Al-Ahram Hebdo,Environnement | Aux arbres, citoyens !
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 Semaine du 14 au 20 mars 2007, numéro 653

 

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Environnement

Colloque. Une rencontre entre deux grands experts de l’environnement au Centre Saqiet Al-Sawi s’est soldée par un appel à la rationalisation de l’utilisation des ressources naturelles et à la participation active du public à la protection de la nature.

Aux arbres, citoyens !

La participation des citoyens à la protection de l’environnement en Egypte est absente. Tel est le constat amer sur lequel les spécialistes, les chercheurs, les professeurs d’universités et même les jeunes s’étaient mis d’accord vendredi 2 mars. Il s’agissait d’une rencontre avec le père de l’environnement en Egypte, Mohamad Abdel-Fattah Al-Qassass, professeur à la faculté des sciences de l’Université du Caire et spécialiste de la botanique, ainsi qu’avec Rouchdi Saïd, géologue connu sur le plan international, surnommé père de tous les géologues égyptiens. Le colloque est la première réunion de ces deux grands noms de l’écologie. Objectif : parler, expliquer et éclairer la situation écologique en Egypte d’après les évolutions sur le plan international.

Il a été organisé par le Centre culturel Saqiet Al-Sawi et animé par l’amateur égyptien du désert Samer Al-Moufti. Il avait pour thème « Questions écologiques contemporaines ». « Cette rencontre de ces deux grands experts de l’environnement en Egypte avec le public égyptien intervient dans le cadre du programme scientifique du centre. Je suis persuadé que les savants jouent un rôle essentiel pour chercher honnêtement et assidûment les solutions aux problèmes de l’environnement, pour que l’humanité réalise de grands progrès. C’est la raison pour laquelle nous avons réuni ces deux savants afin qu’ils sonnent l’alarme sur les importantes questions écologiques contemporaines et nous dirigent vers des solutions pratiques », explique Mohamad Abdel-Moneim Al-Sawi, fondateur du centre.

D’après les débats, l’abus d’usage des engrais chimiques, des pesticides, de la combustion du pétrole, du gaz et du charbon, l’abus de l’utilisation de l’eau ainsi que la mauvaise planification font partie des problèmes de l’environnement en Egypte. Mais aussi, ceux qui possèdent le pouvoir de décision ont commis une grave erreur en marginalisant les citoyens. L’absence de toute participation publique dans la recherche de solutions aux problèmes environnementaux aggrave la situation en Egypte. « Si la température du globe s’élève de 2 ou 3°C du fait des émanations de CO2, comme les chercheurs le prévoient durant ce siècle, il y aura une croissance énorme des inondations, notamment en Ethiopie. L’Egypte est certainement menacée. Et parce que nous ne possédons pas toutes les données pertinentes, il faut que le citoyen ait une idée de tous ces changements, réfléchisse avec les responsables et rende efficace sa participation à la protection de sa nature. C’est pour éviter le pire », explique le géologue Rouchdi Saïd.

L’environnement, grand absent des décisions

Le public qui a assisté à ce colloque a manifesté un intérêt remarquable à tout ce qui concerne l’environnement en Egypte. Des adolescents, des géologues, des chercheurs dans de nombreux domaines scientifiques, des professeurs d’universités et même des producteurs de cinéma n’ont pas pu cacher leur inquiétude à l’égard de toutes les politiques adoptées en Egypte et qui nuisent à l’atmosphère. La base de la protection de l’environnement est absente de toutes les décisions importantes prises au niveau de l’Etat. « Je vous donne un tout petit exemple. Pour assurer l’eau aux villages touristiques construits au bord de la mer Rouge, les responsables ont eu l’idée de les alimenter par un tuyau venant d’un des affluents du Nil. La même idée était appliquée à Charm Al-Cheikh et au Sinaï. Je dois vous dire que ce genre de conduit coûte environ 800 millions de L.E. Cette somme aurait dû être consacrée à la construction de stations pour dessaler l’eau de mer », déplore Al-Qassass. Et d’ajouter : « Pourquoi transporter l’eau du Nil là-bas ? Elle doit être consacrée à l’agriculture dans le Delta. Cela veut dire clairement que l’Egypte manque cruellement de ce que l’on appelle l’efficience économique, ou autrement dit bien utiliser les ressources afin d’avoir un rendement important ».

La participation positive des habitants dans la planification des projets de développement est donc prioritaire. Les dangers des variations des conditions écologiques devraient être présents à l’esprit du public. « Il n’est pas question de se contenter de donner des ordres et de prendre des décisions selon la hiérarchie politique. Citons, à titre d’exemple, le canal d’Al-Salam et le projet de Tochka. L’augmentation des températures du globe pourrait causer l’effacement de certaines régions en Egypte, comme l’ouest du gouvernorat de Béheira, les alentours du lac Manzala et du lac Borolloss, sans oublier le Delta qui serait submergé. Il est du droit et du devoir des gens de discuter de toutes ces catastrophes, puisqu’ils sont directement concernés. Ils doivent réfléchir aux moyens de les résoudre. De plus, ils doivent avoir leur part dans le rendement », assure Al-Qassass.

D’où l’appel lancé à la fin du colloque à ceux qui prennent les décisions, notamment au gouvernement, pour faire participer le public et les scientifiques à tout examen de tout projet national visant le développement durable. Et ce, avant que ce projet ne soit approuvé par l’Assemblée du peuple. « Il s’agit de l’avenir de nos enfants. Il nous faut un autre rôle que de rester là à regarder et écouter. Nous devrions essayer avec l’aide des spécialistes d’exercer des pressions afin de changer les politiques destructrices de l’environnement », lance Mohamad Nagui, directeur du Centre Habi (Organisation non gouvernementale pour la protection de l’environnement).

L’appel n’a pas été lancé par les spécialistes seulement, mais aussi par les quelques personnes présentes qui ont tenu à assister à ce colloque. « Tous les problèmes pourraient avoir des solutions s’il y avait un pouvoir politique juste. C’est triste mais je vais le dire quand même, les sommes dépensées par les Egyptiens pour construire les villages sur la Côte-Nord s’élèvent à 32 milliards de L.E. Quand on pense que l’on ne les utilise qu’un mois par an ! Si cet argent était entre les mains de l’économiste égyptien Talaat Harb, il l’aurait exploité dans la construction d’usines et dans le développement durable ... il n’y aurait pas eu de chômeurs en Egypte », se prend à rêver Al-Qassass .

Racha Hanafi

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