Planning Familial .
Les chiffres préliminaires du recensement publiés récemment
par l’Organisme central de la statistique et de la
mobilisation révèlent l’échec des politiques successives
pour tenter de juguler la croissance démographique.
Croissance envers et contre tout
«
Stabiliser le taux de croissance à 2 % s’annonçait comme une
tâche difficile, c’est aujourd’hui un acquis », a déclaré
Hicham Makhlouf, du Centre des études démographiques. Mais
cet acquis ne paraît-il pas minime par rapport aux efforts
considérables déployés par l’Etat pour juguler l’explosion
démographique ? Depuis les années 1980, l’Etat a déboursé
des milliards de L.E. pour mettre en œuvre une politique
efficace de planning familial. Aujourd’hui, l’Egypte reste
en retrait par rapport à des pays comme le Maroc, l’Algérie
et la Turquie, qui ont réussi à réduire leurs taux de
croissance à 1,4 %. « Il reste encore beaucoup à faire »,
avoue Magued Osmane, président du Centre d’information au
Conseil des ministres, qui a préparé une étude sur la
question. Et de souligner que 10,2 millions d’Egyptiens ont
moins de 10 ans, 5 millions ont entre 6 et 10 ans et 7,8
millions ont entre 10 et 15 ans. « Ces jeunes seront bientôt
en âge de se marier et de procréer », assure Osmane. Ce qui
est inquiétant, c’est que l’Etat éprouve de plus en plus de
difficultés à fournir les infrastructures et les services
nécessaires à une population qui croît sans cesse. Les
résultats annoncés récemment par l’Organisme central de la
statistique et de la mobilisation font froid dans le dos ...
Les Egyptiens sont aujourd’hui au nombre de 76,5 millions.
Si le taux de croissance démographique ne change pas, ils
seront de 100 millions en 2025 et près de 140 millions en
2050. L’Egypte serait alors l’un des pays les plus peuplés
de la planète. Il y a eu en l’espace de 10 ans, 13, 2
millions d’Egyptiens en plus, soit une progression de 37,2 %
par rapport à 1996. Le taux de croissance démographique est
stable à 2 %.
Ce n’est que dans les années 1980 que le gouvernement a
commencé à s’intéresser sérieusement au problème
démographique. Un programme de planning familial a été mis
en place dans toute l’Egypte. Cette politique a porté ses
fruits car le taux de croissance démographique est passé de
2,8 % en 1986 à 2 % en 1996.
L’obstacle de la pauvreté
Mais la stabilisation de ce taux à 2 % en 2006 illustre les
difficultés auxquelles cette politique est confrontée. « La
poussée des courants religieux qui tentent de convaincre les
gens que limiter les naissances va contre les principes de
la charia est, par exemple, l’un des problèmes que nous
affrontons », explique Fardos Al-Bahnassi, féministe et
membre d’une ONG qui œuvre pour améliorer le statut de la
femme. Elle ajoute que la persistance de la pauvreté est un
autre obstacle qu’il faut surmonter car les gens pauvres ont
tendance à faire beaucoup d’enfants qui, en travaillant,
deviennent en quelque sorte une source de revenus. « Nous
avons des exemples dans les régions rurales et les zones
sauvages où les parents font travailler leurs enfants dans
des petits métiers pour apporter de l’argent. Le planning
familial est une idée totalement rejetée par cette catégorie
de la population », assure Fardos Al-Bahnassi, rappelant que
l’analphabétisme se pose lui aussi comme un obstacle. Selon
le dernier recensement, l’Egypte compte 16,8 millions
d’analphabètes. Au cours des 10 dernières années, le
gouvernement a tenté de donner une nouvelle vigueur à sa
politique de planning familial à travers des efforts accrus
de sensibilisation. Dix-huit ministères ont été associés à
ces efforts, dont les ministères de l’Information et des
Waqfs. Les deux grandes instances religieuses, à savoir
Al-Azhar et l’Eglise copte, ont été appelées à participer à
la campagne de sensibilisation. Parallèlement, l’Etat tente
d’accorder un plus grand rôle aux ONG qui travaillent sur le
problème démographique et l’amélioration du statut de la
femme, qui aident notamment à mettre en place des cliniques
itinérantes dans les villages et les zones urbaines, afin de
sensibiliser les femmes au concept du planning familial et
aux moyens de contraception. Le gouvernement a également
introduit dans les programmes scolaires des cycles
secondaires des notions sur le planning familial.
Certains démographes proposent même de créer un centre qui
aurait pour rôle d’observer l’évolution de la croissance
démographique année par année au lieu d’attendre le
recensement qui a lieu tous les dix ans. « Cette méthode
permettrait de corriger immédiatement certaines décisions ou
politiques erronées dans le domaine de la lutte contre la
croissance démographique », affirme Hicham Makhlouf. «
Toutes ces mesures sont, certes, positives, mais je crois
que le développement est la solution si l’on veut faire face
au problème démographique. Si l’Etat parvient à mettre en
œuvre un véritable plan de développement, le problème
démographique sera résolu », conclut pour sa part Fardos
Al-Bahnassi .
Sabah
Sabet