Corée du Nord .
Le régime communiste a laissé passer l’échéance de deux mois
fixés par l’accord du 13 février dernier pour fermer son
complexe nucléaire de Yongbyon. Pyongyang dénonçant un
retard du déblocage de ses fonds à la banque de Macao.
Coercition contre mauvaise foi
Après l’exemple de l’Iran, la communauté internationale,
notamment Washington, se voit défiée par un nouveau pays au
sujet du nucléaire. La Corée du Nord a déjà laissé expirer
un premier délai qui lui était imparti pour entamer le
démantèlement de son programme nucléaire, en fermant le
principal complexe nucléaire, celui de Yongbyon (nord).
Selon un accord multilatéral signé le 13 février à Pékin par
les deux Corées, les Etats-Unis, la Chine, le Japon et la
Russie, le régime stalinien avait deux mois pour cette
fermeture comme premier pas sur la voie du démantèlement de
l’ensemble de ses installations nucléaires. En contrepartie,
les fonds nord-coréens gelés à Macao (île en Chine) doivent
être débloqués, une aide énergétique accordée et des
discussions sur une normalisation des relations avec les
Etats-Unis entamées. La semaine dernière, le régime
communiste a justifié son désengagement par celui de la
banque de Macao qui n’a pas débloqué les fonds gelés suite à
des accusations américaines de blanchiment en septembre
2005. « Nous commencerons à démanteler notre programme
nucléaire dans les 24 heures suivant le dénouement de la
crise sur les 25 millions de dollars bloqués depuis 2005
dans Banco Delta Asia (BDA) de Macao », a indiqué une source
officielle nord-coréenne.
S’élevant contre le désengagement du régime communiste, la
Corée du Sud a affirmé qu’elle pourrait envisager de
suspendre l’acheminement d’une aide vitale pour sa voisine
du Nord après le non respect du délai qui lui était imparti
pour entamer le démantèlement de son programme nucléaire.
Séoul pourrait geler son aide alimentaire, qui devait
s’élever à 400 000 tonnes de riz cette année, mais également
annuler le contrat d’achat de 50 000 tonnes de fioul qui
doivent être livrées à Pyongyang dans le cadre de l’accord
du 13 février.
Se rangeant aux côtés de Pyongyang, le vice-ministre russe
des Affaires étrangères, Alexandre Lossioukov, a affirmé en
début de semaine que ce sont les Etats-Unis qui freinent le
règlement de la question nucléaire en Corée du Nord, en
empêchant la libération des fonds qu’elle réclame. M.
Lossioukov s’est aussi dit opposé à la fixation de délai à
la Corée du Nord : « Il ne faut pas parler d’échéances mais
plutôt du fait que ces accords doivent être respectés ».
Dans une tentative de se défendre, plusieurs responsables
américains ont affirmé, cette semaine, que Washington a déjà
donné son feu vert au déblocage de ces fonds, mais le
transfert effectif achoppe à cause des « détails techniques
». Le département d’Etat avait estimé en début de semaine
qu’il suffisait d’assurer au régime stalinien que ses fonds
seraient débloqués pour qu’il entame le démantèlement de ses
installations nucléaires. Pourtant, Pyongyang n’a pas pris
les promesses américaines comme un fait accompli. « Nous
n’avons aucune raison de faire confiance aux Etats-Unis et
nous nous en tenons au principe du donnant, donnant »,
explique Kim Son-Gyong, directeur adjoint du département
Europe au ministère des Affaires étrangères nord-coréen.
Haussant le ton contre Pyongyang, l’ex-secrétaire adjoint
américain, Richard Armitage, a semé le doute dans les bonnes
intentions de la Corée du Nord, affirmant que cette dernière
ne cherche qu’à soutirer une aide économique à la communauté
internationale, sans abandonner effectivement le nucléaire.
A la veille de l’expiration de l’ultimatum, le responsable
américain a même présagé : « La Corée du Nord ne va pas
respecter la date de demain. Elle va traîner les pieds car
elle n’a pas encore récupéré l’argent de Macao ».
Auparavant, le département d’Etat américain avait, lui
aussi, fait savoir qu’il exigeait le retour des inspecteurs
de l’AIEA, que la Corée du Nord a expulsés en 2002. Cette
mesure fait partie des engagements du Nord dans l’accord du
13 février. Selon Mohamad Fayez Farahat, expert du dossier
nord-coréen, les propos agressifs des leaders américains ne
signifient pas que Washington va adopter une attitude dure
vis-à-vis de Pyongyang, car il ne peut se permettre de
gâcher la chance offerte par le régime communiste de
démanteler son programme nucléaire de ses propres mains. «
Les Etats-Unis n’ont pas le choix s’ils veulent que cet
accord ne reste pas lettre morte. Je pense que très
prochainement, les fonds nord-coréens seront débloqués, mais
Washington veut seulement s’assurer que ces fonds ne seront
dépensés ni sur le militaire ni sur le nucléaire mais plutôt
sur l’amélioration du niveau de vie des Nord-Coréens »,
estime M. Farahat.
En effet, depuis le début de l’année, Washington a
complètement changé de politique vis-à-vis de Pyongyang.
Après avoir tant refusé des pourparlers bilatéraux avec la
Corée du Nord, les Américains ont pris l’initiative d’un
dialogue direct le 13 février. Ce revirement américain
s’explique par « la prise de conscience de George Bush qu’il
s’est lourdement trompé avec sa politique coercitive. Bien
qu’il ait placé notre pays sur l’axe du mal, nous avons
relevé le défi et procédé à un essai nucléaire qui lui a
démontré que sa politique a eu un effet inverse. Sans notre
force militaire, nous aurions risqué le sort de l’Iraq »,
explique M. Kim.
Maha
Al-Cherbini