’Hebdo enquête sur la patiente ascension des petites maisons de publication indépendantes. Une évolution qui a dynamisé le champ culturel et littéraire.

Reconnaissance tardive

Si le roman, la nouvelle, la poésie sont souvent mal-aimés dans le secteur de l’édition privée, car ils n’arrivent que rarement en tête des best-sellers, le travail de fourmi des petites maisons d’édition dans le domaine a fini par porter ses fruits. Pionniers de ces dix dernières années, les maisons Charqiyat (fondée en 1991) et Merit (fondée en 1998) déclaraient respectivement environ 25 et 50 titres en 2006.

Ces deux éditeurs ont dû faire face à des obstacles de tout genre. Mohamad Hachem, éditeur de Merit, mentionne ainsi le prix exorbitant du papier : « Je n’ai pas la possibilité d’importer moi-même mon papier. Du coup, je suis obligé de prendre des emprunts sur six mois ». Mais la barrière la plus importante reste celle de la distribution, encore l’apanage des librairies du secteur public disposant d’un important réseau dans la capitale et les grandes villes du pays. « Nous distribuons nos livres dans les librairies privées, surtout au Caire. A Madbouli, à Chourouq, à Diwan, ainsi qu’à Afaq ou à Rose Al-Youssef », raconte Hosni Soliman, propriétaire de Charqiyat. « A l’exception du Fonds de développement, les librairies publiques ne se sont jamais adressées à nous pour nous acheter des titres, ni les librairies scolaires ou universitaires », ajoute-t-il. Même son de cloche chez Merit, à qui « seul le palais de la culture a racheté 200 exemplaires, mais en 2000 seulement ». Depuis, il n’a plus été sollicité. L’une des rares passerelles entre public et privé reste ainsi la maison Maktabet Al-Osra, qui a racheté un titre à Charqiyat en 2006 et cinq à Merit. Tirés à 5 000 exemplaires, les ouvrages de Maktabet Al-Osra sont ensuite diffusés par le biais du réseau public. Cela participe à l’élargissement du lectorat des petites maisons, dont les titres ne sont souvent tirés qu’à 1 000 exemplaires.

Tirage modeste et problèmes de distribution. De fait, la plupart des ouvrages édités dans ces maisons ne sont accessibles qu’aux initiés, et presque introuvables hors du Caire et d’Alexandrie. Pour échapper au cercle vicieux, Hachem a mis en place un système B de la diffusion. Découragé par les réseaux d’Al-Akhbar et d’Al-Ahram, « les livres nous revenaient, abîmés en plus », il se tourne vers la débrouille et les réseaux informels. Par le biais de sa famille à Tanta, de ses amis dans d’autres provinces, ou de rencontres au hasard des foires du livre, il entre en contact avec de petits libraires, voire des propriétaires d’étals informels dans les gares. « Au Salon du livre de Francfort, j’ai rencontré un petit libraire d’Assiout. J’ai commencé à lui faire parvenir des titres. J’ai des points de vente aussi dans des kiosques à Port-Saïd, à Mansoura, à Charqiya ».

Paradoxalement, malgré ces obstacles, ces deux maisons d’édition ont réussi à obtenir une reconnaissance. Dans le domaine de la littérature, les nouveaux prix privés apparus ces dernières années, qui concurrencent les prix octroyés par des institutions dépendant du ministère de la Culture, comme le prix Sawirès, consacrent de jeunes auteurs, et du même coup les maisons d’édition qui les ont publiés. La majorité écrasante des prix Sawirès octroyés en décembre 2006 avaient ainsi paru chez Merit (5 sur 6), le dernier chez Charqiyat (Waël Al-Achri, deuxième prix jeunes écrivains pour la nouvelle). En 2005, lors de la première édition du prix Sawirès, quatre sur les six prix sont allés à des écrivains publiés chez Merit. Et Hachem de citer, en vrac, ses titres à succès : « Etre Abbas Al-Abd, d’Ahmad Al-Aidi, et Petits voleurs à la retraite, de Hamdi Abou-Gulayl, en sont à leur quatrième réédition ». Devenus incontournables dans ce créneau, survivants malgré les insuffisances qui obligent encore souvent les écrivains à publier à compte d’auteur chez eux, Charqiyat et Merit feront peut-être bientôt figure d’anciens combattants dans le domaine. L’ébullition de ces dernières années a en effet encouragé de nouvelles initiatives, avec la création d’Afaq, maison qui a obtenu le prix Méditerranée pour l’édition dans le cadre de l’Italie invitée d’honneur à la Foire du livre et d’Al-Ayn, dont l’éditrice, Fatma Al-Boudi, s’est également lancée dans le roman. Ces derniers-nés devraient profiter d’un champ culturel plus dynamique grâce au travail souterrain mené par leurs prédécesseurs. Car si ces derniers ont ouvert des fenêtres à de jeunes auteurs encore inconnus, ceux-ci, fermant la boucle, leur offrent à leur tour une possibilité de se développer plus largement. Sans compter les nouvelles potentialités qui s’ouvriront dans les prochains mois, avec le développement escompté de la vente par Internet. Un nouveau créneau qui permettra peut-être de contourner le handicap majeur d’une distribution sclérosée .

Dina Heshmat

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