Darfour .
Le président soudanais rejette tout déploiement d’une force
de l’Onu, et conteste la légitimité de la CPI pour juger les
auteurs des crimes commis dans cette région.
Khartoum s’entête dans le refus
Le
président Omar Al-Béchir a « juré » qu’il ne livrerait
jamais aucun Soudanais à une juridiction étrangère : « Je
jure par trois fois au nom de Dieu le grand que je ne
livrerai jamais aucun Soudanais à une cour de justice
étrangère ». Il faisait ainsi allusion à la Cour Pénale
Internationale (CPI), dont le procureur, Luis Moreno
Campeno, a annoncé mardi à La
Haye avoir des « preuves (montrant) que Ahmed Haroun, ancien
secrétaire d’Etat à l’Intérieur du Soudan, et Ali
Kosheib (nom de guerre de Ali
Mohamed Ali, un des chefs de la milice pro-gouvernementale
des djandjawids), ont commis de
concert des crimes contre la population civile au Darfour ».
Le procureur les accuse de « 51 chefs d’accusation de crimes
contre l’humanité et crimes de guerre présumés (...), dont
persécution, meurtre, torture et viol », commis entre août
2003 et mars 2004 contre des villageois au Darfour.
Cette région, qualifiée d’« enfer sur terre » par Kofi
Annan, est en proie à une guerre civile qui oppose la
population arabe du Soudan et la population non arabe du
Darfour. Ce conflit aurait fait 200 000 victimes et 2
millions de déplacés depuis 2003, selon les Nations-Unies.
L’Onu a d’ailleurs confirmé que les attaques et les
intimidations des milices pro-gouvernementales
djandjawids, ainsi que des
bombardements aériens par les forces gouvernementales sur le
nord du Darfour ont provoqué une nouvelle vague de
déplacement de population, estimée à 46 000 personnes, au
mois de janvier.
Début 2005, la commission d’enquête de l’Onu sur le Soudan
avait conclu que les exactions perpétrées au Darfour
constituaient des crimes contre l’humanité et avait renvoyé
le dossier devant la CPI. Mais le Soudan, qui a créé des
tribunaux spéciaux pour les crimes commis au Darfour en mars
2005, a contesté la semaine dernière toute compétence à la
CPI au Darfour, en assurant que sa justice poursuivait
activement les responsables de crimes dans cette région. «
La justice soudanaise est capable et jugera ceux qui ont
commis des crimes au Darfour », a déclaré le ministre
soudanais de la Justice, Mohammed Ali Al-Mardi. Or, en vertu
du principe de complémentarité, la CPI n’est compétente que
si un Etat ne peut pas, ou ne veut pas, poursuivre ses
ressortissants responsables de crimes contre l’humanité.
Mais selon la CPI, son enquête reste recevable car elle
porte sur un plus grand nombre de chefs
d’accusation. De plus, le statut de la CPI indique
qu’elle est également compétente en cas de défaillance ou de
mauvaise volonté de l’Etat.
L’Amis incompétente
L’Union Africaine (UA) a mis en garde pour sa part contre le
risque d’une paralysie de sa mission de paix au Darfour,
après une nouvelle attaque contre un membre de son
personnel. « Si ce genre d’attaques continue, on risque
d’être paralysés », a déclaré à l’AFP le porte-parole de la
mission, Noureddine
Mezni, rappelant que la mission
avait déjà perdu une dizaine de ses membres. La Mission
africaine, l’Amis, compte 7 000 hommes. Elle est souvent
critiquée pour son manque d’efficacité en raison de ses
faibles moyens financiers, ainsi qu’en équipements et en
armes. Certains pays occidentaux font pourtant des efforts
pour aider financièrement l’Amis, dont le Canada, qui a
annoncé une aide de 48 millions de dollars canadiens pour
soutenir les « efforts cruciaux de maintien de la paix » de
l’UA. L’Union Européenne (UE), principale source financière
de l’Amis, a déjà dépensé pour la province du Darfour
quelque 400 millions d’euros. Mais tous ces efforts ne sont
pas suffisants, puisque le déploiement de l’Amis coûte 25
millions d’euros par mois, et l’on s’attend à une
augmentation de ses dépenses.
Face à ce manque de moyens, la communauté internationale
fait pression pour que Khartoum accepte un déploiement des
Casques bleus au Darfour. Ce dernier correspondrait à la
deuxième phase de l’accord conclu entre l’Onu, l’UA et le
gouvernement soudanais en novembre dernier, selon lequel une
force de maintien de la paix de l’Onu devrait être déployée
au Darfour en trois phases. L’Onu attend donc que Béchir
donne le feu vert pour envoyer ses Casques bleus au Darfour,
mais pour l’instant le président soudanais s’y oppose malgré
l’accord, et n’accepte qu’un soutien logistique et financier
de l’Onu à l’Amis.
Julie
Durand