Colloque.
Une rencontre entre deux grands experts de l’environnement
au Centre Saqiet Al-Sawi s’est soldée par un appel à la
rationalisation de l’utilisation des ressources naturelles
et à la participation active du public à la protection de la
nature.
Aux arbres, citoyens !
La
participation des citoyens à la protection de
l’environnement en Egypte est absente. Tel est le constat
amer sur lequel les spécialistes, les chercheurs, les
professeurs d’universités et même les jeunes s’étaient mis
d’accord vendredi 2 mars. Il s’agissait d’une rencontre avec
le père de l’environnement en Egypte, Mohamad Abdel-Fattah
Al-Qassass, professeur à la faculté des sciences de
l’Université du Caire et spécialiste de la botanique, ainsi
qu’avec Rouchdi Saïd, géologue connu sur le plan
international, surnommé père de tous les géologues
égyptiens. Le colloque est la première réunion de ces deux
grands noms de l’écologie. Objectif : parler, expliquer et
éclairer la situation écologique en Egypte d’après les
évolutions sur le plan international.
Il a été organisé par le Centre culturel Saqiet Al-Sawi et
animé par l’amateur égyptien du désert Samer Al-Moufti. Il
avait pour thème « Questions écologiques contemporaines ». «
Cette rencontre de ces deux grands experts de
l’environnement en Egypte avec le public égyptien intervient
dans le cadre du programme scientifique du centre. Je suis
persuadé que les savants jouent un rôle essentiel pour
chercher honnêtement et assidûment les solutions aux
problèmes de l’environnement, pour que l’humanité réalise de
grands progrès. C’est la raison pour laquelle nous avons
réuni ces deux savants afin qu’ils sonnent l’alarme sur les
importantes questions écologiques contemporaines et nous
dirigent vers des solutions pratiques », explique Mohamad
Abdel-Moneim Al-Sawi, fondateur du centre.
D’après les débats, l’abus d’usage des engrais chimiques,
des pesticides, de la combustion du pétrole, du gaz et du
charbon, l’abus de l’utilisation de l’eau ainsi que la
mauvaise planification font partie des problèmes de
l’environnement en Egypte. Mais aussi, ceux qui possèdent le
pouvoir de décision ont commis une grave erreur en
marginalisant les citoyens. L’absence de toute participation
publique dans la recherche de solutions aux problèmes
environnementaux aggrave la situation en Egypte. « Si la
température du globe s’élève de 2 ou 3°C du fait des
émanations de CO2, comme les chercheurs le prévoient durant
ce siècle, il y aura une croissance énorme des inondations,
notamment en Ethiopie. L’Egypte est certainement menacée. Et
parce que nous ne possédons pas toutes les données
pertinentes, il faut que le citoyen ait une idée de tous ces
changements, réfléchisse avec les responsables et rende
efficace sa participation à la protection de sa nature.
C’est pour éviter le pire », explique le géologue Rouchdi
Saïd.
L’environnement, grand absent des décisions
Le
public qui a assisté à ce colloque a manifesté un intérêt
remarquable à tout ce qui concerne l’environnement en
Egypte. Des adolescents, des géologues, des chercheurs dans
de nombreux domaines scientifiques, des professeurs
d’universités et même des producteurs de cinéma n’ont pas pu
cacher leur inquiétude à l’égard de toutes les politiques
adoptées en Egypte et qui nuisent à l’atmosphère. La base de
la protection de l’environnement est absente de toutes les
décisions importantes prises au niveau de l’Etat. « Je vous
donne un tout petit exemple. Pour assurer l’eau aux villages
touristiques construits au bord de la mer Rouge, les
responsables ont eu l’idée de les alimenter par un tuyau
venant d’un des affluents du Nil. La même idée était
appliquée à Charm Al-Cheikh et au Sinaï. Je dois vous dire
que ce genre de conduit coûte environ 800 millions de L.E.
Cette somme aurait dû être consacrée à la construction de
stations pour dessaler l’eau de mer », déplore Al-Qassass.
Et d’ajouter : « Pourquoi transporter l’eau du Nil là-bas ?
Elle doit être consacrée à l’agriculture dans le Delta. Cela
veut dire clairement que l’Egypte manque cruellement de ce
que l’on appelle l’efficience économique, ou autrement dit
bien utiliser les ressources afin d’avoir un rendement
important ».
La participation positive des habitants dans la
planification des projets de développement est donc
prioritaire. Les dangers des variations des conditions
écologiques devraient être présents à l’esprit du public. «
Il n’est pas question de se contenter de donner des ordres
et de prendre des décisions selon la hiérarchie politique.
Citons, à titre d’exemple, le canal d’Al-Salam et le projet
de Tochka. L’augmentation des températures du globe pourrait
causer l’effacement de certaines régions en Egypte, comme
l’ouest du gouvernorat de Béheira, les alentours du lac
Manzala et du lac Borolloss, sans oublier le Delta qui
serait submergé. Il est du droit et du devoir des gens de
discuter de toutes ces catastrophes, puisqu’ils sont
directement concernés. Ils doivent réfléchir aux moyens de
les résoudre. De plus, ils doivent avoir leur part dans le
rendement », assure Al-Qassass.
D’où l’appel lancé à la fin du colloque à ceux qui prennent
les décisions, notamment au gouvernement, pour faire
participer le public et les scientifiques à tout examen de
tout projet national visant le développement durable. Et ce,
avant que ce projet ne soit approuvé par l’Assemblée du
peuple. « Il s’agit de l’avenir de nos enfants. Il nous faut
un autre rôle que de rester là à regarder et écouter. Nous
devrions essayer avec l’aide des spécialistes d’exercer des
pressions afin de changer les politiques destructrices de
l’environnement », lance Mohamad Nagui, directeur du Centre
Habi (Organisation non gouvernementale pour la protection de
l’environnement).
L’appel n’a pas été lancé par les spécialistes seulement,
mais aussi par les quelques personnes présentes qui ont tenu
à assister à ce colloque. « Tous les problèmes pourraient
avoir des solutions s’il y avait un pouvoir politique juste.
C’est triste mais je vais le dire quand même, les sommes
dépensées par les Egyptiens pour construire les villages sur
la Côte-Nord s’élèvent à 32 milliards de L.E. Quand on pense
que l’on ne les utilise qu’un mois par an ! Si cet argent
était entre les mains de l’économiste égyptien Talaat Harb,
il l’aurait exploité dans la construction d’usines et dans
le développement durable ... il n’y aurait pas eu de
chômeurs en Egypte », se prend à rêver Al-Qassass .
Racha
Hanafi