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 Semaine du 18 à 24 avril 2007, numéro 658

 

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Arts

Exposition . La rétrospective de Mohamed Sabry, ce peintre dont le style témoigne autant du réalisme que de l’impressionnisme et qui verse dans l’épique et le dramatique, restitue une Egypte que l’on croyait oubliée. 

Au-delà de la nostalgie 

« Une Lettre du Caire », « Le Ver du coton », des portraits à la tristesse diffuse. Pourtant, avec la manière quasi parfaite, quasi photographique même, disons réaliste, où il peint ses personnages, on aurait cru à un certain hiératisme, une distance du moins. Or, il n’en est pas question. La mélancolie subjugue avec cette idée qu’au beau milieu de la campagne que l’on dirait verte, les gens éprouvent une mélancolie quasi existentielle. Le ver du coton qui ronge la récolte du paysan est la mort en attente.

De même, les paysages sont, grâce au pastel qu’il utilise, également empreints d’une profondeur qui va au-delà des différents fragments de la réalité pour faire resurgir avec l’historicité, comme les paysages de Louqsor et d’Assouan et ceux du Nilomètre passage du temps, cette présence simultanée de l’œuvre de l’homme et de la nature. Le site est fier et magnifique ; les monuments et les rues inspirent autant l’impression de beauté dont se caractérisent les paysagistes que cette incertitude qui se cache derrière l’apparence des choses. Le voisinage d’un temple et d’une mosquée avec les maisons paysannes en pisé est très touchant.

Né en 1917, Sabry est le témoin de cette génération qui a vu évoluer les arts plastiques, la peinture notamment en Egypte. Mais il a résisté aux sirènes d’un art plus moderne avec les nouvelles tendances abstraites et autres. Il s’est voulu témoin non d’une apparence, mais aussi de toute une société dont il évoque les problèmes. Son départ en mission dans les années 1950, notamment en Espagne, lui fit découvrir un art nouveau mais sans doute latent chez lui, celui d’une Andalousie qu’il retrouva aussi au Maroc. Reconnaissance et consécration alors. José Camon Esnar, membre de l’Académie San Fernando, a dit de lui : « Sabry nous paraît maîtriser parfaitement l’utilisation du pastel dans sa peinture aussi bien des paysages que des personnages ... Sa méthode artistique se distingue par sa rapidité et sa vitalité ... En vérité, cet artiste égyptien est en pleine possession de ses moyens ». (c/f Mohamed Sabry par Sedqi Al-Gabakhangui, Organisme général de l’information).

Une œuvre de caractère quasi unique dans sa collection est la bataille de Port-Saïd, illustrant la résistance populaire et nationale contre l’agression de 1956. Comme le souligne Al-Gabakhangui, cette toile « est considérée, à juste raison, comme l’une des représentations les plus remarquables de cette guerre, un tableau qui par la composition, les expressions et les émotions des membres de la résistance populaire, les couleurs flamboyantes dans une atmosphère orageuse et coléreuse, nous plonge en plein milieu d’une bataille implacable, toute enserrée dans les limites d’une seule toile ». La peinture se distingue par un caractère épique avec cette même touche tragique qui, contrairement à ce que l’on peut penser, humanise l’œuvre. En effet, en dépit du caractère patriotique de la représentation, celle-ci démontre l’horreur de la guerre et de l’affrontement. On est bien loin du réalisme socialiste qui idéalise le tragique.

En fait, c’est bien le réalisme impressionniste qui ne connaît ni mensonge ni tromperie qui est le style du peintre, avec cette vision qui va bien au-delà et met en valeur des sentiments fugaces que le peintre arrive à maintenir sur le tableau sans les priver de cette lueur fuyante, le propre d’un art authentique.

Ahmed Loutfi

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Jusqu’au 25 avril, à la Galerie des arts de l’Opéra du Caire.

 




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