Al-Ahram Hebdo, Evénement | « C’est un processus sensible qui doit être mené en profondeur »
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 14 au 20 mars 2007, numéro 653

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Evénement

Egypte-Israël . Fouad Riyad, ancien juge au Tribunal sur l’ex-Yougoslavie, appelle à la formation d’une commission d’enquête pour vérifier si Israël a commis un massacre contre des soldats égyptiens.

« C’est un processus sensible qui doit être mené en profondeur »

Al-Ahram Hebdo : Est-ce que les accusations lancées contre Israël peuvent s’inscrire dans le cadre des crimes de guerre ?

Fouad Riyad : Ces crimes sont tout à fait identiques à ceux commis en Bosnie. Ce qu’ont commis les Israéliens est un crime de guerre, un crime contre l’humanité. C’est pourquoi je demande d’appliquer sur Israël la même méthode que celle qui a été suivie dans le cas de l’ex-Yougoslavie. Il s’agit de créer une commission d’enquête à travers laquelle il serait question de s’assurer des faits, de rassembler les témoignages et de collecter le plus de preuves possible. C’est un processus sensible qui doit être mené en profondeur pour désigner la personne coupable, ou celle à la tête du crime, comme ceci était le cas en Yougoslavie où Milosevic a failli être condamné pour génocides pour ne pas avoir essayé de les empêcher. Il est très important de savoir que ceux qui ont commis les crimes ne sont pas uniquement les soldats, mais aussi leur chef qui aurait pu empêcher ce massacre. Il ne l’a cependant pas fait.

— Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que des accusations de massacres sont lancées à l’encontre d’Israël. Pourquoi, selon vous, l’affaire a-t-elle pris cette fois-ci une dimension plus importante ?

— C’est le documentaire Rouah Shaked qui a provoqué tout ce tollé. Il a remis à la surface des crimes dont on parlait depuis très longtemps, depuis les guerre de 1956 et de 1967. Il y avait toute une liste de témoignages recueillis depuis les années 1970 et 1980 lorsque plusieurs Egyptiens sont revenus du front. Leurs aveux étaient terrifiants. Ils affirmaient avoir vu leurs collègues torturés, écrasés par des chars ou vidés de leurs organes. Tout ceci a suscité une grande amertume et une colère chez les Egyptiens. Le problème, c’est que ces témoignages, jusqu’à présent, étaient restés sans preuves concrètes et sont par la suite passés au tiroir. Mais ces longues années de silence ont enfin été interrompues.

— Quelles sont les démarches qui doivent être entreprises pour prouver la véracité de ces crimes ?

— Il faudrait lancer la recherche pour savoir d’abord si ces crimes ont vraiment été commis et par la suite, poursuivre les responsables. Une véritable enquête doit voir le jour pour collecter le plus d’éléments possibles qui viendront s’ajouter aux images diffusées dans le film et aux déclarations des témoins, pour s’assurer que ces crimes sont vrais. Si ces accusations s’avèrent vraies, c’est alors que nous pouvons demander que les responsables de ces crimes soient jugés. Et si l’on prouve le contraire, on aura au moins rassuré le peuple égyptien.

— Et quelles sont les voies par lesquelles nous pouvons les traduire en justice ?

— Suite à la commission d’enquête, nous pouvons, pour le moment, commencer par un premier pas qui est d’intenter un procès dans les tribunaux égyptiens pour demander la punition de ceux qui ont perpétré ces crimes. On peut aussi recourir à la justice israélienne qui se vante toujours d’être équitable. Il est peut-être temps de les mettre en examen et de leur demander de poursuivre ces criminels en justice.

— Et sur le plan international ?

— Nous pouvons faire appel à un tribunal international ad hoc, qui serait établi par le Conseil de sécurité. Mais ceci reste une solution difficile car il va se heurter au veto américain qui défend toujours Israël. Nous pouvons alors nous adresser à l’Assemblée générale. On doit d’abord procéder à une sorte de sensibilisation, c’est-à-dire s’adresser à toutes les organisations internationales et à tous les pays pour essayer d’avoir leur assistance. Il faut aussi essayer d’atteindre les publics, non seulement les gouvernements, pour obtenir l’appui nécessaire à la question. Un procès dit populaire international qui, normalement, est mené par des organisations civiles, des organisations juridiques d’ex-premiers responsables et d’anciens juges pourrait avoir lieu. Il s’agit de faire un jugement populaire et de faire appel à des témoins. Ceci a été le cas en Egypte lorsque l’Union arabe des avocats a jugé Blair, Bush et Sharon comme criminels. Même s’ils ne sont pas condamnés, c’est un moyen de conserver leurs crimes dans l’Histoire.

— Le film et les témoignages sont-ils suffisants pour poursuivre Israël en justice ?

— Bien sûr que ces preuves ne sont pas suffisantes. Mais nous pouvons dire que nous avons vu le sommet de l’iceberg et il est vraiment souhaitable de continuer à creuser pour essayer de trouver d’autres preuves plus fortes. C’est justement pour cette raison que j’insiste à ce que la commission d’enquête soit créée. Il faudrait essayer d’authentifier les preuves et de ne pas perdre de temps. C’est ici que vient donc le rôle de la Ligue arabe, du gouvernement égyptien et du ministère de la Justice qui doivent agir rapidement et sur tous les fronts pour réunir le plus de preuves dans les plus brefs délais.

Chaïmaa Abdel-Hamid

Retour au sommaire

 

Petites phrases sur de grands massacres

« J’ai vu un homme creuser un trou pendant environ 15 minutes. Puis, des militaires israéliens lui demandaient de jeter la pelle. Ensuite, un d’entre eux a pointé une mitraillette Uzi sur lui, tirant deux charges chacune avec trois ou quatre balles ».

L’historien israélien Gabby Born, dans Yediot Aharonot.

« On était suffisamment proches pour pouvoir voir la mosquée de la ville à l’œil nu. Le matin du 8 juin 1967, dans le Sinaï, dans la ville d’Arich, des troupes israéliennes ont systématiquement exécuté 1 000 et plus de prisonniers de guerre égyptiens (...) Les Israéliens demandaient à ces prisonniers de creuser leur propre tombe avant, ensuite, de les achever ».

James Ennes, ancien militaire américain de l’USS Liberty, le bateau d’espionnage américain bombardé en 1967.

« Une soixantaine de prisonniers étaient alignés en rang, les mains liées derrière leur dos, puis les soldats israéliens ont tiré jusqu’à ce que le sable pâle du désert se transformât en rouge. Ensuite, ils obligeaient d’autres prisonniers à les enterrer dans des fosses communes ».

James Bamford, dans son livre Body of Secrets.

« Ils n’ont pas pleuré. Ils étaient sous le choc. Tout était fini en quelques minutes ».

Le général israélien à la retraite Arieh Biro, parlant des 49 soldats égyptiens pris prisonniers en 1956, avant d’être tués de sang-froid par les Israéliens.

« Il y a eu beaucoup d’incidents durant la guerre de 1967, où des soldats égyptiens ont été tués par les troupes israéliennes, après avoir levé les bras en signe de reddition. Ce n’était pas une politique officielle, mais il y avait une atmosphère comme quoi c’était OK d’agir de la sorte. Certains commandants ont décidé de le faire, d’autres non. Mais tout le monde en était au courant ».

L’historien israélien Uri Milstein

 

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.