Côte-d’Ivoire . L’accord de
paix signé entre les rebelles et le président Laurent Gbagbo laisse présager un
désamorçage de la crise qui perdure dans le pays depuis septembre 2002.
Option pour la paix
C’est
sous la médiation du président burkinabé Blaise Compaoré et avec l’assentiment
de la communauté internationale, que le président ivoirien Laurent Gbagbo et le
chef de la rébellion Guillaume Soro ont signé dimanche dernier à Ouagadougou un
accord prévoyant un règlement de la crise entre dirigeants ivoiriens. L’accord
de paix prévoit essentiellement la création d’un nouveau gouvernement d’ici «
cinq semaines ». Mais Il ne mentionne toutefois pas le remplacement de l’actuel
premier ministre, Charles Konan Banny. Le gouvernement ivoirien, qui inclut des
membres de l’opposition et des rebelles, depuis les accords de Marcoussis de
janvier 2003, est actuellement dirigé par Banny depuis sa nomination en
décembre 2005 par la communauté internationale. L’accord prévoit aussi la
relance immédiate du processus d’identification de la population en vue des
élections, sans cesse repoussées depuis la fin 2005. C’était justement là l’un
des sujets de friction les plus importants. A ce sujet, l’accord retient le
schéma préconisé par le président Gbagbo d’une actualisation des listes
électorales de 2000, alors que la rébellion et l’opposition réclamaient
jusqu’ici un renouvellement profond de ces listes.
De
leur côté, les rebelles obtiennent des engagements sur leur réintégration à
terme dans la future armée ivoirienne unifiée, l’une de leurs principales
revendications. Le plan signé prévoit également à terme le désarmement et le
démantèlement des milices avec la création d’un Centre de Commandement Intégré
(CCI) auxquels participeront les états-majors des deux armées loyaliste (FANCI)
et nouvelle (FAFN).
Fruit
d’un mois de négociations entre les émissaires des deux camps, ce plan, qui
doit théoriquement être appliqué « dans les dix mois », vise à terme à
réunifier un pays coupé en deux depuis une tentative de coup d’Etat de la
rébellion contre M. Gbagbo en septembre 2002. Cependant, comme toujours, des
doutes planent quant à son application. « Théoriquement, l’accord est
exemplaire puisqu’il règle la plupart des questions ivoiriennes. Mais il reste
le plus important c’est-à-dire l’application. Les deux camps ont déjà signé
plusieurs accords mais ils sont tous restés lettre morte. La communauté
internationale et l’Union africaine doivent exercer des pressions sur les deux
parties pour garantir la mise en application de l’accord », estime le Dr Sayed
Feleifel, analyste au Centre des études africaines. Pourtant, l’implication
internationale ne peut qu’être limitée. En effet, cet accord marque un virage
dans le processus de paix entamé il y a quatre ans, puisqu’il doit être géré entre
les seuls leaders ivoiriens, avec Compaoré, repoussant à l’arrière-plan une
communauté internationale jusqu’ici largement impliquée dans le règlement de la
crise. L’accord de Ouagadougou sera supervisé par un Cadre Permanent de
Concertation (CPC) composé du président Gbagbo, de Guillaume Soro, des
opposants Alassane Ouattara, ancien premier ministre, et Henri Konan Bédié,
ancien président, et de Compaoré. Un autre sera mis en place, c’est le Comité
d’Evaluation et d’Accompagnement de l’accord (CEA) présidé par Compaoré.
D’autre
part, l’accord prévoit la suppression progressive de la zone de confiance, un
cordon démilitarisé qui s’étire d’est en ouest du pays. Quelque 7 000 Casques
bleus de l’Onu et 3 500 soldats français de l’Opération Licorne y sont déployés
depuis la fin 2002 sous mandat de l’Onu pour surveiller le cessez-le-feu entre
les deux camps (présidentiel au sud, rebelle au nord). La zone de confiance
sera remplacée par une ligne verte avec des postes d’observation occupés par
les Forces impartiales « dont le nombre sera réduit de moitié tous les deux
mois jusqu’à leur retrait total », précise l’accord.
Selon
l’accord, les Ivoiriens doivent présenter une demande au Conseil de sécurité de
l’Onu de levée de l’embargo sur les armes sur la Côte-d’Ivoire dans un délai de
3 mois après l’organisation de l’élection présidentielle, et de la levée
immédiate des sanctions individuelles frappant des acteurs de la crise
ivoirienne. Ce texte d’une vingtaine de pages prévoit l’extension de la loi
d’amnistie votée en 2003 couvrant les crimes et délits liés aux troubles qui
ont secoué la Côte-d’Ivoire et commis entre le 17 septembre 2000 et la date de
signature de l’accord, à l’exception des crimes économiques et des crimes
contre l’humanité.
Maha Salem