Al-Ahram Hebdo, Economie | Là où le bât blesse
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 18 à 24 avril 2007, numéro 658

 

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Economie

Banque mondiale . Un scandale de corruption dont la vedette est le président coûte à cette institution financière internationale sa crédibilité. 

Là où le bât blesse 

Eradiquer la corruption. Telle est la mission qu’a choisie Paul Wolfowitz pour son mandat, quand il a été nommé à la tête de la Banque Mondiale (BM) en 2005. Or, deux ans après, il s’est avéré qu’il œuvrait pour une mission opposée : injecter la corruption au sein de cette institution internationale. Un coup dur à la crédibilité de la banque. Selon Eric Gutierrez, coordinateur de la politique internationale à ActionAid, « il est absolument hypocrite de la part de la Banque mondiale de s’élever contre la corruption dans les pays pauvres, alors que son président est enlisé dans un scandale de corruption ».

Tout a commencé quand l’ancien numéro deux du Pentagon a été nommé par Georges Bush à ce poste, bien que son expérience soit limitée aux stratégies militaires. Ce qui a fait surgir dans le temps des critiques de la part du personnel de la banque. Depuis deux ans, l’architecte de la guerre contre l’Iraq n’a pas réussi à changer la mauvaise conception qu’ont de lui ses collègues. D’après une enquête menée par Alain Faujas, parue dans Le Monde, on l’accuse de s’être entouré d’une garde rapprochée de personnalités qui sont intellectuellement proches de lui, et qui sont venues de la Maison Blanche ou du Pentagone. Celles-ci ont également profité de contrats flous. Il y a par exemple, Robin Cleveland, simple conseillère du président mais véritable numéro deux de la banque, baptisée « la dragonne ». En revanche, en deux ans au moins sept vice-présidents ont dû quitter l’institution, comptabilise un cadre haut placé. Et d’ajouter : « Avec une brutalité inouïe, (les amis de Wolfowitz) ont chassé du département du Moyen-Orient son vice-président, le Néerlandais Christiaan Poortman, un homme intègre, pas un rebelle ». L’homme a été évincé pour avoir dit qu’il n’était pas favorable à la réouverture du bureau de Bagdad.

On critique également la volonté de Wolfwitz d’axer trop exclusivement la politique de la Banque mondiale sur l’Afrique, et ironiquement, sur la lutte anticorruption. Plus grave, c’est qu’il affiche des slogans qu’il ne met pas en application, comme raconte l’un des fonctionnaires de la banque au quotidien Le Monde : « Certains d’entre nous lui ont proposé de réaffecter des crédits, notamment de l’Europe centrale vers l’Afrique qui en a bien plus besoin. Pas de réponse ». Et d’ajouter qu’il adopte une politique de double mesures : « Il ferme les yeux en Indonésie ou en Iraq, mais coupe les crédits au Bangladesh ou menace de le faire au Burundi, parce que les privatisations ne sont pas assez rapides à son goût. Il promet 1,4 milliard de dollars à la République démocratique du Congo, mais veut stopper l’annulation de la dette du Congo-Brazzaville. Et il est obligé de mettre un bémol au Tchad parce que le département d’Etat américain lui demande de ne pas bloquer les pétrodollars du président Déby qui a besoin d’armes pour contenir les attaques venues du Soudan ».

 

Une institution en crise

Ainsi, la récente accusation de népotisme adressée au président vient-elle verser de l’huile sur un feu déjà intense. L’affaire a été dévoilée à la presse américaine par deux fonctionnaires de la BM. En 2005, à son arrivée, il a demandé à ce que sa compagne, qui travaille au département Moyen-Orient de la banque, soit déplacée pour éviter tout conflit d’intérêts. Le principe était bon. Mais la mise en œuvre, non. Car l’ex-responsable de la communication de la Banque mondiale pour le Moyen-Orient, Mme Chaha Riza, avait été détachée de cette institution en septembre 2005 pour rejoindre le département d’Etat. Selon des documents internes de la Banque mondiale, Mme Riza aurait reçu, d’après les ordres directs de Wolfowitz, plus de 60 000 dollars d’augmentation de salaire portant ses émoluments à quelque 200 000 dollars par an, soit plus que la secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, elle-même. La crédibilité de l’institution est donc fort menacée.

Toutefois, la crise semble être plus grave, si l’on note le ton critique qui a haussé depuis le début des années 1990 contre les deux institutions sœurs, à savoir la Banque Mondiale et le FMI. Il s’agit des accusations selon lesquelles elles forcent les pays pauvres à adopter certaines politiques économiques pour qu’ils puissent en obtenir un financement indispensable à leur développement. La BM, pour sa part, est accusée de ralentir le plan d’annulation des dettes aux pays pauvres les plus endettés. De plus, 10 ans de privatisation et de rétrécissement des dépenses publiques ont propagé corruption et disparités sociales graves parmi la plupart des pays en développement. La conditionnalité des dettes, toujours imposée par la banque, a été également critiquée par Joseph Stiglitz, ancien vice-président de la banque, qui avait démissionné en 2000 de son poste en signe d’objection contre ces politiques.

Salma Hussein

 

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