Al-Ahram Hebdo, Voyages | Les receleurs d’un « monde de l’intérieur »
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 5 au 11 décembre 2007, numéro 691

 

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Porte. La porte occupe une position exemplaire à l’architecture islamique.  

Les receleurs d’un « monde de l’intérieur » 

Les règles et convictions de la société islamique auraient joué leur rôle dans le développement de certaines particularités de construction des types d’entrée qui devaient assurer une meilleure protection de la vie privée au sein de l’habitation. L’architecture domestique de l’Egypte islamique présente toutes sortes de configurations spatiales, combinant espaces semi-publics et espaces privés réservés à la vie familiale. Il était donc nécessaire de séparer le monde de l’intérieur de celui de l’extérieur. C’est le rôle des portes d’entrée.

L’accès aux maisons se faisait généralement par une entrée en chicane, pourvue d’un banc en pierre ou mastaba. Après avoir franchi le seuil d’une grande maison grâce au portail sur rue, le visiteur pénétrant dans la cour pourra aisément déterminer les différentes répartitions des lieux ainsi que leur fonction, en examinant le type de porte qui les isole. On en dénombre trois grands types dans la maison ou le palais d’une famille aisée à l’époque islamique : citons la porte d’entrée sur rue, les portes donnant sur la cour de la maison et troisièmement les portes intérieures, des communs et des chambres de service. On connaît l’importance grandissante que l’usage des portes en bois avait déjà prise à l’époque mamelouke circassienne. Cette extension ne fera que s’affirmer davantage à l’époque ottomane, sous des formes diverses plus ou moins évoluées.

Dans une demeure citadine, il faut distinguer la porte d’entrée principale sur rue des autres portes intérieures. C’est en fait la plus importante. Elle était l’occasion d’un large espace de décoration. La porte donnant sur la rue est faite d’un seul tenant, son vantail unique pouvant atteindre cependant de très grandes proportions. Jadis, sa face externe était parfois peinte, voire renforcée par de fortes pentures ou par des clous à large tête plate, une serrure en bois traditionnelle constituant le mode de fermeture habituelle. Et afin d’assurer une défense suffisante, l’ensemble de la porte était doublé d’un solide bâti intérieur avec fixation aux murs latéraux par des barres de fer munies de crochets.

Ce genre de portes a beaucoup varié dans son aspect suivant les siècles et l’importance du bâtiment. A l’époque mamelouke, la porte d’entrée prend des proportions monumentales liées à la noblesse du lieu sur lequel elle ouvre. Elle est souvent précédée d’un porche la mettant en valeur, celui-ci pouvant atteindre de grandes dimensions. Voir les porches des palais Bechtaq et Alin Aqq. Dès le XVIIe siècle, à l’époque ottomane, il est moins question de palais, mais de riches demeures bourgeoises dans lesquelles la vie se concentre autour de la cour, et où la discrétion, côté rue, devient un principe fondamental. On assiste à l’apparition de portes beaucoup moins importantes, percées au nu de la façade et où seule une riche décoration sculptée à plat dans la pierre existe. Parmi les demeures qui présentent ce type d’ouverture et subsistent encore au cœur du Caire islamique, on peut citer : les maisons Al-Chabachiri, Al-Sett Wassila, Al-Krétliya, Zeinab Khatoun, et Gamaleddine Al-Dahabi (qui est entièrement cloutée à clous à grosse tête forgée).

Au XVIIIe siècle, toujours à l’époque ottomane, l’ouverture de la porte évolue, comme le montre celle de la maison Al-Harawi. Cette ouverture devient rectangulaire, et se place dans un léger renforcement à arc segmentaire que décore, tout autour, la traditionnelle moulure à boucles. C’est aussi le cas exactement des demeures qui lui sont contemporaines : les portes des maisons Al-Soheimi et Moustapha Gaafar où l’ornementation sur pierre reste néanmoins précaire, alors que la maison Al-Sénnari et le palais Al-Mossaferkhana s’agrémentent de montants et linteaux de pierre particulièrement travaillés.

Si l’entourage des portes offre en général une belle ornementation, le portail en bois, lui, contraste par sa sobriété. De toute évidence, on a opté pour la sécurité et la solidité en choisissant de larges et épaisses planches jointives montées sur un cadre puissant pour constituer le portail à un seul vantail de l’entrée principale.

Seuls signes décoratifs éventuels, deux pentures de fer en haut et en bas renforçant la porte.

 

Portes de l’intérieur

A l’intérieur de la maison ou du palais, les portes de communication et celles qui fermaient l’accès aux appartements privés et salles de réception comprenaient le plus souvent deux vantaux. Celles des communs pouvaient en comporter un seul. Leur différence d’aspect provenait surtout de leur diversité d’exécution selon qu’elles ne montraient qu’une simple surface unie ou un assemblage compartimenté rehaussé ou non de sculptures ou d’incrustations.

Les portes d’honneur sur cour, au nombre de deux, ferment l’entrée des deux parties essentielles qui constituent toute riche demeure : le salamlek et le haramlek. Ces deux portes se différencient avant tout par leur décoration. Celle-ci traitée avec beaucoup de soin dans les deux cas, donne cependant plus d’importance à la porte du salamlek, conformément aux mœurs et coutumes de l’époque. La porte du salamlek est étroitement liée à l’existence du maqaad auquel elle donne accès en premier lieu. Dès l’abord, elle prend un aspect majestueux par sa position surélevée par rapport à la cour.

Moins en vue dans la cour, la porte du haramlek se caractérise par une décoration plus simple et discrète. Déjà sa situation ramenée au niveau de la cour lui retire, dès l’abord, l’importance accordée à l’entrée du salamlek.

Réparties au rez-de-chaussée sur les quatre coin de la cour, les portes des communs et des chambres de service, se caractérisent par leur simplicité. Elles ferment les makhazen (dépôts) et les pièces de service.

Les portes intérieures, quant à elles, sont situées dans les étages. Elles n’ont d’autre but que d’isoler les pièces entre elles. Aucune décoration particulière ne met en valeur ces portes, que seul un encadrement en bois ordinaire fixe dans la cloison.

Au début de la période ottomane, il était possible de confondre les portes d’appartements et celles des placards qui en formaient le mobilier fixe. Les portes des placards affectent souvent le même style que les portes des appartements : les portes les plus simples font alterner la superposition des panneaux rectangulaires disposés horizontalement et verticalement.

 

Un art de plus en plus rare

Toutes ces portes de types différents sont en général fabriquées en bois. On comprend alors quelle place étendue devaient occuper au Caire les dépôts de bois d’œuvre et des différentes corporations d’artisans appelés à transformer celui-ci, les uns et les autres étant installés entre rues couvertes, souks (marchés) et wékala (caravansérails). Aussi bien, chaque spécialité était-elle exercée dans un endroit particulier, dont il ne reste aujourd’hui que peu de traces. C’est auprès des rares artisans du bois pratiquant jusqu’ici ces métiers généralement oubliés qu’il a été possible d’en retenir les principales caractéristiques. Les boiseries constructives et ornementales atteignent le plus d’importance au Caire, déterminant un développement particulier des industries artisanales correspondantes. « Le menuisier musulman travaillait avec une dextérité et une prestesse singulières, et cependant il se tient ordinairement assis à terre. Bien qu’ils soient généralement très pauvres, les objets qu’ils produisaient étaient si couramment utilisés et leurs traditions artisanales étaient si anciennes qu’on les trouvait installés dans le centre même du Caire. Citons surtout de ces outils le qadoum qui leur sert à toutes sortes d’usages, à savoir : entailler, fendre, frapper, arracher, etc. A l’époque, un nombre considérable de marchands de bois ou de khachabines exerçaient en général leur activité à Bolaq où ce matériau était emmagasiné avant d’être revendu et transporté au Caire islamique. Mais tous avaient leur boutique-atelier dans le quartier tout proche d’Al-Azhar », témoigne l’historien musulman Al-Maqrizi. Le centre principal d’activité des khachabines était alors situé dans la rue Taht Al-Rabea qui était alors un marché couvert, et qui existe encore entre Bab Al-Khalq et Bab Zoweila.

Amira Samir

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