Bâtiment.
Le prix du fer à béton se stabilise sur le marché local. Un
effet temporaire étant donné le manque de l’offre dû à la
hausse des exportations.
Bras de fer incessant
Une taxe de 160 L.E. par tonne de fer à béton exportée, a
bel et bien calmé la montée des prix de cet élément
indispensable à la construction. Un calme précaire
cependant. Il semble que le principal producteur de fer à
béton, à savoir Ezz-Al-Dékheila, a saisi le message, et sans
faire trop de bruit, a légèrement baissé ses prix sur le
marché local, dont il détient 60 %. Le prix s’est ainsi
stabilisé tout au long de la semaine dernière aux alentours
de 3 200 L.E. la tonne, contre 3 800 la semaine précédant la
décision d’imposer cette taxe.
Parler du fer à béton, c’est parler de l’empire de Ezz-Al-Dékheila.
Une alliance publique-privée, gérée et à majorité possédée
par l’homme fort du Parti National Démocrate (PND, au
pouvoir), Ahmad Ezz. Cette alliance est accusée de tenter de
monopoliser le marché local. L’Organisme du soutien de la
concurrence étudie actuellement le cas, à la demande du
ministère du Commerce et de l’Industrie. Ezzat Maarouf,
expert de l’industrie, assure pourtant que Ezz a réussi, il
y a deux ans à convaincre les six autres petits producteurs
à partager le marché et à coordonner les prix. Un petit
producteur révèle également à l’Hebdo que le marché attend
que Ezz annonce ses prix, chaque
semaine, pour qu’ils annoncent les leurs. « Nous ajoutons
une petite marge à son prix, car nos coûts de production
sont plus élevés ».
Cette forte position sur le marché égyptien a permis à Ezz-Al-Dékheila
d’endurer pendant des années des prix internationaux trop
bas, puisqu’il a, en revanche, réussi à élever les prix sur
le marché local. Aujourd’hui, les prix mondiaux sont élevés,
les prix locaux aussi. Les profits sont donc énormes, même
si « L’entreprise vend le fer à béton sur les marchés
européens à un prix inférieur aux prix mondiaux, pour
agrandir sa part là-bas », comme le note Maarouf. En fait,
selon les derniers chiffres diffusés, les profits nets
réalisés par Fer à Béton Ezz ont enregistré un record de 739
millions de L.E., pendant les neufs premiers mois de 2006,
contre 360 millions, lors de la même période de l’année
précédente.
Or, les prix locaux n’augmentent pas seulement en raison du
monopole. Les producteurs interprètent également la hausse
par la montée des prix des matières premières nourrissant la
production du fer à béton. Notamment, les billettes de fer
importées, principale matière première de l’industrie. Un
argument réfuté par le ministre du Commerce et de
l’Industrie, puisque la hausse des prix au niveau local
dépasse de loin la hausse des prix des matières premières.
Par ailleurs, une pénurie de fer à béton caractérise
actuellement le marché. Cette pénurie est interprétée par la
hausse des exportations, passées de 440 000 tonnes en 2005 à
2 millions de tonnes en 2006, à une période où la production
est restée presque inchangée. Or, le marché local est
désormais atteint d’une fièvre de la construction, menée par
les investissements arabes dirigés vers la construction des
pied-à-terre luxueux sur les rives du Nil, de la mer Rouge
et de la Méditerranée.
La taxe imposée, avec l’objectif de limiter partiellement et
temporairement les exportations, coûterait aux exportateurs
en gros quelque 320 millions de L.E., « une somme
négligeable, vu les énormes profits qu’ils réalisent », juge
Maarouf. 160 L.E. par tonne, c’est autrement dit 3,3 % du
prix de la tonne exportée, selon les calculs de Nassif
Sawirès, PDG d’Orascom Construction et Industries. Mais pour
les petits producteurs en revanche, la taxe les poussera à
cesser d’exporter, et ils devraient donc diriger toute leur
production vers le marché local, passant ainsi à côté de
millions de L.E. de profits. « C’est injuste », juge un
commerçant de fer à béton qui a requis l’anonymat. Car selon
lui, les grands qui absorbent plus de subventions d’énergie,
produisent à un niveau de production optimal et peuvent
mieux supporter la taxe. Ces grands continueront à exporter
contre vents et marées. « Les prix ne tarderont donc pas à
augmenter davantage, à moins que le gouvernement
n’intervienne plus audacieusement », conclut-il. Rien de
mieux pour illustrer que la paix instaurée sur le marché
local reste donc précaire.
Salma
Hussein