Al-Ahram Hebdo, Egypte | Croissance envers et contre tout
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 18 à 24 avril 2007, numéro 658

 

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Egypte

Planning Familial . Les chiffres préliminaires du recensement publiés récemment par l’Organisme central de la statistique et de la mobilisation révèlent l’échec des politiques successives pour tenter de juguler la croissance démographique. 

Croissance envers et contre tout 

« Stabiliser le taux de croissance à 2 % s’annonçait comme une tâche difficile, c’est aujourd’hui un acquis », a déclaré Hicham Makhlouf, du Centre des études démographiques. Mais cet acquis ne paraît-il pas minime par rapport aux efforts considérables déployés par l’Etat pour juguler l’explosion démographique ? Depuis les années 1980, l’Etat a déboursé des milliards de L.E. pour mettre en œuvre une politique efficace de planning familial. Aujourd’hui, l’Egypte reste en retrait par rapport à des pays comme le Maroc, l’Algérie et la Turquie, qui ont réussi à réduire leurs taux de croissance à 1,4 %. « Il reste encore beaucoup à faire », avoue Magued Osmane, président du Centre d’information au Conseil des ministres, qui a préparé une étude sur la question. Et de souligner que 10,2 millions d’Egyptiens ont moins de 10 ans, 5 millions ont entre 6 et 10 ans et 7,8 millions ont entre 10 et 15 ans. « Ces jeunes seront bientôt en âge de se marier et de procréer », assure Osmane. Ce qui est inquiétant, c’est que l’Etat éprouve de plus en plus de difficultés à fournir les infrastructures et les services nécessaires à une population qui croît sans cesse. Les résultats annoncés récemment par l’Organisme central de la statistique et de la mobilisation font froid dans le dos ... Les Egyptiens sont aujourd’hui au nombre de 76,5 millions. Si le taux de croissance démographique ne change pas, ils seront de 100 millions en 2025 et près de 140 millions en 2050. L’Egypte serait alors l’un des pays les plus peuplés de la planète. Il y a eu en l’espace de 10 ans, 13, 2 millions d’Egyptiens en plus, soit une progression de 37,2 % par rapport à 1996. Le taux de croissance démographique est stable à 2 %.

Ce n’est que dans les années 1980 que le gouvernement a commencé à s’intéresser sérieusement au problème démographique. Un programme de planning familial a été mis en place dans toute l’Egypte. Cette politique a porté ses fruits car le taux de croissance démographique est passé de 2,8 % en 1986 à 2 % en 1996.

 

L’obstacle de la pauvreté

Mais la stabilisation de ce taux à 2 % en 2006 illustre les difficultés auxquelles cette politique est confrontée. « La poussée des courants religieux qui tentent de convaincre les gens que limiter les naissances va contre les principes de la charia est, par exemple, l’un des problèmes que nous affrontons », explique Fardos Al-Bahnassi, féministe et membre d’une ONG qui œuvre pour améliorer le statut de la femme. Elle ajoute que la persistance de la pauvreté est un autre obstacle qu’il faut surmonter car les gens pauvres ont tendance à faire beaucoup d’enfants qui, en travaillant, deviennent en quelque sorte une source de revenus. « Nous avons des exemples dans les régions rurales et les zones sauvages où les parents font travailler leurs enfants dans des petits métiers pour apporter de l’argent. Le planning familial est une idée totalement rejetée par cette catégorie de la population », assure Fardos Al-Bahnassi, rappelant que l’analphabétisme se pose lui aussi comme un obstacle. Selon le dernier recensement, l’Egypte compte 16,8 millions d’analphabètes. Au cours des 10 dernières années, le gouvernement a tenté de donner une nouvelle vigueur à sa politique de planning familial à travers des efforts accrus de sensibilisation. Dix-huit ministères ont été associés à ces efforts, dont les ministères de l’Information et des Waqfs. Les deux grandes instances religieuses, à savoir Al-Azhar et l’Eglise copte, ont été appelées à participer à la campagne de sensibilisation. Parallèlement, l’Etat tente d’accorder un plus grand rôle aux ONG qui travaillent sur le problème démographique et l’amélioration du statut de la femme, qui aident notamment à mettre en place des cliniques itinérantes dans les villages et les zones urbaines, afin de sensibiliser les femmes au concept du planning familial et aux moyens de contraception. Le gouvernement a également introduit dans les programmes scolaires des cycles secondaires des notions sur le planning familial.

Certains démographes proposent même de créer un centre qui aurait pour rôle d’observer l’évolution de la croissance démographique année par année au lieu d’attendre le recensement qui a lieu tous les dix ans. « Cette méthode permettrait de corriger immédiatement certaines décisions ou politiques erronées dans le domaine de la lutte contre la croissance démographique », affirme Hicham Makhlouf. « Toutes ces mesures sont, certes, positives, mais je crois que le développement est la solution si l’on veut faire face au problème démographique. Si l’Etat parvient à mettre en œuvre un véritable plan de développement, le problème démographique sera résolu », conclut pour sa part Fardos Al-Bahnassi .

Sabah Sabet 

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