Télévisions Satellites.
A l’initiative de l’Union des producteurs arabes, un
protocole est en cours de rédaction afin de soumettre à
réglementation les émissions.
Un pas vers
l’autocensure
La
fièvre des chaînes satellites touche tout le monde. Les
téléspectateurs les suivent avec acharnement, les cafés y
sont presque tous branchés, les diffusant 24h/24. Mais,
quelques semaines après la polémique qu’a soulevée le
programme Hala Show sur la chaîne saoudite Rotana cinéma,
les courants conservateurs viennent d’annoncer leur
indignation. Et plusieurs chaînes satellites arabes viennent
d’inviter à signer un protocole sous forme de code ou de
pacte médiatique et judiciaire, dont le but est de contrôler
l’abus de liberté sur certaines chaînes. « Alors que les
chaînes satellites ne subissent pas de censure sur leur
contenu, ce protocole aura pour but d’imposer une sorte
d’autocensure sur les créateurs et les matières diffusées
sur les écrans arabes, tout en initiant présentateurs et
réalisateurs à se servir au maximum de la liberté
d’expression que leur fournissent les satellites, sans
dépasser les limites que nous imposent les religions et les
coutumes », précise l’Emirati Hamad Al-Abdel-Latif, membre
de l’Union des hommes de médias et des producteurs arabes.
Pour
certains spécialistes, ces chaînes satellites ne sont pas
osées uniquement par leurs idées ou les thèmes qu’elles
abordent, mais également par l’audace de certains de leurs
présentateurs. « On peut discuter tous les sujets, même en
direct, sur les satellites, comme c’est le cas, par exemple,
dans le programme Qalam rossas (un crayon de feu), présenté
par l’écrivain Hamdi Qandil sur la chaîne Doubaï, dont les
sujets abordés sont tout à fait acceptables, et transmettent
un certain message ni vulgaire ni provocateur. Mais le fait
qu’une présentatrice essaye de feindre l’objectivité et ne
cesse de fabriquer les sujets de ses émissions par des
thèmes souvent osés pour gagner la sympathie des
adolescents, ce n’est plus un message médiatique, même s’il
est accepté par un large public », souligne Adli Réda,
professeur de communication à l’Université du Caire, en
faisant allusion au problème des émissions de Hala Show qui
a fait couler beaucoup d’encre.
Faits
imaginaires
Tout a
commencé lorsque le procureur général en Egypte a ordonné,
il y a dix jours, l’ouverture d’une enquête sur une émission
diffusée sur la chaîne Rotana et consacrée à la prostitution
en Egypte. Plusieurs filles interviewées dans le cadre de
cette émission Hala Show ont affirmé avoir touché des sommes
d’argent pour témoigner de faits imaginaires et jouer le
rôle de prostituées. De quoi soulever la colère des
spécialistes. « Ce que nous voyons sur les chaînes
satellites depuis des années est vraiment honteux. Des
talk-shows sans contenu, des thèmes abordés sans contrôle et
des présentateurs et présentatrices dont le style et le
langage manquent de sens, de goût et de respect, ce qui nuit
non seulement aux médias arabes, mais aussi à tous ceux qui
les suivent », estime Mahmoud Alameddine, chef de la section
presse à l’Université du Caire. Et d’ajouter : « Nous vivons
l’ère des satellites et de l’ouverture médiatique ;
toutefois, ceci ne doit pas nous faire renoncer aux
traditions ni aux coutumes arabes ».
De sa
part, la Télévision égyptienne vient d’avoir recours à un
comité de spécialistes et d’experts en provenance de
certaines télévisions occidentales, y compris la BBC et la
télévision française, afin d’évaluer le niveau de chacun de
ses présentateurs. « C’est une mesure ayant pour but de
filtrer les présentateurs et présentatrices de la Télévision
égyptienne, afin d’éliminer ceux qui ne sont pas à la
hauteur, tout en encourageant les autres à s’améliorer »,
précise Suzanne Hassan, présidente de la Télévision
égyptienne.
De plus,
les responsables de Maspero viennent d’organiser des cours
obligatoires de langue, de culture et d’étiquette pour les
speakerines, comme une première étape de toute une série de
stages de formation pour les cadres médiatiques. « Ces
stages n’ont rien à voir avec le débat soulevé par la
présentatrice Hala Sarhane, c’est en fait un pas pour que
les présentateurs égyptiens soient à la hauteur de la
concurrence arabe dans ce domaine », explique Magdi Taha,
responsable du secteur de la formation à Maspero, immeuble
siège de la Télévision égyptienne.
Ces
échanges de critiques dévoilent en fait une déchirure et la
concurrence parfois malsaine entre les institutions
médiatiques arabes. Un tel protocole s’avère alors
indispensable, dans le but de les unir et de créer une
vision médiatique arabe commune tout en respectant la
diversité culturelle .
Yasser
Moheb