Entretien.
Farkhonda Hassan,
la secrétaire générale du Conseil national de la femme,
évoque la stratégie appropriée pour réaliser l’égalité
hommes-femmes aux niveaux économique, sanitaire et éducatif.
« Discuter les idées reçues »
Al-Ahram
Hebdo : Depuis sa création, le Conseil national de la femme
a œuvré pour la promotion de la participation politique des
femmes. Quelle est l’origine de cette initiative ?
Farkhonda Hassan :
Dans son programme électoral, le président Hosni Moubarak a
noté que la participation politique des femmes était
toujours très faible, et a souligné l’importance de garantir
une représentation minimale des femmes au Parlement et dans
les conseils locaux. Dans la même perspective, Mme Suzanne
Moubarak, également présidente de notre Conseil, a lancé un
projet intitulé « Vers une performance distinguée des
parlementaires égyptiennes ». Ce projet, mené en coopération
avec le Fonds des Nations-Unies pour le développement,
assure, entre autres, des stages de formation politique aux
femmes égyptiennes.
— Les femmes sont-elles conscientes de l’importance de leur
participation dans le débat actuel sur la réforme
constitutionnelle ?
— Pour éveiller cette prise de conscience, le Conseil a
organisé une série de conférences qui ont pour objet la
réforme constitutionnelle, animées par des représentants des
divers partis politiques, des parlementaires et des
activistes de la société civile. Ces conférences ont permis
aux femmes de débattre et de se construire un avis relatif
aux amendements proposés. D’autres réunions ont été
organisées avec des journalistes de la radio, de la
télévision et de la presse écrite pour un échange de vues
relatif à ces amendements, notamment ceux qui concernent la
représentativité des femmes au Parlement.
— Puisque vous avez mentionné les médias, ceux-ci jouent
parfois un rôle négatif en renforçant des stéréotypes
défavorables aux femmes. Comment éviter cela, d’après vous ?
— Cela, en effet, est très important. Pour améliorer l’image
des femmes dans les médias, le Conseil a signé un accord
avec l’Unicef pour la création d’un observatoire dont le
rôle serait d’assurer un suivi et une analyse des idées —
positives ou négatives — relayées par les médias et qui ont
trait aux femmes. L’idéal serait de parvenir à ne diffuser
qu’une image réelle reflétant le rôle des femmes égyptiennes
dans le développement économique, social et politique de
leur pays. Il faut également discuter les idées reçues et
qui souvent entravent l’amélioration de la condition
féminine.
— Quels seraient les thèmes de la prochaine conférence du
Conseil prévue le 15 mars ?
— Cette conférence de trois jours vise avant tout à discuter
la stratégie appropriée pour réaliser l’égalité
hommes-femmes aux niveaux économique, sanitaire et éducatif.
Les deuxième et troisième jours seront consacrés à l’impact
des amendements constitutionnels sur l’amélioration de la
participation politique des femmes.
— Outre la politique, quels sont, d’après vous, les défis
qui entravent l’intégration économique des femmes ? Et quels
sont les efforts du Conseil dans ce domaine ?
— Il y a notamment les problèmes ayant trait au marketing
des produits issus de leurs projets, à la bureaucratie,
ainsi qu’au revenu qui souvent est très décourageant. Le
Conseil, de son côté, aide à remédier à cette situation à
travers la création d’offres d’emploi pour les femmes. Le
Conseil aide les femmes dans la création de micro-projets et
leur assure une assistance dans la commercialisation de
leurs produits. Le Conseil porte également un intérêt
spécial à l’éducation des femmes, à leur formation
professionnelle et à leur protection sociale.
— Cela dit, beaucoup accusent le Conseil d’accorder peu
d’intérêt aux femmes pauvres ...
— Rappelons que le Conseil national de la femme a adopté un
programme global pour le développement des femmes pauvres
dans quatre villages situés dans le gouvernorat de Minya. Ce
n’est qu’une première étape et le programme est destiné à
être étendu à toutes les villes et aux villages d’Egypte. En
effet, il s’agit d’un projet global pour le développement de
la situation économique, sanitaire et éducative des femmes.
Nous aidons donc à employer les femmes dans des projets
utilisant des technologies simples et leur permettre ainsi
de contribuer à l’activité économique de leur village.
D’autres aides, comme les programmes d’alphabétisation, les
micro-crédits, l’assistance administrative et juridique
aident à réaliser le grand objectif qui est de réduire la
pauvreté.
Soulignons aussi un autre domaine d’activité du Conseil,
celle relative au soutien des femmes sans abri. Ceci
concerne les femmes divorcées, les veuves, les victimes de
la violence conjugale, ainsi que celles qui s’adonnent à la
mendicité. Le Conseil collabore avec le ministère de la
Solidarité sociale et beaucoup d’ONG pour la construction de
centres d’accueil destinés à ces catégories de femmes .
Propos recueillis par Magda Barsoum