Cinéma .
Sept films signés par des réalisatrices espagnoles sont
projetés au Caire, du 11 avril au 9 mai, au centre Cervantes,
dans le cadre du 10e anniversaire du Festival international
de Zaragoza.
Voyage à l’espagnole
Les
réalisatrices espagnoles font la fête au Caire, précisément
au centre Cervantes. « C’est une première du genre à
Cervantes, qui consiste à trier un bouquet de films ayant
déjà participé aux diverses éditions du Festival de
Zaragoza, pour célébrer son 10e anniversaire », a déclaré la
réalisatrice égyptienne Amal Ramsis, coordinatrice de cet
événement. Le Festival de Zaragoza sur le cinéma des femmes
est en effet l’un des plus importants d’Espagne, de par son
public croissant et son objectif artistique. Se tenant
chaque année au mois de mars, il donne la parole aux
réalisatrices et femmes rebelles.
« A travers le cinéma, les réalisatrices espagnoles comme
leurs semblables de par le monde parviennent à briser les
tabous et à défier les stéréotypes qui leur étaient transmis
par l’éducation et les traditions », souligne Salah Mahran,
critique de cinéma. Ainsi, les femmes se reconnaissent-elles
dans leur identité comme sujet d’histoire, à travers ce
rendez-vous incontournable des cinéphiles et des féministes.
« Les films choisis pour le panorama de Cervantes expriment
sans doute le regard des femmes sur leurs sociétés, tout en
valorisant leurs différentes cultures et rendant hommage aux
actrices, scénaristes, monteuses, chefs opératrices et
toutes les créatrices de films », explique Amal Ramsis. La
programmation est en fait très diversifiée, ouverte sur les
différentes expressions cinématographiques. Au total, sept
films sont présentés comme un voyage d’exploration opéré par
les réalisatrices au sein des différentes sociétés.
Parmi ces films, Ni locas ni terroristas (ni folles ni
terroristes), un documentaire de 50 minutes, réalisé par
Cecilia Barriga en 2005, fait office de référence. Pour les
critiques espagnols, le film est un chef-d’œuvre montrant le
rôle de la femme dans la guerre contre les stupéfiants. Ce,
à travers l’histoire de cinq mères de famille qui perdent
leurs fils à cause des stupéfiants, de quoi les dresser
contre le gouvernement et la mafia de la drogue. Un film
d’action au rythme accéléré, dévoilant la capacité de sa
réalisatrice à discuter des sujets épineux dans un cadre
artistique réussi.
En comparaison, El Cielito (le ciel, 2004), de Maria
Victoria Menis, passerait pour une histoire inoffensive
d’amitié dans un camping sauvage. C’est l’histoire d’un
jeune bohémien qui, en visitant un petit village argentin,
fait la connaissance d’un père de famille et découvre la
souffrance économique et sociale du pays. Prenant en charge
de défendre l’enfant benjamin de la famille, le jeune
vagabond trouve un sens à sa vie.
Malgré leurs différences, Le Ciel comme Ni folles ni
terroristes, révèlent une société déchirée entre le goût de
vivre et la présence de la souffrance. Ils démontrent la
capacité des femmes-réalisatrices à exposer les sentiments
humains.
L’engagement politique et social donne également à des films
comme Resistencia (résistance, 2006), de Lucinda Torre, une
valeur accrue. Tout le long de ses 112 minutes, le
documentaire dénonce la mondialisation, en relatant
l’histoire d’une centaine d’ouvriers licenciés du jour au
lendemain dans le Nord de l’Espagne. Ils décident
d’organiser des manifestations contre le despotisme des
capitaux, de quoi choquer l’opinion publique et les aider à
reprendre leur travail. A travers une vision féminine,
tantôt douce tantôt rigoureuse, la réalisatrice a réussi à
transmettre l’insurrection des citoyens.
Au-delà des projections, les débats et rencontres, animés
entre autres par la réalisatrice Arab Loutfi ou l’écrivain
Radwa Achour, donneront le ton à cet événement. « On tente
de profiter de la présence de certains responsables du
festival, actuellement au Caire, pour discuter les
possibilités de projeter les films de réalisatrices
égyptiennes en Espagne. L’échange ne peut être que fructueux
», conclut Amal Ramsis.
Yasser Moheb