Al-Ahram Hebdo, Arts | Zagazig fête Al-Hakim
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 Semaine du 18 à 24 avril 2007, numéro 658

 

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Arts

Théâtre . Amr Qabil met en scène 5 pièces de Tewfiq Al-Hakim au Palais de la culture de Zagazig, dans le Delta. Un projet qui a pour vocation de présenter au public les grands auteurs dramatiques.

Zagazig fête Al-Hakim

Il y a deux ans, l’incendie qui provoqua la mort d’une soixantaine d’artistes et de spectateurs au Palais de la culture de Béni-Souef avait entraîné la suspension de toute activité théâtrale en province. Ce n’est que maintenant seulement que quelques troupes régionales remontent à la surface avec le seul appui de Mahmoud Nessim, responsable du secteur théâtre au sein de l’Organisme de la culture populaire. Les fonctionnaires, étant plus bureaucratiques qu’artistes, préfèrent (soi-disant) se soumettre aux normes impossibles de sécurité des lieux pour entraver ainsi toute créativité artistique.

Néanmoins, un jeune metteur en scène, Amr Qabil, avec un enthousiasme sans limite et une proposition de projet théâtral qui ne manque pas d’originalité, a pu se creuser une tranchée au Palais de la culture de Zagazig pour y présenter en alternance cinq pièces de Tewfiq Al-Hakim. Il souhaiterait pouvoir à la longue présenter d’autres auteurs égyptiens dans d’autres régions, en maintenant l’idée de répertoire, c’est-à-dire de regrouper plusieurs pièces d’un même écrivain afin de faire connaître un trésor souvent méconnu.

Si son alternative a pour prémices le retour à l’œuvre de Tewfiq Al-Hakim, c’est qu’il veut rendre hommage au père du théâtre égyptien moderne. Al-Hakim a pu, sans conteste, nous offrir des sujets des plus diversifiés dans des genres, pour leur part eux aussi, des plus variés. En passant du comique au philosophique mais également par le drame social, il emprunte à chaque fois une langue appropriée, de l’arabe classique au parler dialectal. Avec une aisance sans pareille, il a l’art de jongler avec les mots mais aussi et surtout avec les idées. Longtemps substitut de campagne, il a pu identifier des caractères, saisir des comportements propres aux paysans et aux féodaux, comprendre la mentalité des uns et des autres. Tout un travail quasi sociologique, fait de rencontres imprévues, a tout le temps enrichi son savoir humain. Son séjour en France lui a permis d’autre part de puiser dans une culture différente des atouts complémentaires. Et dans ce large éventail où se mêlent le sérieux et le sarcastique, et où la simplicité est de mise, il a été donné à Amr Qabil de choisir à son aise cinq pièces représentatives de l’œuvre de Hakim : Le Sultan désemparé, Les Gens de la caverne, Conseil de justice, La Transaction et Une Balle dans le cœur. Qabil avoue avoir pensé mettre en scène des textes traduits ou des textes d’auteurs arabes avant de se décider de mettre en lumière la spécificité du théâtre égyptien. « Al-Hakim, qui ne met en avant aucune idéologie politique, était pour moi l’exemple parfait d’un auteur qui plairait à tout genre de public. Le fait d’aborder des sujets historiques et des temps qui s’étalent des Mamelouks aux années 1930 a profondément excité mon imagination », dit-il pour justifier son choix.

Mais le projet de Amr Qabil ne tient pas seulement au parti pris de présenter un auteur dans toute sa complexité, l’idée essentielle sur laquelle il se base est de combattre le gaspillage du temps consacré aux répétitions et au gaspillage d’argent pour la production. Il maintient ardemment une conception du travail qui prouve que le temps réel qu’exigent plus d’une création correspond aux quatre heures non exploitées de chaque répétition. Ainsi, il a pu convaincre les acteurs de la troupe nationale de Zagazig de se répartir de manière à participer à deux ou trois spectacles en ménageant leur temps. C’est-à-dire de se soumettre aux exigences de la mise en scène : pendant qu’une partie des membres lit un texte à table, une autre répète sur scène tandis qu’une troisième discute des personnages du texte à préparer, et ainsi de suite. Tandis que le gaspillage d’argent, Qabil y a remédié en comptant essentiellement sur le jeu d’acteurs et non pas sur les effets scéniques qu’offrent facilement les décors et la scénographie. Pour Conseil de justice par exemple, il trouve une astuce qui ne coûte rien mais qui vaut tout l’or du monde : il installe le public sur scène avec les comédiens comme dans un tribunal alors que le juge est perché au balcon en face, plus près de Dieu que des faussement accusés !

Respectant intégralement les œuvres de Al-Hakim, Qabil, quand il veut les adapter, a recours à quelques coupures qui ne massacrent nullement les textes. Il n’a pas cette audace déplacée — fort à la mode — d’écrire à la place de l’auteur initial.

Le projet de Amr Qabil mérite toute l’attention et le soutien à un moment où le théâtre est en train de perdre ses lettres de noblesse.

Menha el Batraoui

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