Diplomatie.
Le président Moubarak a effectué cette semaine une visite de
trois jours à Paris. Le chef de l’Etat a rencontré son
homologue français, Jaques Chirac, mais aussi le candidat
aux présidentielles, Nicolas Sarkozy (UMP).
Ce n’est qu’un au revoir ...
Paris,
De notre envoyé spécial —
Moubarak
a voulu que sa visite à Paris soit avant tout une visite de
courtoisie rendue au président Jacques Chirac avec qui il
entretient des relations d’amitié depuis plus de 30 ans. La
visite du chef de l’Etat est intervenue à quelques jours du
premier tour des élections présidentielles françaises prévu
le 22 avril, et à un mois de l’expiration du mandat du
président Chirac. Et Moubarak a tenu à rendre hommage à
Chirac. « Je ne dis pas au revoir à un ami. Je suis
certain qu’il viendra nous rendre visite en Egypte », a-t-il
déclaré à l’Elysée. Même génération, même vision politique,
les deux dirigeants n’ont jamais divergé sur les questions
essentielles du Proche-Orient, notamment le conflit
israélo-arabe. D’ailleurs, Moubarak et Chirac ont évoqué la
situation au Moyen-Orient, la crise libanaise, le conflit
soudanais et le dossier iranien. Visite de courtoisie mais
aussi de travail. Le président Moubarak a en effet rencontré
mardi le prétendant à la succession de Jacques Chirac,
Nicolas Sarkozy, pour parler de l’avenir de la politique
arabe de la France. Le chef de l’Etat a estimé que les
relations entre la France et l’Egypte à l’avenir ne
changeront pas, malgré le départ de l’Elysée de Jacques
Chirac. « Sous le président Mitterrand et sous le président
Chirac, les relations sont allées en s’améliorant entre nos
deux pays », a affirmé le président Moubarak à l’issue d’un
déjeuner de travail avec le président français. Et d’ajouter
: « Je pense qu’il sera très difficile que la politique
française change au Proche et au Moyen-Orient ». En fait,
certains analystes estiment qu’avec le départ de Chirac,
c’est la fin d’une époque et il y aura une préoccupation
pour l’avenir concernant la politique proche-orientale de la
France. Pour eux, les principaux candidats semblent peu
familiers avec les questions régionales, et ils ne veulent
pas prendre de risques. Les observateurs parieraient plutôt
sur Sarkozy vainqueur. Ils le présentent comme plus
pro-américain et pro-israélien que Jacques Chirac. Ce qui va
compliquer le travail entre l’Egypte et la France concernant
les problèmes de la région, notamment la question
palestinienne.
« Le Caire a voulu par cette visite, bien qu’elle semble de
courtoisie, transmettre un message au successeur de Chirac.
Rappeler les principes fondamentaux de la politique
égyptienne dans la région à son allié français. Des
principes qui ne doivent pas changer », explique une source
diplomatique égyptienne qui a requis l’anonymat. D’où donc
la rencontre entre Moubarak et Sarkozy. Dans le même
contexte, le chef de l’Etat avait également rencontré la
candidate présidentielle socialiste Ségolène Royale en
décembre dernier à Paris. « Les deux principaux candidats à
la présidence sont loin de la politique régionale. Il était
important d’expliquer la vision de l’Egypte au futur chef de
l’Etat français », estime la source anonyme. Nicolas Sarkozy
s’est montré réceptif. « J’ai beaucoup d’admiration pour le
président Moubarak. C’est un homme de grande expérience. Si
je suis élu, je maintiendrai la position actuelle de la
France envers le monde arabe. Je suis pour la création d’un
Etat palestinien indépendant et la sécurité d’Israël », a
déclaré le candidat UMP.
Moubarak, lui, a rappelé à l’Elysée qu’il ne sera pas
possible de normaliser les relations avec Israël avant que
la paix ne soit instaurée entre ce pays et les pays arabes.
Concernant la question des réfugiés en particulier, il a
estimé « que l’on peut parvenir à une solution à travers les
négociations, mais il n’est pas possible de normaliser, et
ensuite d’entamer des pourparlers ». (...) Car si les
peuples de la région voient qu’il y a une normalisation
alors qu’il y a encore des territoires qui sont occupés, là
nous aurons vraiment de très graves problèmes ». De son
côté, le porte-parole de l’Elysée Jérôme Bonnafont, a
déclaré que Jacques Chirac avait confirmé que la France
appuyait le président de l’Autorité palestinienne et
souhaitait qu’une solution soit très rapidement trouvée à la
question de l’aide aux populations.
Outre la question palestinienne, Moubarak et Chirac ont
évoqué la situation au Liban. Le premier ministre libanais
Fouad Siniora a écrit au secrétaire général des
Nations-Unies, Ban Ki-moon, pour approuver la création d’un
tribunal international chargé de juger les meurtriers
présumés de l’ancien chef du gouvernement Rafiq Hariri. Le
président français a jugé nécessaire maintenant que l’Onu
réagisse à la lettre du premier ministre Siniora. Il a
souligné le caractère capital de l’établissement du tribunal
à caractère international, pour des raisons de justice et
pour des raisons de dissuasion, et exprimé le souhait que la
situation puisse évoluer rapidement sur ce point. Pour sa
part, le président Moubarak a affirmé que l’Egypte fournit
des efforts pour résoudre le problème libanais. Enfin, sur
le plan économique et commercial, la visite du président
Moubarak s’est traduite par la mise en œuvre d’un contrat de
fourniture de gaz liquéfié signé par Gaz de France. Avec ce
contrat, l’Egypte assure environ 10 % des besoins français
en gaz, se taillant ainsi une place essentielle dans la
couverture des besoins énergétiques français. La France est
le troisième partenaire commercial de l’Egypte, et les
récents investissements d’entreprises françaises dans les
secteurs bancaire et gazier, ainsi que dans l’industrie
pneumatique et du ciment confirment la confiance des
entreprises françaises dans l’économie égyptienne. Le volume
des investissements directs doit atteindre à la fin de cette
année 8 milliards de dollars sans compter les
investissements dans l’industrie pétrolière qui sont de
l’ordre de 6,5 milliards de dollars. La France est devenue
le deuxième investisseur étranger en Egypte, après les
Etats-Unis, avec environ plus de 90 entreprises.
Chérif Ahmed