Révision de la Constitution.
Exclus de la commission chargée de formuler les amendements
les députés de la Confrérie s’élèvent contre « l’hégémonie »
exercée par le PND.
Les Frères hors jeu
«
Plus de 20 % des membres du Parlement ont été écartés de la
commission parlementaire chargée de rédiger les amendements
de la Constitution. Nous nous demandons pourquoi », critique
Gamal Hanafi, député des Frères.
Au-delà, l’annonce en fin de semaine dernière de la
composition de la commission en question a soulevé un déluge
de critiques. Ni les Frères musulmans (qui disposent de 88
députés sur 454) ni les indépendants n’en faisaient partie.
En conséquence, les Frères et les indépendants ont annoncé
qu’ils suspendraient leur participation aux débats s’ils
n’étaient pas représentés au sein de cette commission. Cette
dernière est formée presque exclusivement de députés du
Parti National Démocrate (PND). Un seul député du néo-Wafd
(Mahmoud Abaza) y est représenté. Dans un communiqué, les
Frères dénoncent un « complot » et s’élèvent contre «
l’hégémonie » exercée par le parti au pouvoir. Bien entendu,
ce comité gouvernemental jusqu’à la moelle ne va pas prendre
en compte les propositions formulées par l’opposition et les
indépendants durant les précédentes semaines. « Ceci
signifie clairement que l’amendement a été préparé d’avance
dans les cuisines du PND et que l’on nous prend pour des
idiots », s’insurge Saad Al-Husseini, député des Frères.
En 2005, le président Moubarak avait autorisé l’amendement
de l’article 76 de la Constitution de manière à permettre
l’élection du président de la République au suffrage
universel parmi plusieurs candidats. Cet amendement, qui a
donné lieu aux premières élections présidentielles
pluralistes de l’histoire de l’Egypte, a été jugé
insuffisant par l’opposition, qui exigeait notamment une
limitation des pouvoirs et du mandat du président, et la
levée des restrictions imposées aux partis politiques (qui
devaient détenir au moins 5 % des sièges au Parlement pour
pouvoir présenter un candidat à l’élection présidentielle).
Le 26 décembre dernier, Moubarak demandait au Parlement
d’amender 34 articles de la Constitution afin de « donner
plus de liberté aux partis politiques, et de réaliser un
équilibre entre les pouvoirs législatif et exécutif ».
Depuis, les amendements proposés ont été soumis au débat à
l’Assemblée. La commission contestée (formée pour rédiger la
forme finale de l’amendement qui sera soumise à un
référendum) est présidée par Amal
Osmane, adjointe du président du Parlement, et
comprend plusieurs ténors du PND,
comme Abdel-Ahad
Gamaleddine et Kamal Ahmad. « Ce
qui se produit est exactement la même chose que lors des
discussions sur l’article 76. Nous avons eu des séances de
discussions et à la fin, le gouvernement n’en a pas tenu
compte », lance Saad Al-Husseini.
Abdel-Ahad
Gamaleddine, chef de la majorité PND, s’élève face
aux critiques acerbes des Frères. « Les Frères ont refusé
dès le début l’amendement dans son ensemble. Pourquoi
veulent-ils faire partie de la commission de rédaction ? »,
s’interroge-t-il. Quant au
président de l’Assemblée, Ahmad Fathi
Sourour, il a indiqué que les Frères « ne
représentent pas une entité » et qu’il n’y a pas lieu donc
qu’ils soient représentés au sein de la commission.
Les Frères, tout comme l’opposition traditionnelle, exigent
un certain nombre de mesures, comme la surveillance
judiciaire totale des élections et la limitation du mandat
du président de la République. Ils s’opposent à la
promulgation d’une loi antiterroriste en remplacement de
l’état d’urgence. Les députés de la majorité assurent que
l’on se dirige vers l’instauration d’une condition de 3 % au
lieu de 5 % pour les partis politiques qui désirent
présenter des candidats aux élections présidentielles et la
formation d’un haut comité indépendant formé de juges et de
personnalités publiques. Il est probable également que le
scrutin électoral de liste soit adopté ainsi que
l’interdiction de tout parti à caractère religieux. Il reste
la question du mandat du président, qui, probablement,
restera inchangée .
Sabah
Sabet