Banque mondiale .
Un scandale de corruption dont la vedette est le président
coûte à cette institution financière internationale sa
crédibilité.
Là où le bât blesse
Eradiquer
la corruption. Telle est la mission qu’a choisie Paul
Wolfowitz pour son mandat, quand il a été nommé à la tête de
la Banque Mondiale (BM) en 2005. Or, deux ans après, il
s’est avéré qu’il œuvrait pour une mission opposée :
injecter la corruption au sein de cette institution
internationale. Un coup dur à la crédibilité de la banque.
Selon Eric Gutierrez, coordinateur de la politique
internationale à ActionAid, « il est absolument hypocrite de
la part de la Banque mondiale de s’élever contre la
corruption dans les pays pauvres, alors que son président
est enlisé dans un scandale de corruption ».
Tout a commencé quand l’ancien numéro deux du Pentagon a été
nommé par Georges Bush à ce poste, bien que son expérience
soit limitée aux stratégies militaires. Ce qui a fait surgir
dans le temps des critiques de la part du personnel de la
banque. Depuis deux ans, l’architecte de la guerre contre
l’Iraq n’a pas réussi à changer la mauvaise conception
qu’ont de lui ses collègues. D’après une enquête menée par
Alain Faujas, parue dans Le Monde, on l’accuse de s’être
entouré d’une garde rapprochée de personnalités qui sont
intellectuellement proches de lui, et qui sont venues de la
Maison Blanche ou du Pentagone. Celles-ci ont également
profité de contrats flous. Il y a par exemple, Robin
Cleveland, simple conseillère du président mais véritable
numéro deux de la banque, baptisée « la dragonne ». En
revanche, en deux ans au moins sept vice-présidents ont dû
quitter l’institution, comptabilise un cadre haut placé. Et
d’ajouter : « Avec une brutalité inouïe, (les amis de
Wolfowitz) ont chassé du département du Moyen-Orient son
vice-président, le Néerlandais Christiaan Poortman, un homme
intègre, pas un rebelle ». L’homme a été évincé pour avoir
dit qu’il n’était pas favorable à la réouverture du bureau
de Bagdad.
On critique également la volonté de Wolfwitz d’axer trop
exclusivement la politique de la Banque mondiale sur
l’Afrique, et ironiquement, sur la lutte anticorruption.
Plus grave, c’est qu’il affiche des slogans qu’il ne met pas
en application, comme raconte l’un des fonctionnaires de la
banque au quotidien Le Monde : « Certains d’entre nous lui
ont proposé de réaffecter des crédits, notamment de l’Europe
centrale vers l’Afrique qui en a bien plus besoin. Pas de
réponse ». Et d’ajouter qu’il adopte une politique de double
mesures : « Il ferme les yeux en Indonésie ou en Iraq, mais
coupe les crédits au Bangladesh ou menace de le faire au
Burundi, parce que les privatisations ne sont pas assez
rapides à son goût. Il promet 1,4 milliard de dollars à la
République démocratique du Congo, mais veut stopper
l’annulation de la dette du Congo-Brazzaville. Et il est
obligé de mettre un bémol au Tchad parce que le département
d’Etat américain lui demande de ne pas bloquer les
pétrodollars du président Déby qui a besoin d’armes pour
contenir les attaques venues du Soudan ».
Une institution en crise
Ainsi, la récente accusation de népotisme adressée au
président vient-elle verser de l’huile sur un feu déjà
intense. L’affaire a été dévoilée à la presse américaine par
deux fonctionnaires de la BM. En 2005, à son arrivée, il a
demandé à ce que sa compagne, qui travaille au département
Moyen-Orient de la banque, soit déplacée pour éviter tout
conflit d’intérêts. Le principe était bon. Mais la mise en
œuvre, non. Car l’ex-responsable de la communication de la
Banque mondiale pour le Moyen-Orient, Mme Chaha Riza, avait
été détachée de cette institution en septembre 2005 pour
rejoindre le département d’Etat. Selon des documents
internes de la Banque mondiale, Mme Riza aurait reçu,
d’après les ordres directs de Wolfowitz, plus de 60 000
dollars d’augmentation de salaire portant ses émoluments à
quelque 200 000 dollars par an, soit plus que la secrétaire
d’Etat, Condoleezza Rice, elle-même.
La
crédibilité de
l’institution
est
donc fort
menacée.
Toutefois, la crise semble être plus grave, si l’on note le
ton critique qui a haussé depuis le début des années 1990
contre les deux institutions sœurs, à savoir la Banque
Mondiale et le FMI. Il s’agit des accusations selon
lesquelles elles forcent les pays pauvres à adopter
certaines politiques économiques pour qu’ils puissent en
obtenir un financement indispensable à leur développement.
La BM, pour sa part, est accusée de ralentir le plan
d’annulation des dettes aux pays pauvres les plus endettés.
De plus, 10 ans de privatisation et de rétrécissement des
dépenses publiques ont propagé corruption et disparités
sociales graves parmi la plupart des pays en développement.
La conditionnalité des dettes, toujours imposée par la
banque, a été également critiquée par Joseph Stiglitz,
ancien vice-président de la banque, qui avait démissionné en
2000 de son poste en signe d’objection contre ces
politiques.
Salma
Hussein