Porte.
La porte occupe une position exemplaire à l’architecture
islamique.
Les receleurs d’un « monde de l’intérieur »
Les règles et convictions de la société islamique auraient
joué leur rôle dans le développement de certaines
particularités de construction des types d’entrée qui
devaient assurer une meilleure protection de la vie privée
au sein de l’habitation. L’architecture domestique de l’Egypte
islamique présente toutes sortes de configurations
spatiales, combinant espaces semi-publics et espaces privés
réservés à la vie familiale. Il était donc nécessaire de
séparer le monde de l’intérieur de celui de l’extérieur.
C’est le rôle des portes d’entrée.
L’accès aux maisons se faisait généralement par une entrée
en chicane, pourvue d’un banc en pierre ou mastaba. Après
avoir franchi le seuil d’une grande maison grâce au portail
sur rue, le visiteur pénétrant dans la cour pourra aisément
déterminer les différentes répartitions des lieux ainsi que
leur fonction, en examinant le type de porte qui les isole.
On en dénombre trois grands types dans la maison ou le
palais d’une famille aisée à l’époque islamique : citons la
porte d’entrée sur rue, les portes donnant sur la cour de la
maison et troisièmement les portes intérieures, des communs
et des chambres de service. On connaît l’importance
grandissante que l’usage des portes en bois avait déjà prise
à l’époque mamelouke circassienne. Cette extension ne fera
que s’affirmer davantage à l’époque ottomane, sous des
formes diverses plus ou moins évoluées.
Dans une demeure citadine, il faut distinguer la porte
d’entrée principale sur rue des autres portes intérieures.
C’est en fait la plus importante.
Elle était l’occasion d’un large espace de décoration. La
porte donnant sur la rue est faite d’un seul tenant, son
vantail unique pouvant atteindre cependant de très grandes
proportions. Jadis, sa face externe était parfois peinte,
voire renforcée par de fortes pentures ou par des clous à
large tête plate, une serrure en bois traditionnelle
constituant le mode de fermeture habituelle. Et afin
d’assurer une défense suffisante,
l’ensemble de la porte était doublé d’un solide bâti
intérieur avec fixation aux murs latéraux par des barres de
fer munies de crochets.
Ce genre de portes a beaucoup varié dans son aspect suivant
les siècles et l’importance du bâtiment. A l’époque
mamelouke, la porte d’entrée prend des proportions
monumentales liées à la noblesse du lieu sur lequel elle
ouvre. Elle est souvent précédée d’un porche la mettant en
valeur, celui-ci pouvant atteindre de grandes dimensions.
Voir les porches des palais Bechtaq et Alin Aqq. Dès le
XVIIe siècle, à l’époque ottomane, il est moins question de
palais, mais de riches demeures bourgeoises dans lesquelles
la vie se concentre autour de la cour, et où la discrétion,
côté rue, devient un principe fondamental. On assiste à
l’apparition de portes beaucoup moins importantes, percées
au nu de la façade et où seule une riche décoration sculptée
à plat dans la pierre existe. Parmi les demeures qui
présentent ce type d’ouverture et subsistent encore au cœur
du Caire islamique, on peut citer : les maisons
Al-Chabachiri, Al-Sett Wassila, Al-Krétliya, Zeinab Khatoun,
et Gamaleddine Al-Dahabi (qui est entièrement cloutée à
clous à grosse tête forgée).
Au XVIIIe siècle, toujours à l’époque ottomane, l’ouverture
de la porte évolue, comme le montre celle de la maison
Al-Harawi. Cette ouverture devient rectangulaire, et se
place dans un léger renforcement à arc segmentaire que
décore, tout autour, la traditionnelle moulure à boucles.
C’est aussi le cas exactement des demeures qui lui sont
contemporaines : les portes des maisons Al-Soheimi et
Moustapha Gaafar où l’ornementation sur pierre reste
néanmoins précaire, alors que la maison Al-Sénnari et le
palais Al-Mossaferkhana s’agrémentent de montants et
linteaux de pierre particulièrement travaillés.
Si l’entourage des portes offre en général une belle
ornementation, le portail en bois, lui, contraste par sa
sobriété. De toute évidence, on a opté pour la sécurité et
la solidité en choisissant de larges et épaisses planches
jointives montées sur un cadre puissant pour constituer le
portail à un seul vantail de l’entrée principale.
Seuls signes décoratifs éventuels, deux pentures de fer en
haut et en bas renforçant la porte.
Portes de l’intérieur
A l’intérieur de la maison ou du palais, les portes de
communication et celles qui fermaient l’accès aux
appartements privés et salles de réception comprenaient le
plus souvent deux vantaux. Celles des communs pouvaient en
comporter un seul. Leur différence d’aspect provenait
surtout de leur diversité d’exécution selon qu’elles ne
montraient qu’une simple surface unie ou un assemblage
compartimenté rehaussé ou non de sculptures ou
d’incrustations.
Les portes d’honneur sur cour, au nombre de deux, ferment
l’entrée des deux parties essentielles qui constituent toute
riche demeure : le salamlek et le haramlek. Ces deux portes
se différencient avant tout par leur décoration. Celle-ci
traitée avec beaucoup de soin dans les deux cas, donne
cependant plus d’importance à la porte du salamlek,
conformément aux mœurs et coutumes de l’époque. La porte du
salamlek est étroitement liée à l’existence du maqaad auquel
elle donne accès en premier lieu. Dès l’abord, elle prend un
aspect majestueux par sa position surélevée par rapport à la
cour.
Moins en vue dans la cour, la porte du haramlek se
caractérise par une décoration plus simple et discrète. Déjà
sa situation ramenée au niveau de la cour lui retire, dès
l’abord, l’importance accordée à l’entrée du salamlek.
Réparties au rez-de-chaussée sur les quatre
coin de la cour, les portes des
communs et des chambres de service, se caractérisent par
leur simplicité. Elles ferment les makhazen (dépôts) et les
pièces de service.
Les portes intérieures, quant à elles, sont situées dans les
étages. Elles n’ont d’autre but que d’isoler les pièces
entre elles. Aucune décoration particulière ne met en valeur
ces portes, que seul un encadrement en bois ordinaire fixe
dans la cloison.
Au début de la période ottomane, il était possible de
confondre les portes d’appartements et celles des placards
qui en formaient le mobilier fixe. Les portes des placards
affectent souvent le même style que les portes des
appartements : les portes les plus simples font alterner la
superposition des panneaux rectangulaires disposés
horizontalement et verticalement.
Un art de plus en plus rare
Toutes ces portes de types différents sont en général
fabriquées en bois. On comprend alors quelle place étendue
devaient occuper au Caire les dépôts de bois d’œuvre et des
différentes corporations d’artisans appelés à transformer
celui-ci, les uns et les autres étant installés entre rues
couvertes, souks (marchés) et wékala (caravansérails). Aussi
bien, chaque spécialité était-elle exercée dans un endroit
particulier, dont il ne reste aujourd’hui que peu de traces.
C’est auprès des rares artisans du bois pratiquant jusqu’ici
ces métiers généralement oubliés qu’il a été possible d’en
retenir les principales caractéristiques. Les boiseries
constructives et ornementales atteignent le plus
d’importance au Caire, déterminant un développement
particulier des industries artisanales correspondantes. « Le
menuisier musulman travaillait avec une dextérité et une
prestesse singulières, et cependant il se tient
ordinairement assis à terre. Bien qu’ils soient généralement
très pauvres, les objets qu’ils produisaient étaient si
couramment utilisés et leurs traditions artisanales étaient
si anciennes qu’on les trouvait installés dans le centre
même du Caire. Citons surtout de ces outils le qadoum qui
leur sert à toutes sortes d’usages, à savoir : entailler,
fendre, frapper, arracher, etc. A l’époque, un nombre
considérable de marchands de bois ou de khachabines
exerçaient en général leur activité à Bolaq où ce matériau
était emmagasiné avant d’être revendu et transporté au Caire
islamique. Mais tous avaient leur boutique-atelier dans le
quartier tout proche d’Al-Azhar », témoigne l’historien
musulman Al-Maqrizi. Le centre principal d’activité des
khachabines était alors situé dans la rue Taht Al-Rabea qui
était alors un marché couvert, et qui existe encore entre
Bab Al-Khalq et Bab Zoweila.
Amira
Samir