Culture .
Le président de l’Institut du Monde arabe (IMA) à
Paris, Dominique Baudis, évalue
sa récente visite au Caire et sa rencontre avec le président
Moubarak.
« Nous préparons une exposition sur l’Expédition d’Egypte »
Propos recueillis par
Aïcha
Abdel-Ghaffar
Al-Ahram
Hebdo : Quel est le bilan de votre visite en Egypte, où vous
avez rencontré le président Moubarak ?
Dominique Baudis : J’ai voulu que mon premier voyage en
qualité de président de l’Institut du monde arabe soit pour
l’Egypte. C’est évidemment le pays le plus important dans le
monde arabe. C’est la clé de voûte du monde arabe. Je
voulais rencontrer les autorités égyptiennes et les
responsables de la Ligue arabe. J’ai été reçu par le
président Moubarak et par Amr Moussa, secrétaire de la Ligue
arabe. J’ai rencontré plusieurs ministres égyptiens en
particulier les ministres de la Culture, du Tourisme et de
l’Enseignement supérieur. La conclusion que j’en tire est
que l’Institut du monde arabe est un instrument important
aux yeux du président Moubarak et du secrétaire général de
la Ligue arabe. Ils souhaitent que l’on resserre les liens,
et que l’Institut soit davantage présent dans le monde
arabe. Je crois que dans la phase actuelle, il est peut-être
plus important encore. Il y a une nouvelle phase politique
qui va s’ouvrir en France. Le président Chirac arrive au
terme de son mandat, et ne se représente pas. C’est
important dans cette nouvelle phase politique que l’Egypte
et le monde arabe utilisent l’IMA qui constitue un point
d’ancrage principal dans les relations entre le monde arabe
et la France.
Le président Moubarak est d’ailleurs venu à plusieurs
reprises. Il a inauguré des expositions avec le président
Chirac. Il connaît bien l’importance de cette maison. C’est
la raison pour laquelle il m’a reçu trois jours après notre
arrivée. S’il m’a reçu aussi vite, c’est à mes yeux la
preuve de l’importance qu’il
attache à l’IMA.
— Le président Moubarak a effectué une visite à Paris où il
a rencontré le président Chirac et les principaux candidats
à la présidence. Comment évaluez-vous la portée de cette
visite ?
— Le président Moubarak m’avait dit pendant notre rencontre
qu’il souhaitait aller saluer Chirac à Paris avant le terme
de son mandat. C’est une démarche inspirée à la fois par
l’amitié, la fidélité personnelle des relations entre les
deux hommes et entre les deux pays. Je trouve très important
et très utile pour l’avenir qu’il rencontre les principaux
candidats. C’est un voyage qui exprime le souci de Moubarak
d’entendre les analyses des principaux candidats. Je suppose
aussi de leur faire savoir l’importance que l’Egypte attache
à la relation avec la France, de leur dire quelle est sa
vision de la situation au Proche-Orient parce que la
politique étrangère et les questions du Proche-Orient ne
sont pas suffisamment présentes dans la campagne électorale
en France. C’est tellement positif que Moubarak prenne cette
démarche qui met les candidats devant ces réalités
essentielles.
— Avez-vous l’intention de promouvoir le dialogue
euro-méditerranéen au sein de l’IMA ?
— Il y a beaucoup d’initiatives dans ce domaine. Il y aura à
Alexandrie avant la fin de l’année une réunion qui fera
suite aux ateliers culturels tenus à Paris et à Séville.
J’ai rencontré les experts de la Fondation Anna Lindt à la
Bibliothèque d’Alexandrie qui travaillent sur ce sujet. Il y
a une multitude d’initiatives, un foisonnement de projets.
Si vraiment il y a un lien qui se prête à ce dialogue de
culture, c’est bien l’IMA qui est encore une fois la maison
du monde arabe en France et en Europe.
— L’IMA prépare une exposition sur l’Expédition d’Egypte.
Pourquoi ?
— Cette exposition aura lieu sur les bienfaits et les
méfaits de l’Expédition française en Egypte. Le bicentenaire
de l’expédition s’était mal passé car il a été conçu d’une
manière unilatérale, c’est la France qui a imaginé des
manifestations pour commémorer cet événement. Ce n’est pas
la même démarche. On va éclairer le regard égyptien et le
regard français. Comment les Egyptiens et les Français l’ont
vécue. Ce que nous avons échangé. J’en ai parlé au président
Moubarak et au ministre de la Culture, Farouk Hosni. Le
président Chirac lui avait écrit une lettre que je lui ai
remise, dans laquelle il parle de cette exposition. J’en ai
parlé d’ailleurs avec les ministres du Tourisme et de
l’Enseignement supérieur. Mes interlocuteurs ont tous
apprécié le fait que la préparation de l’exposition sera
bilatérale avec un comité scientifique qui sera composé de
moitié d’Egyptiens et de moitié de Français, de façon à ce
que les deux points de vue puissent s’exprimer. Forcément,
les Egyptiens et les Français n’ont pas la même perception
de l’Expédition et de la publication de l’ouvrage La
Description de l’Egypte. Ce qui est intéressant est de
comparer les deux visions. C’est la mission de l’IMA de
respecter la diversité des points de vue. C’est la vocation
de l’Institut et ça sera le bicentenaire de la publication
de La Description de l’Egypte.