Tribunaux Militaires.
Le Conseil consultatif vient d’approuver l’amendement de la
loi 25/66 relative à ces instances.
Leurs
verdicts pourront désormais être contestés en appel.
Assouplissement ou poudre aux yeux ?
Faire
appel à des verdicts émis par les tribunaux militaires sera
désormais possible. L’amendement proposé confère aux
tribunaux militaires un caractère similaire à celui des
tribunaux civils. Il stipule la création d’une « cour
d’appel » qui serait l’équivalent de la Cour de cassation
pour les tribunaux civils. Cette modification de la loi
25/66, relative à ces tribunaux qui permettent de faire
juger des personnes (civiles ou militaires) accusées de
trahison ou d’atteintes à la sécurité de l’Etat, a été
approuvée par le Conseil consultatif.
Selon Moufid Chéhab, ministre des Affaires juridiques, « cet
amendement constitue une étape importante vers une réforme
de la justice militaire ». Et d’expliquer : « La nouvelle
loi renforce la justice militaire et donne des garanties
pour un jugement équitable ». En est-il réellement ainsi ?
Le projet d’amendement est en tout cas au centre d’un débat
agité. « C’est une tentative pour tromper l’opinion publique
et faire croire qu’il y a véritablement une réforme »,
déclare Hafez Abou-Seada, secrétaire général de
l’Organisation Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH).
Ce qui est grave, selon lui, est qu’on continue à se servir
de ces tribunaux pour juger des civils et des opposants
politiques. « Pourquoi le droit accordé au président de la
République de déférer des civils devant des tribunaux
militaires n’a-t-il pas été supprimé ? Si l’Etat veut
véritablement parler de démocratie et respecter les libertés,
il doit cesser de faire juger des civils par des tribunaux
militaires. Ceci n’existe dans aucun pays démocratique.
C’est insensé », lance Abou-Seada. C’est dans les années
1960 que la loi sur les tribunaux militaires a été
promulguée. Ces tribunaux, dont les verdicts sont expéditifs,
sont devenus le moyen idéal pour éliminer toute opposition
politique. Des centaines de militants islamistes, notamment
les Frères musulmans, ont été déférés devant ces tribunaux.
Cette question a donné lieu à un débat agité. « Le but de
ces tribunaux est de statuer rapidement sur des questions
ayant trait à la sécurité nationale, comme par exemple les
affaires ayant trait au terrorisme », défend le député du
PND, Nabil Louqa Bébawi. Et d’expliquer que la fermeté de
ces tribunaux est parfois requise pour faire face au
terrorisme ou à tout danger qui menace la patrie. Face à ces
propos, le député islamiste Hamdi Hassan, scandalisé, répond
: « De tels propos reflètent l’idéologie totalitaire qui
domine le parti au pouvoir et dévoilent ses vraies
intentions de créer un arsenal de lois pour réprimer les
opposants ». Et d’ajouter que la justice militaire doit
s’occuper uniquement du jugement des militaires « pour ne
pas laisser la porte ouverte aux abus et à la liquidation de
l’opposition ». Hafez Abou-Seada critique le fait que le
nouveau texte donne au juge militaire un pouvoir absolu. «
Par exemple, le texte stipule que le juge a le droit de
sanctionner le coupable par la peine de mort ou n’importe
quelle autre peine moins lourde stipulée par la loi. Cela
veut dire que la peine dépend de l’estimation personnelle du
juge plus que des dispositions mêmes de la loi », assure
Abou-Seada, affirmant que l’amendement ne précise pas les
compétences exactes des tribunaux militaires. « C’est
pourquoi nous mettons en garde contre une régression des
libertés ». Colère partagée par Bahieddine Hassan, président
du Centre du Caire pour les droits de l’homme, qui regrette
qu’au moment où la plupart des pays ont arrêté de juger même
les militaires par la justice militaire, sauf en temps de
guerre, l’Egypte continue à y avoir recours. « Cette
tendance a été initiée par la Révolution de 1952 pour se
débarrasser des opposants loin de la justice traditionnelle
qui a conservé une certaine indépendance », note Bahieddine
Hassan. Et de conclure : « L’amendement proposé ne fait rien
pour changer cette situation ».
May
Al-Maghrabi