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 Semaine du 7 au 13 mars 2007, numéro 652

 

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Idées

Forum. 230 participants réunis au Qatar, à l'US-Islamic world forum (Etats-Unis - monde musulman) ont débattu des pistes susceptibles d’améliorer les relations entre les deux parties : le choix des termes employés de part et d’autre contribue à alimenter la crise.

Les mots au centre de l’incompréhension

« Ces forums se répètent et nous n’avons pas avancé d’un iota (…). Celui qui résiste à l’occupation est accusé de terrorisme alors qu’Israël, soutenu par les armes, l’argent et le veto américains, agit sauvagement à sa guise dans la région ». C’est en ces termes que Youssef Al-Qaradawi, célèbre prédicateur et théologien musulman, mis à l’index dans de nombreux pays arabes, a tenté de résumer l’état actuel des choses entre le monde musulman et l’Amérique. Une des lacunes dans les relations entre les deux est paradoxalement liée aux mots. Mots qu’une partie voit comme le reflet de la réalité et que l’autre partie considère injustes. Et entre cette pertinence et cette incompréhension, la vision de chaque monde vis-à-vis de l’autre reste obscure. D’où d’ailleurs le titre du Forum dans sa 5e édition : « Confronting What Divides us » (Affronter ce qui nous divise). Et ce qui divise est aussi « un jeu de noms », comme l’a appelé Peter Singer, directeur du 21st Century Defense Initiative au Brookings Institution, sponsor du Forum. Il étale une série de mots et expressions en vogue : « Guerre contre le terrorisme ; Bataille pour la liberté ; Terroriste ; Moudjahidin ; Chahid ; Insurgés ; Takfiri ; Salafiste ; Djihad ; Islamo-fasciste », et se pose la question suivante : comment se réfère-t-on aux conflits actuels et quel est l’impact des terminologies utilisées ? La tâche n’est pas facile.

Les participants peinent à trouver un dénominateur commun, le conflit n’étant pas précis, l’ennemi non plus. La guerre des mots s’avère encore plus importante que le conflit militaire, son impact est général, multinational. Les mots ont une force, dit-on. Mais selon M. J. Akbar, rédacteur en chef du journal indien The Asian Age, « leur force dépend du contexte, c’est-à-dire quand sont-ils prononcés et, plus encore, leur impact dépend de la crédibilité de l’énonciateur ». Les deux mondes sont cependant loin d’être crédibles aux yeux de chacun. Au grand mécontentement du monde musulman, le mot « occupation » a été à peine prononcé et les termes comme « résistance ou lutte nationale » étaient absents du discours. Le dictionnaire n’est pas le même et donc le vocabulaire utilisé est bien souvent contraire au sens des mots. Mark Lynch, professeur américain au William College, donne un autre exemple : « Lorsque les Américains parlent de l’objectif d’Al-Qaëda d’instaurer un califat et estiment qu’il y a un soutien accru à celui-ci, les Arabes ne savent pas de quoi parlent vraiment les Américains ».

Cette antinomie des mots ne vient-elle pas d’une antinomie d’objectifs ? Lynch estime que la confusion est plus large d’autant plus que l’objectif des Américains en imposant improprement des mots pareils est de « stigmatiser le meurtre de peuples innocents et de légitimer cette bataille contre le terrorisme ». Une série étroite d’idées fausses, avancées par une élite politique radicale, se traduit par la suite par des mots erronés pour désigner un monde musulman avec lequel Washington prétend vouloir construire des ponts. Communiquer sans écouter, car on ne sait plus quel penseur disait, le monde musulman ou l’islam « n’a rien à dire », donc il suffit de « l’interpréter ». Un vocabulaire à sens unique ne clôt-il pas précisément le débat ? L’Amérique n’utilise-t-elle pas parfois des terminologies avec trop d’empressement, et en abuse même, alors qu’elle devrait être plus attentive dans son usage du langage ? Il suffit de jeter un coup d’œil sur les résultats d’un sondage américain récemment conduit par l’Institut Zogby, l’Université du Maryland et le Siège Sadate pour la paix, pour se rendre compte à quel point ces mots dissimulent des abîmes d’incompréhension fondamentale. 72 % des Arabes interrogés estiment que les Etats-Unis constituent pour eux la menace la plus importante et 57 % des Américains qui devaient se prononcer sur ce qu’ils admirent le plus dans les sociétés musulmanes ont répondu par « Je ne sais pas » ou « Rien » .

Samar Al-Gamal

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