Al-Ahram Hebdo, Economie | L’entente encore impossible
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 18 à 24 avril 2007, numéro 658

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Economie

Gaz naturel . Créer un cartel d’exportateurs sur le modèle de l’Opep : l’idée a été émise, lors du sixième Forum des pays exportateurs de gaz qui vient de se tenir à Doha (Qatar). Sans susciter, loin s’en faut, l’unanimité.  

L’entente encore impossible 

Le 6e Forum des Pays Exportateurs de Gaz (FPEG), tenu à Doha (Qatar) les 9 et 10 avril, s’est achevé avec plus de questions que de réponses. Les ministres de l’Energie présents se sont laissés aller à parler d’un marché libre de gaz naturel et d’un cartel d’exportateurs. Et, bien que leurs opinions divergent, chacun selon les intérêts de son pays, ils se sont mis d’accord sur la mise en place d’un comité technique pour étudier le marché gazier et l’éventualité de la formation d’un groupe de travail pour la création d’une organisation préservant leurs intérêts. Il s’agit là d’étudier s’il faudrait s’inspirer du modèle du pétrole, échangé dans un marché libre, où le prix oscille selon l’offre et la demande.

Pour comprendre l’enjeu, il faut savoir que si le monde va connaître une pénurie d’or noir d’ici 25 ans, les réserves mondiales de gaz, elles, représentent environ 60 années de production (au rythme actuel de consommation). Les 2/3 de ces réserves sont essentiellement concentrées en Russie (27 %) et au Moyen-Orient (Iran 15 % et Qatar 14 %). En l’état actuel de choses, le gaz est exporté d’après des contrats passés entre deux pays, précisant le prix auquel il sera exporté, pendant une longue durée, allant de 15 à 25 ans. Par ailleurs, aucune coordination n’existe entre les pays producteurs. De plus, puisque les prix se négocient bilatéralement entre acheteur et producteur, l’acheteur peut dicter son prix au producteur, en fonction des conditions géopolitiques propres à chaque pays. D’où la proposition d’un cartel de gaz, selon lequel les pays producteurs pourront partager leurs informations en termes de contrats, afin d’obtenir les mêmes conditions pour tous. Et si les prix étaient harmonisés, les producteurs se trouveraient en position de force dans leurs négociations avec les acheteurs et pourraient atteindre l’équivalent du prix du pétrole, d’autant plus que le gaz a l’avantage d’être une énergie propre capable de supplanter les autres énergies fossiles. Bref, un tel cartel serait une organisation économique permettant de faire contrepoids aux consommateurs majeurs, à savoir, Etats-Unis et Union européenne. Là, le modèle de l’Opep (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) inspire. Il s’agit d’un regroupement qui rassemble les onze plus grands pays exportateurs de brut. Et puisque le marché est complètement libre, la seule carte dans les mains du cartel est de coordonner ses plans de production, d’après les prévisions de la demande. Ainsi, lors d’une période de forte demande, l’Opep, détenant 40 % du marché, annonce qu’elle augmentera sa production. Par contre, elle décide de la baisser si elle craint une inondation de brut sur le marché, afin de ne pas faire plonger les prix. L’idée d’appliquer ce système au gaz et qui semble être dans l’intérêt des producteurs, ne fait cependant pas l’unanimité.

 

Dimension politique

D’une part, l’Iran et la Russie soutiennent fortement la création d’un cartel. A l’instar de l’Arabie saoudite au sein de l’Opep, « la Russie, la plus grande réserve mondiale de gaz, serait dans une position de force, et donc pourrait profiter le plus d’une telle organisation. L’Iran, quant à lui, trouve que vendre son gaz dans un marché libre va multiplier ses revenus », explique un expert pétrolier égyptien qui a requis l’anonymat. Et de rappeler que la dimension politique est présente derrière ces positions. « Dans un contexte où l’Iran est ouvertement opposé aux Etats-Unis et à l’Occident tout entier, un marché mondial libre de ce bien stratégique, offrirait plus de cartes à ce pays », a-t-il souligné. En effet, des études montrent que, d’ici dix ans, les revenus du pétrole en Iran vont diminuer de façon spectaculaire. Cette économie lourdement dépendante de revenus pétroliers devra donc œuvrer à l’augmentation de sa part dans le marché mondial du gaz. De l’autre côté, le Qatar s’est ouvertement opposé à l’idée du cartel. Le groupe de recherches économiques Oxford Business Group, établi à Londres, estime que ce petit pays du Golfe arabe, qui abrite deux bases militaires américaines, évitera ainsi tout affrontement avec Washington qui veut s’opposer « à toute tentative de Moscou de renforcer son influence géopolitique par le biais des ressources naturelles ».

Un autre opposant, est l’Egypte, également grand allié des Etats-Unis. Ses réserves de gaz naturel ne représentent que des miettes par rapport aux autres pays, soit 70 000 milliards de pieds3 alors que celles de la Russie atteignent 1 700 000 milliards de pieds3, l’Iran 850 000 milliards de pieds3, Qatar 900 000 milliards de pieds3 et l’Arabie saoudite 250 000 milliards de pieds3.

L’Egypte a déjà signé trois contrats s’étendant sur une vingtaine d’années. Son ministre du Pétrole, Sameh Fahmi, a déclaré que « le monde n’est pas encore préparé à avoir une Opep du gaz ». Fahmi a pourtant laissé la porte ouverte à l’avenir, en ajoutant que « ce n’est pas une bonne idée maintenant ». Avis partagé par Ibrahim Al-Essawi, expert pétrolier qui estime que « les caractéristiques du marché du gaz rendent un cartel fonctionnant sur le modèle de l’Opep difficile à concevoir. Car il est actuellement impossible de modifier brusquement les prix ». Il explique qu’en principe, les prix sont actuellement établis en fonction de l’évolution du prix du pétrole, mais en pratique, les prix deviennent fixes dès que les exportations de gaz sont menées par le biais des contrats confidentiels. « Les prix du gaz sont donc plus difficiles à modifier et dépendent du genre de gaz, des coûts d’extension des gazoducs, ainsi que des coûts du processus de liquéfaction, très élevés », renchérit Al-Essawi. Cet avis est d’ailleurs partagé par Claude Mandil, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie, représentant les intérêts des pays importateurs. Mandil avance qu’il « ne voit pas comment il serait possible de transposer au marché du gaz le mécanisme mis en place par l’Opep pour le pétrole ». Dans ce camp, il y a l’Union européenne, un regroupement très dépendant de l’importation de gaz naturel avec une consommation de 17 % du marché mondial, dont elle importe plus de la moitié, laquelle progresse de 3 % par an. Ses principaux fournisseurs sont la Russie, l’Algérie et la Norvège, puis le Nigeria, le Qatar et l’Egypte. Ce gros consommateur affiche donc ses inquiétudes, estimant que les principaux fournisseurs mondiaux pourraient s’entendre sur la création de ce cartel qui, selon elle, dicterait les prix au point de provoquer des crises.

Le sixième Forum des pays exportateurs de gaz s’est donc achevé sur un débat lancé que rien ne pourra stopper. L’Opep a pu gagner en force grâce à la guerre de 1973, opposant l’Egypte à Israël. A l’époque, les pays arabes avaient décidé de geler leurs exportations aux pays soutenant Israël, avec en tête les Etats-Unis, ce qui a fait flamber les prix mais aussi souligné l’importance d’une coordination efficace entre les producteurs. Un cartel autour d’un bien aussi stratégique n’est pas simplement créé pour des raisons logiques, il faut aussi que les circonstances politiques soient favorables pour pouvoir s’imposer.

Ibtessam Zayed
Salma Hussein

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.