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 Semaine du 7 au 13 mars 2007, numéro 652

 

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Bâtiment . Malgré une escalade des prix du ciment et du fer à béton ces deux dernières années, le secteur ne cesse de témoigner de sa forte croissance avec une préférence pour le luxe. Dossier. 

Les paradoxes d’un boom  

Le secteur de la construction représente 15,2 % du PIB en 2006, contre 6 % en 2005 et 4 % en 2004. Il ne cesse d’attirer des investissements. Ces derniers, en 2005, ont atteint 4,1 milliards de L.E. contre 1,189 milliard de L.E. en 2004, selon un rapport de la Banque Centrale.

Une série de raisons explique cette floraison. Tout d’abord, l’Etat a permis aux étrangers la possession d’unités de logement, la mise en application de la loi sur l’hypothèque immobilière et la modification de la loi sur le loyer. Ensuite, la relative bonne santé du secteur du tourisme a favorisé la construction sur la Côte-Nord et dans le Sinaï. « Il existe un autre facteur qui reste d’une grande importance : les investisseurs arabes. Avec la flambée du prix du pétrole et les restrictions mises à ces investisseurs en Europe et aux Etats-Unis, une grande partie de ceux-ci se sont tournés vers l’Egypte. Déjà, on compte 25 milliards de L.E. d’investissements arabes en 2006 », souligne Hani Sami, chef du département de recherches sur la construction à la société de courtage CIIC.

Avis partagé par Neamatallah Choukri, analyste financière à la société de courtage Hussein Choukri Securities (HC). « Même au niveau local, les Egyptiens préfèrent investir dans l’achat d’unités au lieu d’investir à la Bourse ou de mettre de l’argent à la banque ».

Les investissements publics dans le secteur ne sont pas moins importants. « L’Etat a consacré 19 milliards de L.E. au secteur de la construction pour l’exercice 2006-2007 », souligne Abdel-Fattah Al-Guébali, directeur du département d’études économiques au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Pour un secteur d’une telle importance pour l’économie nationale, le ministre du Commerce et de l’Industrie, Rachid Mohamad Rachid, a pris la décision, la semaine dernière, d’imposer des taxes de 65 L.E. sur l’exportation de chaque tonne de ciment et de 165 L.E. pour le fer à béton. Cette mesure pourra-t-elle dissuader ces producteurs qui ne cessent d’élever les prix sans aucune justification ?

En fait, les secteurs du ciment et du fer figurent en tête de liste des secteurs accusés de monopole. Pour le ciment, le cartel des compagnies étrangères détient plus de 80 % du marché. Quant au fer à béton, 55 % du marché est contrôlé par les usines Ezz. C’est ainsi que les producteurs dans ces deux secteurs dictent leurs prix. Et déjà l’Etat continue à subventionner l’énergie pour les producteurs du ciment et du fer à béton alors que cela « n’a jamais profité au consommateur puisque cela ne s’est jamais traduit par une baisse des prix, le bénéfice va dans les poches de ces producteurs. En effet, l’énergie subventionnée représente presque 20 % du coût du fer à béton et 24 % du coût du ciment », souligne Sara Mohamad Salem, senior analyste à CIIC.

Pourtant, les prix ne cessent d’augmenter et, par la suite, alourdissent la facture des unités de logement. « Auparavant, chaque entrepreneur vendait l’unité de logement avant construction avec une valeur ajoutée de 10 %, prenant en compte les hausses des prix. Or, au cours de ces deux dernières années, l’entrepreneur ajoute de 10 à 15 000 L.E. pour chaque unité pour affronter la hausse des prix de chaque jour puisque le fer à béton représente presque le 1/4 du prix de chaque unité et le ciment presque 50 % », souligne Aymane Abdel-Hakim, entrepreneur.

 

Mesures insuffisantes

Selon les experts, la décision du ministre, malgré la propagande médiatique qui l’entoure, laisse beaucoup à désirer. Ossama Gheith, dans le quotidien Al-Ahram, souligne : « Ces mesures restent encore insuffisantes. Que signifient 11 dollars pour chaque tonne de ciment et 27 dollars pour le fer à béton ? Ce sont des miettes pour ces compagnies qui réalisent des revenus colossaux ».

Il est vrai que cette décision ne semble pas avoir eu l’effet magique escompté pour réprimer ces producteurs, mais au moins apaisera les prix pour une certaine période. « Théoriquement, les prix baisseront mais pour atteindre le niveau d’avant la dernière hausse mais ne baissera pas plus que ça », ajoute Choukri.

Il est à noter que les bénéfices de ces producteurs ne sera pas affecté « même avec cette dernière baisse des prix qui a eu lieu suite à la décision du ministre. Il s’agit pour le fer à béton d’un prix parallèle au prix mondial, qui est de 640 dollars la tonne, puisque les composants du fer à béton sont importés. Or, l’effet pour le ciment est presque négligeable pour les producteurs du ciment. Si l’on ajoute les 65 L.E., le prix du ciment égyptien reste encore le plus bas au niveau mondial », souligne Salem.

Les grands entrepreneurs accueillaient favorablement cette décision, soulignant qu’elle aurait sans doute des effets positifs. « Il est vrai que ce secteur a connu une croissance au cours de ces dernières années, malgré la hausse des prix du ciment et du fer à béton. Or, chaque hausse des prix du ciment et du fer à béton est accompagnée d’une hausse des prix des unités de logement. On travaille dans des grands projets pour les investisseurs arabes et dans le secteur du tourisme. Or, notre intérêt ne réside pas seulement dans les investisseurs arabes et l’élite de la société. On veut parvenir à la tranche la plus grande, celle des unités de logement pour la classe moyenne et les démunis. Avec le contrôle des prix, on pourrait y parvenir », souligne Hicham Talaat, président de l’Association générale de l’investissement immobilier et PDG du groupe Mohamad Talaat.

Avoir un chez-soi composé de 4 murs reste un rêve lointain pour beaucoup d’Egyptiens. « Même avec cette dernière baisse des prix, les démunis restent encore des victimes. Avec la loi sur l’hypothèque immobilière, les candidats à l’achat restent toujours les personnes avec un salaire élevé. Les démunis ne trouvent pas le financement nécessaire pour l’achat. Avec les prix du ciment et du fer à béton qui restent encore très élevés et avec les salaires très bas et le faible pouvoir d’achat, ce sont les démunis qui continueront à payer cette lourde facture », conclut Sami.

Ibtessam Zayed

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