Conseil Consultatif.
Les élections partielles prévues à la mi-juin sont un
premier « test de démocratie » après l’entrée en vigueur de
l’amendement constitutionnel. L’enthousiasme du PND au
pouvoir jure avec un désintéressement général.
L’ère post-amendements
A
peine le tohu-bohu sur l’amendement constitutionnel terminé
qu’apparaissent déjà à l’horizon les prémices d’une nouvelle
bataille politique. Les élections partielles du Conseil
consultatif doivent en effet se tenir à la mi-juin. Si
habituellement ces élections ne requièrent que peu
d’attention, elles revêtent cette fois-ci un intérêt
particulier. Il s’agira en effet d’un test après
l’amendement constitutionnel. Les élections se dérouleront
dans 68 circonscriptions à travers le pays. 176 sièges sont
en jeu.
Le déroulement des élections posent déjà une série
d’interrogations. Seront-elles supervisées par la justice ?
Selon quel mode de scrutin ? Le contrôle juridique des
élections avait été instauré en 2000. Il stipulait la
présence d’un juge pour chaque urne. Or, cette règle a été
modifiée par le récent amendement de la Constitution qui
confie la supervision à un comité électoral dont
l’efficacité est contestée par l’opposition. et ce sera là
l’un des enjeux de ces élections. Plusieurs lois, dont celle
sur l’exercice des droits politiques, doivent être mises à
jour avant les élections afin d’être conformes à la nouvelle
Constitution. A cet effet, l’avocate Georgette Qellini,
députée du PND, explique que le Parlement va dès la semaine
prochaine examiner la modification de la loi sur l’exercice
des droits politiques. « Cette modification est d’une grande
importance car elle concerne la création du Haut Comité qui
va contrôler les élections ».
Elle défend l’amendement constitutionnel au niveau du
contrôle juridique des élections. « La présence des juges
dans les urnes lors des dernières élections n’a pas empêché
la fraude. Plus grave encore, cette politisation a porté
atteinte à l’image même des juges », assure-t-elle. Elle
estime que sous le Haut Comité électoral qui doit être créé,
les élections seront plus intègres.
Quant au mode de scrutin, c’est le scrutin individuel qui
sera utilisé. Lors des élections parlementaires de 2005, ce
mode de scrutin avait permis aux Frères musulmans de faire
une percée en remportant 20 % des sièges. « L’amendement
constitutionnel n’a pas précisé un mode de scrutin
déterminé. Bien que le scrutin individuel soit favorable aux
Frères, l’Etat ne semble pas s’inquiéter de voir le scénario
se répéter étant donné l’état de faiblesse dans lequel se
trouvent les Frères qui font l’objet d’une vaste campagne
d’arrestation visant notamment leurs cadres », explique
Wahid Abdel-Méguid, du Centre d’Etudes Politiques et
Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.
En outre, la participation des Frères est l’autre grand
enjeu. Les Frères ont tendu la main aux partis « légitimes »
pour une concertation politique à la veille de la campagne,
une invitation accueillie fraîchement par les forces
politiques. Certains cadres de la confrérie ont même déclaré
sous le couvert de l’anonymat leur intention de modifier le
slogan « L’islam est la solution » pour le remplacer par un
autre plus en phase avec la nouvelle Constitution, dont
l’article 5 interdit toute activité politique basée sur la
religion. « Officiellement », toutefois, la confrérie n’a
pas encore annoncé sa participation.
Les cadres du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir)
sont très enthousiastes à la veille de ces élections, les
premières à avoir lieu sous la nouvelle Constitution amendée
par référendum le mois dernier. Les préparatifs pour les
élections ont commencé. Le secrétariat du PND, présidé par
Safouat Al-Chérif, également président de l’actuel Conseil
consultatif, a déjà reçu les demandes des membres du parti
désireux de se porter candidats.
De leur côté, les principaux partis et forces de
l’opposition accueillent ces élections avec une certaine
réticence.
Mounir Fakhri Abdel-Nour, secrétaire général du parti du
néo-Wafd, affirme que son parti n’a pas encore pris de
décision quant à la participation aux élections partielles
du Conseil consultatif. « Les dirigeants du parti ne sont
pas très enthousiastes, de toute façon, la décision relative
à notre participation n’a pas encore été prise », affirme
Abdel-Nour. Il ajoute que « personnellement », il n’est pas
pour la participation de son parti aux élections, notamment
« en l’absence du contrôle judiciaire », ce qui ouvrirait,
selon lui, la porte à la fraude.
Il en est de même pour le parti du Rassemblement qui n’a pas
encore arrêté sa décision quant à la participation. « On
examine la possibilité de choisir un nombre de candidats
pour participer aux prochaines élections. Et jusqu’à ce jour
nous n’avons que 4 ou 5 candidats seulement », affirme
Réfaat Al-Saïd, président du parti. Il ajoute que ce petit
nombre de candidats est dû à l’absence du contrôle juridique
et aussi à la nature de ces élections qui sont effectivement
un lourd fardeau financier pour les partis de l’opposition.
« Les circonscriptions du Conseil consultatif sont trois
fois plus larges géographiquement parlant, que celles de
l’Assemblée du peuple. Ce qui augmente les dépenses et rend
très difficile au candidat de se faire connaître des
habitants de sa circonscription », assure Réfaat Al-Saïd.
Seuls les partis d’Al-Ghad et des Libéraux ont annoncé leur
participation. Al-Ghad n’a jusque-là présenté de candidats
que pour Alexandrie, alors que le parti des Libéraux en
présentera une douzaine. « Nous étions contre les
amendements constitutionnels, mais aujourd’hui, après leur
adoption, c’est devenu un fait accompli, nous devons faire
avec », affirme le président du parti des Libéraux Helmi
Salem. Le boycott n’a jamais été une attitude positive,
estime-t-il. « Les élections qu’elles soient
présidentielles, législatives, ou municipales sont un
événement à ne pas rater. C’est notre seule chance d’entrer
en contact direct avec la population », assure Helmi Salem.
Le deuxième tour devra avoir lieu la dernière semaine de
juin. Quarante-quatre candidats seront ensuite nommés par le
président Moubarak .
Ola
Hamdi