Bourse .
La plupart des sociétés de courtage sont incapables de se
conformer aux nouvelles règles financières et électroniques
imposées par l’Organisme du marché financier. Ce qui suppose
leur disparition prochaine.
Le
crépuscule des petits courtiers
31
mars 2007. C’est le dernier délai accordé aux maisons de
courtage pour se conformer aux nouvelles règles techniques
et financières imposées par l’Organisme du Marché Financier
(OMF). Un délai serré qui fait monter la fièvre de la
majorité des sociétés de courtage dans l’incapacité de le
respecter.
C’est pourtant en mai 2006 que l’OMF avait annoncé de
nouvelles règles consistant à moderniser les réseaux
électroniques pour renforcer sa surveillance sur les
sociétés. Afin de réaliser cet objectif, chaque société doit
installer deux lignes de communication directes et à haut
débit avec la Bourse et la société Misr Clearing, ainsi que
des lignes de réserve. Il s’agit là de coûts pouvant aller
jusqu’à 400 000 L.E. « Comment mener ces changements si
coûteux en moins d’un an ? », s’insurge Ahmad Ali,
propriétaire d’une de ces sociétés. Il estime qu’il fallait
accorder un délai plus long aux petites maisons. « Les
grandes sociétés sont plus à même d’assumer la hausse des
coûts », a-t-il interprété. Et d’ajouter que ceux qui ont
essayé de répondre aux nouvelles règles, ont été choqués par
le fait que les sociétés fournissant les lignes ont imposé
des prix exagérés, vu le temps restreint et la hausse de la
demande. Avis partagé par Hassan Abdel-Halim, président de
la Maison Suisse de courtage, qui explique que le capital
d’une petite maison de courtage ne dépasse pas 1 million de
L.E. Il raconte que la société Misr Clearing a imposé des
prix différents aux sociétés de courtage pour vendre les
lignes. « D’une société à l’autre, le prix de la ligne coûte
de 12 000 L.E. à 24 000 L.E. ».
Hani Sarreiddine, président de l’OMF, a de son côté avoué ne
pas être au courant de ces problèmes. En revanche, il a
accusé les sociétés d’être en retard concernant la mise en
œuvre des nouvelles mesures. Selon lui, seules 25 sociétés
sur 150 ont réussi à ce jour à appliquer ces mesures. Ce
n’est en fait pas choquant puisque, d’après un rapport
publié par l’hebdomadaire économique Al-Mal, les 10 grandes
sociétés de courtage (dont EFG-Hermes, CIBC) contrôlent plus
de 59 % du total des échanges alors que les 41 % restants
sont partagés par les 140 sociétés restantes.
Sarreiddine a cependant promis aux courtiers, lors d’une
réunion tenue le 7 mars dernier, d’aider les sociétés en
difficulté. Et ce, en créant un comité, formé des
représentants des sociétés de courtage, de l’OMF et de la
Bourse, qui sera chargé de régler ces problèmes avant le 31
mars. Il a par contre renoncé aux demandes des courtiers de
reporter la date butoir du 31 mars. Pour ceux qui possèdent
un volume d’échange très faible, « des sociétés dépendant de
la Bourse et Misr Clearing leur offriront dans une première
phase les services en question. En revanche, les sociétés de
courtage payeront des frais sur chaque opération effectuée
», a-t-il annoncé. Une solution qui n’a cependant pas
soulagé les sociétés, qui ont aussitôt calculé que ces
charges seront désormais trop lourdes pour leurs petits
budgets. « Une de ces sociétés m’a proposé de payer des
frais mensuels de 30 000 L.E., ce qui ne résout pas le
problème », souligne Ahmad Ali.
Nouvelle hiérarchie
Outre l’infrastructure électronique, l’OMF a aussi imposé,
il y a deux mois, de nouvelles règles financières et
conditions pour l’obtention d’une autorisation d’exercer,
également très discutées. Il s’agit d’engager chaque société
de courtage à recruter au moins 9 employés avec une
autorisation de travail renouvelable tous les 3 ans. «
L’Organisme du marché financier exige que les employés
suivent une formation afin de renouveler leur autorisation
de travail. Ces règles doubleraient les sommes réservées aux
salaires. Plusieurs sociétés ne comptent même pas 9
employés. En plus, l’OMF exige une nouvelle hiérarchie pour
le personnel, et donc les salaires de plusieurs employés
devront augmenter parallèlement à leurs nouvelles
responsabilités », explique Issa Fathi Issa, vice-président
de la Chambre des titres financiers auprès de la Fédération
des chambres commerciales. Il ajoute que, déjà,
l’Association des titres financiers a doublé le prix de ses
formations, qu’elle facture à 4 000 L.E., suite à la
publication de ces règles.
Côté budget, chaque société de courtage devra conserver en
liquide 10 % de la valeur des transactions quotidiennes et
en informer l’Organisme du marché financier tous les jours.
Issa explique que la date butoir pour se conformer à ces
plus récentes mesures est mi-avril et prévoit de plus que la
majorité des sociétés ne pourront s’y plier et
disparaîtront. « Il ne s’agit pas ici de renforcer les
sociétés fragiles. L’OMF veut plutôt réduire le nombre des
acteurs sur le marché en se débarrassant de petites sociétés
», s’insurge-t-il. Sarreiddine, trouve également que la
disparition d’un grand nombre de courtiers n’est pas exclue.
Mais il défend ces mesures qui, selon lui, visent à
classifier les sociétés de courtage en sociétés à hauts
risques et d’autres à petits risques. « Ne faut-il pas
réduire le nombre de celles à hauts risques ? », dit-il.
En somme, les petits courtiers peuvent élever leurs
commissions afin de compenser les dépenses engagées. Une
option qui reste impossible pour les très petites sociétés,
car l’OMF exige un pourcentage fixe sur les transactions de
moins de 10 000 L.E. Un volume de transactions ne leur est
aussi pas familier : les clients de ces dernières étant des
particuliers qui veulent investir en Bourse leurs petites
économies. Or, dans ce cas, la marge de profit pour les
courtiers doit être entre 0,2 et 0,5 %, selon les règles de
l’OMF.
Gilane
Magdi