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 Semaine du 7 au 13 mars 2007, numéro 652

 

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Bâtiment. Le prix du fer à béton se stabilise sur le marché local. Un effet temporaire étant donné le manque de l’offre dû à la hausse des exportations.  

Bras de fer incessant  

Une taxe de 160 L.E. par tonne de fer à béton exportée, a bel et bien calmé la montée des prix de cet élément indispensable à la construction. Un calme précaire cependant. Il semble que le principal producteur de fer à béton, à savoir Ezz-Al-Dékheila, a saisi le message, et sans faire trop de bruit, a légèrement baissé ses prix sur le marché local, dont il détient 60 %. Le prix s’est ainsi stabilisé tout au long de la semaine dernière aux alentours de 3 200 L.E. la tonne, contre 3 800 la semaine précédant la décision d’imposer cette taxe.

Parler du fer à béton, c’est parler de l’empire de Ezz-Al-Dékheila. Une alliance publique-privée, gérée et à majorité possédée par l’homme fort du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir), Ahmad Ezz. Cette alliance est accusée de tenter de monopoliser le marché local. L’Organisme du soutien de la concurrence étudie actuellement le cas, à la demande du ministère du Commerce et de l’Industrie. Ezzat Maarouf, expert de l’industrie, assure pourtant que Ezz a réussi, il y a deux ans à convaincre les six autres petits producteurs à partager le marché et à coordonner les prix. Un petit producteur révèle également à l’Hebdo que le marché attend que Ezz annonce ses prix, chaque semaine, pour qu’ils annoncent les leurs. « Nous ajoutons une petite marge à son prix, car nos coûts de production sont plus élevés ».

Cette forte position sur le marché égyptien a permis à Ezz-Al-Dékheila d’endurer pendant des années des prix internationaux trop bas, puisqu’il a, en revanche, réussi à élever les prix sur le marché local. Aujourd’hui, les prix mondiaux sont élevés, les prix locaux aussi. Les profits sont donc énormes, même si « L’entreprise vend le fer à béton sur les marchés européens à un prix inférieur aux prix mondiaux, pour agrandir sa part là-bas », comme le note Maarouf. En fait, selon les derniers chiffres diffusés, les profits nets réalisés par Fer à Béton Ezz ont enregistré un record de 739 millions de L.E., pendant les neufs premiers mois de 2006, contre 360 millions, lors de la même période de l’année précédente.

Or, les prix locaux n’augmentent pas seulement en raison du monopole. Les producteurs interprètent également la hausse par la montée des prix des matières premières nourrissant la production du fer à béton. Notamment, les billettes de fer importées, principale matière première de l’industrie. Un argument réfuté par le ministre du Commerce et de l’Industrie, puisque la hausse des prix au niveau local dépasse de loin la hausse des prix des matières premières.

Par ailleurs, une pénurie de fer à béton caractérise actuellement le marché. Cette pénurie est interprétée par la hausse des exportations, passées de 440 000 tonnes en 2005 à 2 millions de tonnes en 2006, à une période où la production est restée presque inchangée. Or, le marché local est désormais atteint d’une fièvre de la construction, menée par les investissements arabes dirigés vers la construction des pied-à-terre luxueux sur les rives du Nil, de la mer Rouge et de la Méditerranée.

La taxe imposée, avec l’objectif de limiter partiellement et temporairement les exportations, coûterait aux exportateurs en gros quelque 320 millions de L.E., « une somme négligeable, vu les énormes profits qu’ils réalisent », juge Maarouf. 160 L.E. par tonne, c’est autrement dit 3,3 % du prix de la tonne exportée, selon les calculs de Nassif Sawirès, PDG d’Orascom Construction et Industries. Mais pour les petits producteurs en revanche, la taxe les poussera à cesser d’exporter, et ils devraient donc diriger toute leur production vers le marché local, passant ainsi à côté de millions de L.E. de profits. « C’est injuste », juge un commerçant de fer à béton qui a requis l’anonymat. Car selon lui, les grands qui absorbent plus de subventions d’énergie, produisent à un niveau de production optimal et peuvent mieux supporter la taxe. Ces grands continueront à exporter contre vents et marées. « Les prix ne tarderont donc pas à augmenter davantage, à moins que le gouvernement n’intervienne plus audacieusement », conclut-il. Rien de mieux pour illustrer que la paix instaurée sur le marché local reste donc précaire.

Salma Hussein

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