Le
Maroc politique à la croisée des chemins
Younes
Berrada
Politologue marocain
Le 7
septembre 2007 : une date fatidique sur le plan politique au
Maroc. Des élections législatives sont en perspective avec
la participation de presque tout l’échiquier politique
marocain (une trentaine de partis). Une première dans les
annales de ces élections qui ont été, depuis la première
expérience en 1963, un critère incontournable sur l’élan de
démocratisation au Maroc.
Dans cet
ordre d’idées, on est amené à s’interroger sur la
possibilité de jeter les jalons d’un Maroc politiquement
nouveau, capable de relever ses défis, aussi inextricables
soient-ils, dont le dépassement d’une ère qualifiée par
nombre d’observateurs de « douloureuse » au niveau des
droits humains. Un Maroc qui aspire, tant bien que mal, à
redorer son blason par le biais, semble-t-il, d’élections
politiquement correctes, surtout que son talon d’Achille
était articulé autour de ce créneau source de moult
dissensions entre la monarchie et l’opposition historique
dont une grande partie a adhéré à la gestion gouvernementale
depuis 1998.
Toujours
est-il que le Maroc, fort d’un multipartisme grimpant depuis
l’époque coloniale (1912-1956), n’a pu voir éclore de
véritables enjeux politiques malgré sa pluralité patente. Le
système marocain est consubstantiellement dominé par la
prégnance de la monarchie. Le roi remplit, sur le plan
institutionnel, les fonctions-clés du pouvoir et se trouve
même au cœur du tissu législatif et exécutif. Il règne et il
gouverne. De par son statut de commandeur de croyants et de
représentant suprême de la nation, il est en mesure de
déterminer les contours stratégiques de toutes les
politiques publiques. De surcroît, la monarchie se présente
comme le point focal de brassage entre la tradition et la
modernité. Fortement institutionnalisée, elle demeure le
socle du pouvoir. Tout changement passe par le roi et toute
stratégie doit avoir son aval. Il représente donc l’essence
du pouvoir.
Des
enquêtes administrées auprès des jeunes ont fait état d’un
dédain du politique et d’un rechignement face à la
crédibilité de l’action partisane. Cette négation ne peut
nullement être salutaire et mérite d’être appréhendée sans
dramatisation ni cynisme, surtout que la rue a révélé depuis
les années quatre-vingt-dix une montée de l’islamisme dans
ses différentes facettes, de l’islamisme modéré et
participatif à celui extrémiste et nihiliste.
Par
ailleurs, il serait approprié de relever que depuis
l’intronisation du roi Mohamed VI (juillet 1999), on assiste
à un discours faisant l’apologie de l’action responsable et
citoyenne où la modernité et la démocratie tiennent le haut
du pavé. Des actions ont été menées dans le sens de clôturer
positivement le dossier si attisé des droits de l’homme. Les
élections législatives de 2002 étaient les moins entachées
d’irrégularités dans toute l’histoire marocaine
contemporaine d’autant plus qu’elles ont permis une ébauche
de clarification de la scène politique nationale.
Ceci dit,
l’image d’un Maroc démocratique ne peut se tisser sans
prendre en compte les aspirations de certains partis qui ont
fait de la démocratisation leur cheval de bataille. Les
revendications axées autour d’un Parlement fort et d’un
gouvernement responsable sont légion.
La
réforme constitutionnelle s’impose dans la perspective de
doter les partis politiques de l’élan nécessaire et baliser
le terrain d’une action longtemps jugée léthargique et
dénuée de sens.
D’aucuns
croient que le Maroc ne peut pas déroger à la règle du «
surplace institutionnel » et de « l’agitation dans
l’immobilisme » vu le lien quasi viscéral entre un discours
débridé sur la démocratisation et une réalité où les
affirmations de la particularité marocaine ne cessent de
prévaloir. Néanmoins, tout porte à croire que les chances de
la mise en chantier d’un enjeu institutionnel équilibré sont
loin d’être minimes. Un système où la clé de voûte serait un
pouvoir politique semi-ouvert permettant aux partis
politiques de s’acquitter convenablement de leurs rôles.
Aucune démocratie, aussi « spéciale » ou particulariste
qu’elle puisse être, ne peut fonctionner sans donner aux
partis les moyens de leur action.
A ce
titre, les prochaines élections peuvent être qualifiées de
stratégiques. Elles doivent être concurrentielles pour
servir le projet d’un Maroc politique nouveau.