Photographie .
La dernière exposition de Nermine Hammam nous invite à
pénétrer un monde de la photo aux accents insolites, sondant
les pouvoirs du surnaturel.
L’art au diapason du métaphysique
Comment
peut-on regarder les œuvres de Nermine Hammam sans plonger
dans la réalité d’un monde aux allures si horrifiantes ?
Après avoir obtenu son diplôme de la Tisch School of Arts de
New York, Nermine Hammam a poursuivi un bref chemin dans le
domaine de urner en Egypte. En peu de temps, l’artiste
parvient à maîtriser une technique de photographie unique.
Elle retouche à l’aide de différents programmes
informatiques et de couleurs, les images-photos de ses
sujets, leur donnant âme et charisme, tel le protagoniste
dans une scène de film.
Un an s’est déjà écoulé après sa poignante exposition
Achoura (du nom d’une célébration chiite), qui fut un
enchaînement de portraits de chiites libanais
s’auto-flagellant pour célébrer la mémoire du petit-fils du
prophète, Al-Hussein.
Cette fois, elle reprend le thème religieux dans sa nouvelle
exposition « Palimpsest », à la galerie Townhouse, sous un
aspect sombre et mystérieux, qui s’arrime au surnaturel et à
l’exorcisme, nouant une dialectique entre le christianisme
et l’islam au sujet d’idées qui les opposent.
Elle aborde le sujet du « djinn » chez les musulmans, ces
créatures invisibles qui semblent vivre comme les humains
faisant surgir l’idée que certaines maladies physiques,
mentales ou spirituelles peuvent être attribuées à
l’influence de ces êtres démoniaques, qui prennent le
contrôle du corps. Sa série de photographies tente
d’interpréter les différents sens associés à la prière, et
la guérison par la foi. Ainsi, à travers une trentaine de
photos sur des prêtres scandant des incantations chrétiennes
pour guérir des sujets musulmans et chrétiens, hommes,
femmes ou enfants, Nermine nous montre-t-elle d’une façon à
la fois émouvante et dure, le recours en ultime ressort
d’une communauté à des rituels particuliers pour chasser
l’esprit du mal. Chaque portrait fait par l’artiste suggère
la mélancolie, la peur et l’agonie.
Le travail sur les couleurs reste aussi fidèle à la réalité,
l’artiste ne cherche pas à esquiver la pâleur des « possédés
», ni à réduire l’éclat ondoyant des habits ou autres
détails de fond.
Ce sujet religieux, qui reste, certes, à débattre par le
public, est transcrit de manière captivante et sensible par
une artiste qui restitue dans sa vocation libératrice, la
métaphysique face à laquelle deux communautés distinctes se
positionnent, depuis la nuit des temps.
Natayla
Teymour