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 Semaine du 18 à 24 avril 2007, numéro 658

 

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Corée du Nord . Le régime communiste a laissé passer l’échéance de deux mois fixés par l’accord du 13 février dernier pour fermer son complexe nucléaire de Yongbyon. Pyongyang dénonçant un retard du déblocage de ses fonds à la banque de Macao.

Coercition contre mauvaise foi

Après l’exemple de l’Iran, la communauté internationale, notamment Washington, se voit défiée par un nouveau pays au sujet du nucléaire. La Corée du Nord a déjà laissé expirer un premier délai qui lui était imparti pour entamer le démantèlement de son programme nucléaire, en fermant le principal complexe nucléaire, celui de Yongbyon (nord). Selon un accord multilatéral signé le 13 février à Pékin par les deux Corées, les Etats-Unis, la Chine, le Japon et la Russie, le régime stalinien avait deux mois pour cette fermeture comme premier pas sur la voie du démantèlement de l’ensemble de ses installations nucléaires. En contrepartie, les fonds nord-coréens gelés à Macao (île en Chine) doivent être débloqués, une aide énergétique accordée et des discussions sur une normalisation des relations avec les Etats-Unis entamées. La semaine dernière, le régime communiste a justifié son désengagement par celui de la banque de Macao qui n’a pas débloqué les fonds gelés suite à des accusations américaines de blanchiment en septembre 2005. « Nous commencerons à démanteler notre programme nucléaire dans les 24 heures suivant le dénouement de la crise sur les 25 millions de dollars bloqués depuis 2005 dans Banco Delta Asia (BDA) de Macao », a indiqué une source officielle nord-coréenne.

S’élevant contre le désengagement du régime communiste, la Corée du Sud a affirmé qu’elle pourrait envisager de suspendre l’acheminement d’une aide vitale pour sa voisine du Nord après le non respect du délai qui lui était imparti pour entamer le démantèlement de son programme nucléaire. Séoul pourrait geler son aide alimentaire, qui devait s’élever à 400 000 tonnes de riz cette année, mais également annuler le contrat d’achat de 50 000 tonnes de fioul qui doivent être livrées à Pyongyang dans le cadre de l’accord du 13 février.

Se rangeant aux côtés de Pyongyang, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Lossioukov, a affirmé en début de semaine que ce sont les Etats-Unis qui freinent le règlement de la question nucléaire en Corée du Nord, en empêchant la libération des fonds qu’elle réclame. M. Lossioukov s’est aussi dit opposé à la fixation de délai à la Corée du Nord : « Il ne faut pas parler d’échéances mais plutôt du fait que ces accords doivent être respectés ».

Dans une tentative de se défendre, plusieurs responsables américains ont affirmé, cette semaine, que Washington a déjà donné son feu vert au déblocage de ces fonds, mais le transfert effectif achoppe à cause des « détails techniques ». Le département d’Etat avait estimé en début de semaine qu’il suffisait d’assurer au régime stalinien que ses fonds seraient débloqués pour qu’il entame le démantèlement de ses installations nucléaires. Pourtant, Pyongyang n’a pas pris les promesses américaines comme un fait accompli. « Nous n’avons aucune raison de faire confiance aux Etats-Unis et nous nous en tenons au principe du donnant, donnant », explique Kim Son-Gyong, directeur adjoint du département Europe au ministère des Affaires étrangères nord-coréen.

Haussant le ton contre Pyongyang, l’ex-secrétaire adjoint américain, Richard Armitage, a semé le doute dans les bonnes intentions de la Corée du Nord, affirmant que cette dernière ne cherche qu’à soutirer une aide économique à la communauté internationale, sans abandonner effectivement le nucléaire. A la veille de l’expiration de l’ultimatum, le responsable américain a même présagé : « La Corée du Nord ne va pas respecter la date de demain. Elle va traîner les pieds car elle n’a pas encore récupéré l’argent de Macao ». Auparavant, le département d’Etat américain avait, lui aussi, fait savoir qu’il exigeait le retour des inspecteurs de l’AIEA, que la Corée du Nord a expulsés en 2002. Cette mesure fait partie des engagements du Nord dans l’accord du 13 février. Selon Mohamad Fayez Farahat, expert du dossier nord-coréen, les propos agressifs des leaders américains ne signifient pas que Washington va adopter une attitude dure vis-à-vis de Pyongyang, car il ne peut se permettre de gâcher la chance offerte par le régime communiste de démanteler son programme nucléaire de ses propres mains. « Les Etats-Unis n’ont pas le choix s’ils veulent que cet accord ne reste pas lettre morte. Je pense que très prochainement, les fonds nord-coréens seront débloqués, mais Washington veut seulement s’assurer que ces fonds ne seront dépensés ni sur le militaire ni sur le nucléaire mais plutôt sur l’amélioration du niveau de vie des Nord-Coréens », estime M. Farahat.

En effet, depuis le début de l’année, Washington a complètement changé de politique vis-à-vis de Pyongyang. Après avoir tant refusé des pourparlers bilatéraux avec la Corée du Nord, les Américains ont pris l’initiative d’un dialogue direct le 13 février. Ce revirement américain s’explique par « la prise de conscience de George Bush qu’il s’est lourdement trompé avec sa politique coercitive. Bien qu’il ait placé notre pays sur l’axe du mal, nous avons relevé le défi et procédé à un essai nucléaire qui lui a démontré que sa politique a eu un effet inverse. Sans notre force militaire, nous aurions risqué le sort de l’Iraq », explique M. Kim.

Maha Al-Cherbini

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