Al-Ahram Hebdo, Evénement | Dompter un marché du ciment rebelle
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 7 au 13 mars 2007, numéro 652

 

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Bâtiment. Le prix du ciment ne cesse d’augmenter depuis deux semaines. Le ministre du Commerce et de l’Industrie a donc instauré une taxe de 65 L.E. par tonne exportée pour calmer la situation. Explications.

Dompter un marché du ciment rebelle 

Par sa décision de créer, la semaine dernière, une taxe de 65 L.E. (environ 11 dollars) par tonne de ciment exporté, le ministre du Commerce et de l’Industrie, Rachid Mohamad Rachid, s’est attiré les foudres des producteurs. Il faut dire aussi que c’est la première fois que le cabinet du premier ministre Nazif, perçu comme un protecteur des hommes d’affaires, prend une mesure qui leur est défavorable. Même si, selon plusieurs économistes, cette taxe a été mal pensée. « Même avec ces 65 L.E. de taxe, le prix de la tonne de ciment égyptien vendue sur le marché local est de loin inférieur à celui de la tonne vendue à l’international. Il aurait fallu imposer une taxe rendant les deux prix identiques pour vraiment remédier au problème », explique un expert économique qui a requis l’anonymat. En effet, la tonne de ciment égyptien exporté varie entre 60 et 69 dollars alors que la tonne au niveau international varie entre 85 et 105 dollars. A l’exception de quelques pays de l’Asie et de l’Afrique du Nord, le prix d’une tonne de ciment est de 65 dollars.

Bien que minime, cette taxe à l’exportation n’en est pas moins un message clair : « Un marché libre ne veut pas dire un marché sans contrôle. Tout investisseur doit respecter la loi et accorder la priorité au marché local », a rajouté Rachid. Il admet que les composants nécessaires à la fabrication du ciment ont connu une hausse d’environ 10 % ces deux derniers mois, mais, d’après lui, les producteurs l’ont répercutée avec trop d’ampleur sur les prix du ciment destiné au marché égyptien. « Etant donné la demande croissante sur les matières de construction, la hausse des prix sur le marché international a séduit les entreprises égyptiennes. Parce que ces dernières multiplient les bénéfices grâce à cette différence de prix entre le marché intérieur et extérieur, elles se sont orientées de plus en plus vers le marché extérieur, augmentant ainsi leur prix sur le marché local », regrette Rachid. Et d’ajouter que ces exportations croissantes de ciment imposent un lourd fardeau sur le budget du gouvernement, car cette industrie bénéficie d’une subvention de 25 % sur le gaz naturel, dont elle est grosse consommatrice. « L’intervention du gouvernement était donc nécessaire pour protéger le consommateur et le marché local », résume-t-il. D’ailleurs, l’Egypte n’est pas le premier pays à imposer une telle taxe à l’exportation pour contrôler le marché local. La Turquie, par exemple, avait imposé 0,5 dollar par kilo de cuir semi-manufacturé exporté, la Chine a imposé 3 % sur le sucre et l’or, le Maroc 34 dirhams (un peu plus de 4 dollars) par tonne exportée de phosphate.

De plus, selon un rapport de la société de courtage HC sur le secteur du ciment, sa consommation internationale a augmenté en 2004 et 2005 de 9 % et 6 % respectivement pour atteindre 2,27 milliards de tonnes en 2005. La part de l’Afrique est de 4 % et l’Egypte s’empare de 42,2 % de cette part, avec 38,3 millions de tonnes exportées. Le rapport explique que la hausse grandissante de la demande locale sur le ciment, vu le boom actuel de l’immobilier, a accru la demande locale qui a atteint 28,4 millions de tonnes en 2005. Il est prévu que cette demande passe à 30,6 millions de tonnes en 2006. « C’est cette demande croissante qui a poussé les acteurs du marché à augmenter les prix. Surtout que, récemment, les exportations ont été limitées. La différence des prix entre le marché local et international fait perdre la tête aux producteurs », explique Neamat Choukri, économiste auprès de HC, en ajoutant elle aussi que cette dernière intervention du gouvernement était nécessaire pour stabiliser les prix, même si elle réduit la compétitivité du ciment égyptien sur le marché international.

 

Producteurs accusés

Au cours de ces deux dernières semaines, le prix de la tonne de ciment sur le marché égyptien a augmenté entre 20 et 30 L.E. pour atteindre 345 L.E. Les producteurs, guidés par les multinationales qui contrôlent la majorité du marché de ciment égyptien — sauf Al-Qawmiya, Qéna et Misr Béni-Souef — ont augmenté les prix. Violant ainsi leur accord avec le ministre du Commerce, passé en août dernier et prévoyant ne pas dépasser les 320 L.E. la tonne. Or, ce n’est pas la première fois qu’un tel problème surgit. Les producteurs de ciment sont, depuis longtemps, accusés de former un cartel et donc de pratiques monopolistiques. Ce secteur, composé de 12 sociétés, est contrôlé par 4 multinationales (portugaise, française, italienne et mexicaine) auxquelles revient plus de 80 % de la production locale de ciment. Et depuis mars 2003, chacune de ces multinationales possède une part définie du marché, basée sur sa capacité de production. C’est ainsi qu’elles ont pu augmenter les prix à leur guise.

En août dernier, le prix de la tonne de ciment a atteint 380 L.E. Cette hausse sans précédent a exigé l’intervention du ministre du Commerce. Il a d’abord menacé les sociétés de ciment d’augmenter le prix du gaz naturel, mais aucune mesure n’a été prise puisque la justice s’y est opposée. Il est à noter que l’industrie égyptienne bénéficie, à elle seule, de quelque 16 milliards de L.E. de subventions accordées au gaz naturel.

Après de longues discussions avec les producteurs de ciment, les deux parties se sont donc mises d’accord sur un plafond de 320 L.E. la tonne de ciment, ainsi que sur une liste de prix présentée par chaque entreprise au ministère chaque semaine. « Toute entreprise qui ne respectera pas cet accord subira une forte sanction », avait déclaré Rachid. Et finalement, pour mieux contrôler le marché et éviter toute manipulation, Rachid a rajouté deux nouveaux articles à sa décision. Il s’agit, en fait, d’obliger tous les producteurs de ciment, agents et commerçants à tenir des registres à jour sur toutes les opérations de vente et d’achat contenant le nom du vendeur, de l’acheteur, la date et le prix de vente, la date de livraison ainsi que la nécessité de facturer toutes les opérations.

Mais il semble que les acteurs du marché ont mal évalué ces propos. Raison pour laquelle le lendemain de la décision, le milieu des affaires a exprimé sa colère par différents moyens. Nassef Sawirès, président du Conseil des produits de construction, a présenté sa démission, en signe de protestation. De son côté, Hassan Rateb, PDG de Sinaï pour le ciment et président de la chambre du ciment, assure que le gouvernement ne devait pas prendre une telle décision sans discuter avec les producteurs. Selon lui, la taxe imposée aurait dû être progressive. Il assure qu’une période transitoire était nécessaire et que la suppression des subventions accordées à l’industrie aurait été une solution préférable. D’autres producteurs ont promis de retenir leur production pour accroître la demande. Et déjà, un rapport, publié ce mois-ci par le centre d’information dépendant du Conseil des ministres, a révélé que les entreprises de ciment ont diminué leur production de 10 % afin de créer un manque sur le marché et augmenter les prix. Des réactions qui suscitent une question importante : le ministère du Commerce pourra-t-il tenir, voire prendre d’autres décisions en cas d’autres mesures des producteurs ... Ou déposera-t-il les armes ?.

Névine Kamel

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