Iran .
Les ambassadeurs des Six à l’Onu devraient commencer dès la
semaine prochaine à travailler sur un projet de résolution
du Conseil de sécurité. Un
durcissement
des sanctions contre Téhéran est à prévoir.
L’étau se resserre
Si
rien n’est encore finalisé, les six pays en charge du
dossier nucléaire iranien (Etats-Unis, Chine, Russie,
France, Grande-Bretagne plus l’Allemagne) étaient, samedi, «
pleinement d’accord sur le cadre » d’une nouvelle résolution
prolongeant la précédente tout en « renforçant son impact ».
Dans sa résolution 1737 adoptée à l’unanimité le 23 décembre
2006, le Conseil de sécurité de l’Onu avait imposé à l’Iran
des sanctions économiques et commerciales dans des domaines
soigneusement délimités : enrichissement d’uranium,
retraitement, projets liés aux réacteurs à eau lourde et
développement des missiles balistiques.
Après une deuxième conférence téléphonique samedi, (la
première avait eu lieu jeudi), entre les directeurs
politiques des ministères des Affaires étrangères des Six
pour trouver un consensus sur le texte d’une nouvelle
résolution, les Six ont décidé de confier à leurs
représentants aux Nations-Unies la suite des discussions sur
le dossier nucléaire iranien. « Les discussions vont
maintenant se passer à New York où nos représentants
permanents aux Nations-Unies vont se mettre à travailler sur
ce problème », a déclaré le porte-parole du Département
d’Etat, Kurtis Cooper.
Selon plusieurs experts, les Six discutent toujours de
sanctions limitées comme des restrictions de mouvements de
certains responsables comme le cas de l’Iraq et du Zimbabwe,
des gels d’avoirs de certains responsables iraniens ... «
Nous parlons d’interdictions de voyages et de gels d’actifs
», a précisé un haut responsable ayant requis l’anonymat,
ajoutant qu’un renforcement des sanctions contre l’Iran
pourrait passer par la désignation de nouvelles personnes et
de nouvelles entités frappées par des mesures restrictives.
« En effet, le durcissement des sanctions, cette fois-ci,
aurait d’importantes séquelles sur l’économie iranienne car
l’Iran est un pays économiquement faible. Déjà, le peuple
souffre de problèmes économiques, et de nouvelles sanctions
de plus ne feront qu’attiser ces problèmes. Les Occidentaux
misent donc sur le concept de sanctions intelligentes
c’est-à-dire qui ont une influence directe sur le peuple
afin que ce dernier boude son gouvernement et commence à lui
causer des troubles intérieurs », analyse Mohamad
Abbass, expert dans le dossier
iranien.
Il semble que Washington tente, par tous les moyens,
d’assiéger le régime iranien pour l’étouffer. Il joue avec
toutes les cartes pour éradiquer le régime. L’une des cartes
récemment jouées par Washington est celle des minorités. Les
minorités en Iran constituent un nombre assez considérable.
Selon M. Mohamad Abbass, elles
vivent toujours sur les frontières tels
les Kurdes (nord-ouest du pays), les Ahwaz (Arabes qui
vivent à l’ouest) et les Azaris
(nord-ouest) et qui constituent 30 % de la population
iranienne. « Ces minorités sont toujours marginalisées par
le régime iranien, qui tend à offrir toutes les offres
d’emploi et tous les droits aux Perses seulement, ce qui a
conduit ces minorités bannies à commettre plusieurs actes
terroristes dans le pays ces dernières semaines. Washington
a bien saisi cette occasion et a tenté d’enflammer la colère
de ces bannies pour les aider à saper le régime. L’année
dernière, le Congrès américain a même organisé une
conférence à laquelle il a invité les minorités en Iran pour
les soutenir et les encourager à récupérer leurs droits »,
explique M. Abbass. Bien plus,
les Etats-Unis ont octroyé une somme de 75 millions de
dollars à l’opposition iranienne et lui ont mis en place une
radio de 24 heures diffusée en langue perse pour attaquer et
critiquer le régime d’Ahmadinejad.
Le pouvoir contesté
Toutes ces pressions ont bien valu au régime iranien
certaines dissensions. La personnalité du président
Ahmadinejad est plus que jamais
contestée, y compris dans les cercles
conservateurs. Cette semaine, le quotidien
conservateur Ressalatat a
critiqué le langage utilisé par
Ahmadinejad, en affirmant qu’il fallait une «
attitude plus modérée, un langage diplomatique et une
fermeté vigilante mais non primitive. Ni la naïveté ni la
violence verbale ne sont nécessaires à l’heure actuelle ».
Quant au camp réformateur, les critiques y étaient plus
virulentes. Jeudi, le député réformateur,
Esmaïl
Moqaddam, a conseillé au président d’utiliser un
langage plus modéré pour ne pas aller dans la direction
voulue par les ennemis.
Malgré ces critiques, Mahmoud
Ahmadinejad a répété, vendredi dernier, que son pays
refusait de suspendre l’enrichissement, tout en appelant les
musulmans à se rassembler derrière l’Iran : « Notre force et
la pierre angulaire sont dans notre union. Nous devons
prêter attention aux démons qui veulent entraîner la
division entre nous. Ils veulent garder la science entre
leurs mains et ne veulent pas que le reste du monde
progresse », a mis en garde le président. Le régime a même
annoncé qu’il allait lancer un nouveau billet de banque,
d’une valeur de 50 000 rials,
portant un logo nucléaire et illustrant les progrès du
programme atomique, alors que la République islamique est
sous une pression croissante pour le suspendre.
Cependant, selon les experts politiques, le régime iranien
ne fait que s’auto-détruire avec
son arrogance et son entêtement. Il se croit capable de
défier le monde sans aucun châtiment, mais la patience de la
communauté internationale s’est épuisée. Une frappe
militaire reste toujours éventuelle si Téhéran n’obtempère
pas vite. « Le président américain doit finir avec ce régime
iranien avant la fin de son mandat, en novembre 2008. Si les
sanctions ne portent pas leurs fruits, la seule option qui
reste, c’est d’anéantir ce régime. Les Républicains
craignent qu’un président démocrate ne vienne dialoguer avec
le régime iranien », estime M. Abbass.
Au cas où ce scénario serait inévitable, les conséquences
d’une frappe militaire contre l’Iran seraient profondément
déstabilisatrices pour l’ensemble du Moyen-Orient.
Maha
Al-Cherbini